Le lundi 16 mars 2020, à 20 heures, le président de la République, Emmanuel Macron, sans prononcer le mot de confinement, avait annoncé aux 35 millions de téléspectateurs présents devant leur récepteur de télévision, qu’ils devront rester chez eux. Le confinement avait pris effet le mardi 17 mars à 12 heures sur l’ensemble du territoire pour 15 jours renouvelables. À plusieurs reprises dans son intervention, Emmanuel Macron avait dénoncé l’insouciance coupable de ceux qui se rassemblaient encore dimanche dans « les parcs ou des marchés bondés », sans prendre conscience qu’ils mettaient en danger leur vie et celle des autres.

La contestation de cette mesure restrictive de liberté, avait été immédiate. L’État de droit était mis entre parenthèses et l’économie mise en pause. Des millions de salariés du secteur privé allaient être mis en chômage partiel. Jamais, la France, une démocratie, n’avait été confrontée à une pareille situation. Est-ce que s’était justifié ? Il n’y avait pas eu de débat. Les Français étaient assignés à résidence et privés de leur liberté d’aller, de venir, de se réunir, d’entreprendre, de travailler, etc. Est-ce que l’État avait ce droit ? En principe, seul le juge des libertés peut prendre cette décision et encore individuellement. Le Conseil d’État avait validé la décision du gouvernement en application de la jurisprudence relative aux « circonstances exceptionnelles », mais c’est discutable.

Pour les contestataires, il suffisait d’expliquer les précautions à prendre et en appeler à la responsabilité de chacun sans cacher qu’il y aurait des morts. Était-il raisonnable d’assigner à résidence une population entière alors que la maladie touchait surtout les personnes âgées de plus de 70 ans et ceux qui ont des pathologies graves ? Était-il raisonnable de plonger le pays en récession alors qu’il suffirait de mettre sous cloche uniquement ceux qui sont vulnérables et qui ne travaillent pas. Singapour a su réagir très vite avec une série de mesures radicales, mais en évitant le confinement généralisé de la population. Une stratégie qui avait bien fonctionné.

« Les Français, comme les Anglais, n’accepteront jamais d’être confinés », entendait-on deux ou trois semaines avant cette décision.

Étonnamment, le degré d’adhésion de la population fut élevé et immédiat, en raison de la peur, sans doute !

Prendre le risque de plonger le monde dans la plus grave récession depuis la Seconde Guerre mondiale pour une pandémie qui n’avait alors tué que 100 000 personnes, le plus souvent d’un âge avancé, dans un monde de 7 milliards d’habitants, donnait à réfléchir. La grippe saisonnière, c’est entre 290 000 et 650 000 morts par an dans le monde, surtout des jeunes enfants. Et personne n’y attachait beaucoup d’importance.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y avait de quoi être troublé !

Hier, dimanche 21 février 2021, il faisait un temps printanier à Paris comme dans tout le pays. Les images de la forte affluence, rue de Buci, dans le 6e arrondissement de Paris, et des forces de l’ordre impuissantes à faire respecter les règles sanitaires, faisaient craindre le pire. Les plus pessimistes avaient l’impression de revivre le dimanche 15 mars 2020, avec les rumeurs d’un confinement localisé le week-end. Ce défoulement collectif était le signe que les Français sont las. Ils sont las de vivre dans un « état d’urgence permanent ». Depuis 2015, quand ce n’est pas la menace terroriste, c’est la menace sanitaire qui justifie périodiquement ce régime d’exception. Les Français ont l’impression d’être plongés dans une crise sans fin. Une majorité d’entre eux approuve, parfois même réclame, des mesures de confinement, ce qui ne laissera pas d’étonner les historiens quand ils se pencheront sur la facilité avec laquelle notre peuple souvent si rebelle a accepté une telle discipline, parce qu’ils ont peur.

Les contestataires, sont minoritaires dans l’opinion, mais ils ne renoncent pas, avec souvent de bonnes raisons.

Il y a un an, ceux qui contestaient le confinement et les mesures drastiques soutenaient déjà que la Covid-19 « ne modifierait pas les statistiques de la mortalité mondiale pour l’année 2020. Soixante millions de personnes meurent chaque année dans le monde (dont 600 000 en France, soit 11 500 par semaine) et l’épidémie de Covid-19 ne changera pas ce chiffre significativement. La grande majorité des victimes seront des personnes âgées ou des patients dont le système immunitaire a été affaibli par d’autres pathologies. En France, l’âge moyen des décédés du Covid-19 est de 81,2 ans. En 2019, les accidents de la route avaient tué plus de 1 million de personnes dans le monde. On n’avait pas pour autant interdit la circulation. Le remède pourrait même être pire que le mal, si les récessions économiques ont des répercussions sur l’espérance de vie des plus démunis faute d’un système de santé protecteur.

Des philosophes comme André Comte-Sponville avait évoqué sur France 5, en avril 2020, avec une certaine émotion, la situation douloureuse qui attendait nos jeunes dans les années futures.

« Avec la récession économique qui découle du confinement, ce sont les jeunes qui vont payer le plus lourd tribut, que ce soit sous forme de chômage ou d’endettement. Sacrifier les jeunes à la santé des vieux, c’est une aberration ». Pour le philosophe, traditionnellement, ce sont les aînés qui se sacrifiaient pour leurs enfants, mais la tendance s’est inversée avec la crise du coronavirus ; le confinement devrait se limiter le temps de gérer la surcharge des hôpitaux. Pour lui, la santé était auparavant un moyen d’atteindre le bonheur. Désormais, elle serait l’unique fin, l’unique but. « Dieu est mort, vive l’assurance maladie », lançait le philosophe qui, à la sixième semaine de confinement pour cause de coronavirus ? »

Dessin de Plantu-dans-le-Monde-du-2021-02-18.

André Comte-Sponville n’arrivait pas à, s’effrayer d’une maladie qui n’est mortelle que pour 1 % des cas (un peu plus pour les gens de mon âge). Il meurt, en France, 600 000 personnes par an, dont 150 000 de cancer. Il s’insurgeait déjà. « Que les politiques demandent l’avis des médecins, c’est d’évidence nécessaire. Mais ils doivent aussi demander celui des économistes, des chefs d’entreprise et des syndicats de salariés. Ce qui m’a inquiété, c’est qu’on n’entendait plus, sur nos radios et télévisions, que des médecins. Comme si c’étaient eux seuls qui devaient décider. Il n’en est rien ! La démocratie, c’est le pouvoir du peuple et de ses élus, pas celui des experts ! Attention de ne pas tomber dans ce que j’appelle l’« ordre sanitaire » (au sens où l’on parle d’« ordre moral ») !

Un an après, à la surprise générale, le chef de l’État a pris la décision, contre l’avis d’une majorité de scientifiques, de ne pas confiner, alors que le niveau des contaminations est élevé. Audacieux, courageux, il a pris le risque. Il semble qu’il ait eu raison. Le niveau de contamination n’a pas explosé comme le redoutaient les scientifiques. La diffusion du variant britannique se produit, mais ne semble pas faire monter dangereusement la courbe des contaminations. Cependant, le risque demeure en Moselle, à Dunkerque et à Nice, notamment, et peut-être, dans quelques jours, après les risques pris hier, dans les parcs et au bord de l’eau.

Les Cassandre, hier soir, sur les plateaux de télévision, ne désarmaient pas. Les Français, qui, dans leur grande majorité, souhaitaient un nouveau confinement, reconnaissent, dans de récents sondages qu’Emmanuel Macron gère convenablement la crise. Rares sont ceux qui saluent « l’artiste ». Alexis Brézet, directeur des rédactions du Figaro, a été de ceux-là dans un excellent éditorial intitulé : « Reconfiner, disaient-ils… » Sophie Coignard, aussi, dans Le Point, le 17 février, a signé un papier intitulé : » Ces intégristes du reconfinement », dans lequel elle raconte qu’un certain nombre d’experts et illustres professeurs de médecin, jusque-là inconnus, semblent « chagrinés du pari gagné – pour l’instant, du moins – par Emmanuel Macron qui, le 29 janvier dernier, avait décidé, seul contre tous ou presque, de ne pas remettre le pays sous cloche pour la troisième fois […] Certes, rien n’est gagné, sauf un peu de temps, ce qui n’est pas rien. Mais là encore, ce répit ne plaît pas à tout le monde. Mardi 9 février, dans une tribune publiée dans Le Monde, le directeur médical de crise de l’AP-HP, Bruno Riou, plaidait pour la manière forte. « Inéluctablement, le variant dit anglais deviendra prédominant dans quelques semaines sans que personne n’imagine sérieusement pouvoir limiter ce processus. L’épidémie connaîtra alors une accélération comme cela est déjà survenu dans d’autres pays. Je suis intimement persuadé que seul un confinement est à même d’éviter ce scénario. »

Certains de ses confrères, depuis quelques jours, ne brandissent plus seulement la menace des variants et du raz-de-marée épidémique, mais « vendent » l’idée d’un troisième confinement avec des arguments nouveaux. Le Pr Karine Lacombe déclarait ainsi sur Twitter, lundi dernier : « Bien loin de la sortie de crise en mars…, les semaines « gagnées » maintenant risquent d’être perdues x 3 au printemps. » Bref, nous risquons la triple peine à laisser du temps au temps. Alors qu’un confinement rapide serait non seulement paré de toutes les vertus sanitaires, mais aussi porteur d’un avenir radieux. Avec d’autres, cette infectiologue défend en effet l’idée d’un objectif « zéro Covid », à l’image de certains pays d’Asie ou d’Océanie, qui reconfinent au moindre début de rebond épidémique et qui affichent des taux de mortalité bien inférieurs à ceux des pays européens. L’argument massue consiste à promettre des surlendemains qui chantent, débarrassés du virus et de ses variants présumés galopants. Autrement dit, après l’effort, le réconfort. C’est ce que diraient les « modèles ». Mais ils se sont déjà tellement trompés !

Alors, pourquoi ne pas se réjouir, même fugacement, d’une « exception française » pour une fois positive, qui permet à chacun d’aller et venir librement – jusqu’à 18 heures seulement, certes ! –, aux commerces de rester ouverts et aux enfants d’aller à l’école ?

Ou pour le dire autrement, qu’il serait agréable de n’entendre aucun médecin, ne fût-ce que pendant une semaine, nous prédire l’apocalypse pour demain matin ! »

FOG – Frantz Olivier Gisbert, dans son style si personnel, souligne, dans Le Point que « le président a bien fait de ne pas céder à l’excès au principe de précaution », en ces termes :

Merci, Macron. Il n’est pas habituel, ici, de commencer de la sorte un éditorial mais, quelles que soient ses conséquences, la décision du président de ne pas confiner le pays, vendredi dernier, mérite notre approbation et même davantage.

Quel monde de fous sommes-nous en train d’inventer ?

Pour protéger les seniors, cibles principales du virus, on prend les jeunes en otages et on les met dans le formol. Tous au piquet de 7 à 116 ans : défense de vivre. C’est ainsi que l’Occident, la France en tête, a jusqu’à présent combattu le virus de ce côté-ci de la planète alors que, de l’autre, en Asie, la vie continue toujours, y compris la nuit, business as usual.

Économiquement, la gestion occidentale de la crise sanitaire aura été désastreuse et tout le monde sait, sauf les Boniface, qu’il faudra payer tôt ou tard les perfusions d’argent magique qui permettent aujourd’hui à tous nos pays de tenir en tournant au ralenti. Sans parler des dommages collatéraux, psychologiques, culturels, etc.

Plutôt que d’accepter un coma sociétal et économique, voire de crever la bouche ouverte de sinistrose, ne faut-il pas repenser nos stratégies, pour la prochaine fois ? L’Occident n’aurait rien à perdre à s’asiatiser un peu après avoir tiré les leçons des pays qui ont su juguler la pandémie.

L’Asie nous a déjà donné le yoga, la boussole, l’acupuncture, le bouddhisme, l’imprimerie, le massage ayurvédique, les masques hygiéniques. Pourquoi ne pas adopter aussi, en cas de nouvelle pandémie, ses techniques de tests, de traçage et de confinements individuels qui lui ont si bien réussi contre le coronavirus, notamment à Taïwan et en Corée du Sud ?

« Mais nous ne sommes pas des Asiatiques ! » s’égosillent en chœur, horrifiés, les coqs se dressant sur leurs ergots. Balivernes ! Ces deux pays sont des démocraties qui respectent les droits de l’homme – et la vie. À Taïwan, nation de plus de 23 millions d’habitants, elle ne s’est même jamais arrêtée, et le coronavirus n’a fait que 7 morts, ce qui, rapporté à la population française, correspondrait chez nous à… plus d’une vingtaine de victimes.

La grande différence avec la France : à Taïwan, comme en Corée du Sud, le gouvernement a agi très vite sans confiner mais en contrôlant les entrées aux frontières et en sortant sans attendre son arsenal (tests PCR, masques, quarantaines de quatorze jours, etc.). Ces succès, dit-on souvent, auraient été obtenus avec des méthodes policières, au détriment des libertés individuelles ? Des balivernes, encore !

Le traçage concerne, pendant une période de quinze jours, les malades, les personnes à risques ou les voyageurs en quarantaine, condamnés à un confinement obligatoire. Les données sont ensuite détruites. Ce système certes contraignant ne vaut-il pas mieux que notre mise sous cloche en attendant, jusqu’à la saint-glinglin, que tout le monde soit vacciné ?

Il y avait dans le « non » de Macron aux objurgations « scientifiques » quelque chose de profondément gaullien, comme le confirmait la stupéfaction des commentateurs médicaux. Il a « bousculé le pot de fleurs », expression du général de Gaulle, qui avait lui-même effectué un revirement semblable en décidant in extremis de ne pas dévaluer lors de la crise monétaire de l’automne 1968.

Macron puisse-t-il avoir signé, avec sa volte-face, l’acte de décès de la république des médecins qui, malgré tous ses attraits, ne vaut pas mieux que la république des juges ou des instituteurs. Obnubilé par le principe de précaution et les risques d’actions judiciaires à venir, le président, ficelle, s’était servi, à l’instar de son gouvernement, de la communauté médicale comme d’un paravent. Le voici seul, désormais. À découvert. « Face à l’événement, disait de Gaulle, c’est à soi-même que recourt l’homme de caractère. »

À la république des médecins on préférera toujours les médecins de la République. C’est l’un des plus beaux métiers du monde. Un sacerdoce, comme en témoigne le poignant journal de bord (de janvier à mai 2020) du Pr Philippe Juvin qui, dans Je ne tromperai jamais leur confiance (Gallimard), raconte, par le menu, sa guerre au front contre le coronavirus.

Chef du service des urgences de l’Hôpital européen Georges Pompidou, Philippe Juvin n’a pas écrit un livre politique, même s’il est maire LR de La Garenne-Colombes. Mais il dresse, à travers son récit, un état des lieux accablant du système sanitaire le plus coûteux du monde, qui, pendant la crise, a toujours eu un train de retard, miné qu’il était par une bureaucratie fabriquant de la nuisance pour se donner de l’importance. Monsieur le Président, il est temps de rendre la politique aux politiques et la médecine aux médecins !

Cela étant, les modèles mathématiques prévoient une poussée de contamination dans les premiers jours de mars. Il ne se passe pas un jour sans nouvelle mutation du coronavirus. Il y en aurait déjà 16 000 recensés et nul ne sait quand on repasser en dessous du R0 ?

Un an après, nous avons des vaccins. Thierry Breton, Commissaire européen en charge, entre autres sujets, de la fabrication des vaccins, invité de la Fondation Robert Schuman, rappelait, le 11 février, que le pari du vaccin a été gagné en neuf mois au lieu de neuf ans. Personne n’y croyait ! Personne n’avait même osé l’espérer. À partir de mars 2020, les labos, avec le génome, ont cherché, pris des risques, fait des paris. L’ARN messager est arrivé le premier. Qui l’avait prédit ? Les Cassandre ? Les labos qui ont cherché et trouvé, ne fabriquent pas. La production de masse de plusieurs milliards de vaccins qui n’ont jamais été fabriqués, n’est un petit problème que pour ceux qui n’ont jamais rien fabriqué, rien organisé et ne font que parler de ce que font les autres ! Personne n’avait d’expérience dans ce domaine, à commencer par la Commission, alors, un peu de nuance, de modération dans les propos, un peu de patience.

La bonne nouvelle, c’est que les Français sont de plus en plus nombreux à vouloir être vaccinés contre la Covid19. Les analystes de Goldman Sachs pensent que la majorité de la population européenne sera vaccinée à la mi-année.

Allez ! Bonne journée et faites attention à vous et à vos proches.

NB – Sur ce sujet, je recommande vivement la lecture du « Retour des confinés ». C’est un peu ironique, souvent provocateur, mais drôle et pédagogique.

Le retour des confinés de Boris Canutchef            BookEdition. Com 7,40 euros ISBN 978-2-9561-7584-6

Extrait

Revenons donc au confinement. Pour comprendre de quoi l’on parle, il faut distinguer le confinement tel que nous le voyons pratiquer aujourd’hui, c’est-à-dire le confinement généralisé des populations, objet de ma vindicte, de ce que l’on appelle la quarantaine. Si beaucoup de pays ont recours à un couvre-feu ou à la mise en quarantaine des villes ou des régions fortement touchées par la pandémie, assez peu en revanche ont mis en place un confinement total généralisé à l’ensemble de leur territoire comme l’a fait la France… La quarantaine est une pratique ancienne qui vise à isoler les foyers infectieux pour ne pas contaminer la population saine. On en comprend l’objectif qui traduit avant tout la peur de la contagion. Au Moyen-Âge, au nom de croyances religieuses inspirées de la Bible, on rejetait les individus supposés impurs, les lépreux et les pestiférés. À cette époque, où les connaissances médicales étaient embryonnaires, cette impureté supposée était à la fois l’expression et la justification de la contagion conçue comme une punition divine. Au Ve siècle avant l’ère chrétienne, en observant simplement le processus naturel de guérison, Hippocrate avait conclu que les malades qui passaient le cap de quarante jours pouvaient être considérés comme définitivement guéris. Les auteurs de la Bible ont repris par la suite, lui conférant un caractère sacré, cette notion de quarantaine purificatrice dans les récits du déluge et du jeûne de Jésus dans le désert… La première application sanitaire réglementaire de la quarantaine en France concernait précisément les lépreux. Au point de départ de cet épisode, l’ordonnance de Philippe le Long contre les lépreux, du 21 juin 1321 (cf. Henri Duplès-Agier, Bibliothèque de l’École des chartes), dépassait largement le cadre des mesures sanitaires. En Guyenne (aujourd’hui l’Aquitaine) les lépreux, pris dans leur ensemble, avaient été accusés d’avoir empoisonné les puits et les fontaines. L’ordonnance royale condamnait ceux qui avouaient leur forfait supposé sous la torture (méthode courante d’instruction à l’époque) à mourir par le feu, y compris les enfants de plus de 14 ans, et à rester emprisonnés pour les autres. Pour faire bonne mesure, leurs biens furent confisqués. Le 31 juillet 1322, une fois l’émotion retombée, le roi Charles le Bel, successeur au trône, prit une nouvelle ordonnance selon laquelle les lépreux seraient désormais isolés dans des léproseries entretenues par les paroisses. Les malades devaient porter des masques (le CSHPF n’existait pas encore) et se tenir à l’écart des personnes saines. Progressivement, les lépreux recevront des soins et les léproseries deviendront des hôpitaux. Par la suite, la quarantaine sera appliquée pour isoler préventivement les navires en provenance de zones infestées par la peste. À partir du XVIe siècle, la quarantaine et l’isolement des malades dans les lazarets se sont généralisés comme instrument de santé publique. Bien qu’elle soit parfois contestée (dans les démocraties), pour des raisons éthiques et juridiques, la quarantaine est encore de nos jours un moyen d’éviter la propagation des épidémies par l’isolement des personnes contagieuses ou à risque, et la rétention aux frontières des voyageurs en provenance de zones contaminées. Cependant, l’efficacité de ces mesures, qui visent à cantonner l’épidémie, est limitée à notre époque par les mouvements de populations nombreux et incessants, et par notre mode de vie grégaire généré par l’urbanisation. Le foyer initial des maladies contagieuses est malheureusement souvent repéré trop tard.

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