Vendredi dernier, quand Yves Calvi, le journaliste qui anime l’émission « C dans l’air », consacrée ce jour-là à la situation en Ukraine, demanda à ses invités de réagir à l’annonce, qui venait de tomber, que les pourparlers de Genève avaient abouti à une déclaration commune appelant à « une désescalade des tensions, il y eut un long silence. Mes amis, Pascal Boniface et Pierre Servent se regardèrent, les deux autres invités n’étaient pas pressés, non plus, d’exprimer un avis. Faute de disposer de la  » déclaration commune « , tous s’en tirèrent en souhaitant que cette désescalade puisse être rapidement observée sur le terrain, mais, à l’évidence, ils étaient sceptiques.

Que Sergueï Lavrov, le ministre des affaires étrangères de la Russie, Andreï Dechtchitsa , le représentant de l’Ukraine, John Kerry et Catherine Ashton aient été en capacité d’approuver un texte commun était déjà considéré comme une avancée. Certes, la crise n’était pas résolue pour autant, la Russie maintenait sa pression militaire aux frontières de l’est de l’Ukraine et les séparatistes étaient bien décidés à ne pas quitter les centres de pouvoir qu’ils occupaient, mais le ton, l’ambiance, semblaient à la conciliation.

Kerry et LvrovLe ministre russe se montra vite satisfait. La  » déclaration commune «  ne mentionnait pas ce qui venait de se passer en Crimée, ne se référait pas à des sanctions économiques contre la Russie et invitait les nouvelles autorités ukrainiennes à faire des concessions dans le but d’aboutir à un règlement du conflit. La  » déclaration commune «  appelait au  » désarmement de tous les groupes armés illégaux « , à  » l’amnistie «  des manifestants qui ont  » quitté des lieux publics et rendu leurs armes «  et à  » l’évacuation des rues et places publiques illégalement occupées en Ukraine « . Demander un  » large dialogue national « , souhaiter qu’un  » processus constitutionnel inclusif et transparent «  soit entamé, n’engageait pas beaucoup les négociateurs !

Le président Obama ne tarda pas à commenter, à sa façon, la  » déclaration commune «  pour empêcher les Russes de donner l’impression de quitter Genève en vainqueur :  » Je ne pense pas qu’on puisse être sûr de quoi que ce soit à ce stade « .

Il faut dire que la veille, Vladimir Poutine était apparu à la télévision russe, plus nationaliste que jamais. Qualifiant de  » génocide «  les opérations en cours dans les régions russophones de l’Est, Vladimir Poutine avait rappelé « que le Conseil de la Fédération – le Sénat – avait octroyé au président le droit d’utiliser l’armée en Ukraine ». Qualifiant l’Ukraine « d’appendice russe », il avait clairement parlé de ce qu’il appelle  » la Nouvelle Russie «  dans laquelle sont inclus, dans son esprit, Kharkov, Lougansk, Donetsk, Kheerson, Nikolaev, Odessa, des régions inconsidérément données à l’Ukraine par le gouvernement soviétique dans les années 1920. Evoquant la Transnistrie, Vladimir Poutine avait même précisé, à l’adresse de ceux qui pouvaient encore en douter, que  » les habitants de Transnistrie doivent pouvoir choisir leur destin « .

Une semaine après les pourparlers de Genève, qui avaient été accueillis avec plus de scepticisme que d’optimisme, une modeste intervention de l’armée ukrainienne contre les séparatistes de Sloviansk a eu immédiatement pour effet de déclencher à nouveau des manœuvres de l’armée russe à la frontière est de l’Ukraine avec blindés, hélicoptères, artillerie, unités mobiles de communications, et même, selon les services de renseignements de l’OTAN, des hôpitaux de campagne destinés à impressionner les Ukrainiens et leurs alliés

Un certain nombre d’anciennes républiques soviétiques craignent, après l’Ossétie en 2008 et la Crimée, ces derniers jours, de subir le même sort que l’Ukraine. Les chars russes massés à la frontière orientale de l’Ukraine, rappellent de mauvais souvenirs.

Comme d’excellents joueurs d’échec, qu’ils sont, Vladimir Poutine et son ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avancent leurs pièces. Face à eux, que peut faire l’OTAN ? Pas grand-chose, si ce n’est gesticuler. Que peut faire l’Union européenne ? A l’évidence, rien, en dehors de la menace de sanctions supplémentaires. A l’ONU, le Kazakhstan, dans lequel réside une importante population russe, s’est abstenu, comme le Brésil, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, le 27 mars, lors de l’Assemblée générale.

A brève échéance, que cherche Vladimir Poutine ? Envahir l’Ukraine, personne ne veut l’imaginer. Créer – et accentuer – le chaos pour démontrer qu’il est le seul à pouvoir apporter une solution…celle qui lui convient. La propagande a atteint un tel niveau, l’activité des forces spéciales que, pendant la guerre froide on appelait les  » spetsnaz « , est à ce point visible que les experts pensent que Moscou cherche surtout à déstabiliser le nouveau régime ukrainien et à empêcher son installation après les élections du 25 mai prochain.

Les pourparlers de Genève sont déjà loin. Une semaine est une éternité. La « montée aux extrêmes a repris son inexorable ascension.

 

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