N'hésitez pas à partager...Share on Facebook0Share on Google+0Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn0

Il se trouve que je venais de terminer la lecture du livre de Morgan Sportès : « Tout, tout de suite », quand la dépêche est tombée : « En prison, Youssouf Fofana aurait posté des vidéos sur le net » ; des vidéos dans lesquelles le chef du « gang des barbares » exprimerait « des prises de position pénalement répréhensibles ». Comment était-ce possible ?

Au mois de novembre dernier, le prix Interallié 2011 avait été attribué au roman-enquête de Morgan Sportès qui raconte cette triste affaire que l’auteur qualifie de « phénomène social plus que de fait divers ». « Tout, tout de suite » est un livre politique qui s’inspire de l’épouvantable crime que tout le monde a encore en mémoire.

Pour écrire ce roman, Morgan Sportès a soigneusement enquêté, interrogé les inspecteurs de police, des magistrats, des psychologues, écouté un certain nombre de membres de la bande, avant de reconstituer le déroulement de cette épouvantable affaire. Pendant 24 jours, une bande de jeunes paumés, plus ou moins conscients de la gravité de ce qu’ils faisaient, on séquestré un jeune juif, supposé riche, pour finalement le laisser agonisant sur le bord d’une ligne du RER.

Ces jeunes, issus de banlieues défavorisées, à la fois fascinés et terrorisés par le chef de la bande, cherchent avant tout le moyen de se procurer de l’argent pour faire comme tout le monde : le dépenser. Ils veulent tout et tout de suite.

Quand le lecteur, pourtant horrifié par ce qu’il découvre au fil des pages, commence la lecture de ce livre, il ne peut plus s’en extraire. Morgan Sportès a  imaginé les lieux, les dialogues, les itinéraires compliqués, les menaces, le chantage, qui servent de fond à ce drame. La stratégie de la police, le désespoir de la famille du jeune séquestré, les demandes de rançon, l’amoralité du chef de la bande, le mode de vie de ces jeunes, rien n’est laissé au hasard. L’état d’esprit des filles qui participent, de gré ou de force, aux opérations est également très bien décrit. Les dialogues rappellent les échanges inoubliables entre les membres de la bande à  Claquesous dans les Misérables. Près de cent cinquante ans, après que Victor Hugo ait écrit les Misérables, la misère sociale produirait encore des Bigrenaille, Gueulemer, Deux-Milliards, Babet, Thénardier, mais aussi Eponine et Azelma, cherchant à rançonner M.Leblanc, alias Jean Valjean, dans la masure Gorbeau, derrièrela Barrière-des-Gobelins.

Il faut lire ce livre (édité par Fayard- 19,86€). Ce n’est pas un moment de plaisir, mais on ne peut imaginer l’état d’esprit de certains jeunes, de leurs parents et de la population dans les quartiers abandonnés à ces nouveaux misérables, qu’en les suivant dans leur vie quotidienne. Ne cherchez pas, le problème de l’intégration, dont il est si souvent question au cours de la campagne présidentielle, est en grande, en très grande partie, le résultat d’une politique du logement qui a rendu inévitable la concentration de populations immigrées dans quelques quartiers devenus des ghettos. La Républiqueet ses valeurs y sont absents. Faute d’avoir eu les moyens de mettre en œuvre « un plan Marshall pour les banlieues », des morceaux de France sont abandonnés aux barbares qui y règnent en maîtres et se font une certaine idée de la façon la plus rapide de se procurer de l’argent.

Donc, le chef du « gang des barbares », qualifié ainsi par la police et les médias, aurait réussi à se filmer dans la cellule qu’il occupe à Claiveaux. Condamné à la perpétuité en 2009, il aurait été en mesure de diffuser une quinzaine de vidéos par l’intermédiaire de You tube. L’enquête diligentée n’a pas encore permis de savoir si ces vidéos ont effectivement été tournées à Clairveaux.

Yacef, le chef de la bande, dans le roman de Morgan Sportès, aurait parfaitement été capable de cet exploit pour faire parler de lui et crédibiliser la fascination qu’il exerçait sur des adolescents qui ne pouvaient rien lui refuser. Se prendrait-il pour Jacques Colin, alias Vautrin, alias Carlos Herrera dans « Splendeurs et misères des courtisanes » d’Honoré de Balzac ? Il n’en a pas les moyens, mais sa vie est déjà un roman, bientôt un film !

N'hésitez pas à partager...Share on Facebook0Share on Google+0Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous
si vous souhaitez être informé par Email des nouveaux articles
décembre 2017
L M M J V S D
« Nov    
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Archives