C’était le 18 octobre 2005. J’avais simplement écrit : « Ça y est ! Mon weblogue ouvre ses lignes. À bientôt sur mes prochains billets. » J’étais à cent lieues d’imaginer que quinze ans plus tard, j’éprouverais encore le besoin, et le plaisir, de livrer ainsi les réflexions que m’inspire l’actualité.

C’est mon gendre, Bruno Labadens d’Arc, créateur, architecte, gestionnaire de ce blog qu’il héberge sur son serveur, qui a rendu possible ce qui n’était alors qu’un passe-temps de retraité. Je le remercie chaleureusement de m’avoir constamment aidé à organiser le contenu et à mettre en valeur textes et images. Jérôme, mon fils, décédé le 5 octobre 2008, passionné par tous les moyens de communication qui apparaissaient, m’avait également vivement encouragé à ouvrir un blog, à écrire régulièrement sur tous les sujets qui me tiennent à cœur et, parfois, à pousser des coups de gueule…

Dans mon premier billet, qui porte la date du 21 octobre 2005, je ne sais plus pourquoi, sans doute la date, l’état du monde et la douceur de l’air, j’avais éprouvé le besoin de placer ce blog sous le parrainage moral de Jules Romains qui a si bien écrit sur la condition humaine. J’avais intitulé ce premier article « Le 7 octobre 1933 ». Louis Henri Jean Farigoule, plus connu sous le nom de Jules Romains, avait intitulé le XXVIIe et dernier volume des Hommes de bonne volonté, « Le 7 octobre ».

La description que Jules Romains fait de l’Europe en octobre 1933 et les réflexions sur l’Histoire et l’évolution de la civilisation européenne en ce début de XXe siècle que l’écrivain met dans la bouche de Jallez, le Parisien et de Jerphanion, le provincial, sont troublantes. Voici, par exemple, ce qu’écrit Jules Romains dans ce dernier volume : « Le plus fort est que l’homme d’octobre 1933, bien au fond, n’aime plus les nouvelles, n’y croit plus, n’en attend plus rien, du moins plus rien de bon. Oh ! Il sait qu’elles sont exactes. Pratiquement, il n’y a plus de fausses nouvelles, de même qu’il n’y a plus de lait fabriqué avec de l’amidon, de vin coloré à la fuchsine. […] Qu’est-ce qu’une nouvelle maintenant peut bien annoncer de sérieux, sinon une augmentation des impôts, une aggravation de la crise financière, un chiffre plus élevé de chômeurs, l’échec d’une conférence internationale… »

En 2005, Jacques Chirac était à l’Élysée. L’hommage populaire, lors de son décès, exprimait une certaine nostalgie des premières années du nouveau siècle, plus sans doute qu’une approbation de sa politique. Les Français avaient, par référendum, rejeté le projet de constitution européenne. George W. Bush venait d’être réélu président des États-Unis, malgré ses errements de politique étrangère et la guerre en Irak dont il n’était pas sorti indemne. Le Premier ministre libanais Rafic Hariri était assassiné à Beyrouth. Des colonies israéliennes étaient démantelées à proximité de la bande de Gaza conformément au plan de désengagement. Les plates-formes de streaming YouTube et Dailymotion faisaient leur apparition. Seuls existaient Microsoft et Apple. Google était encore dans un garage, Facebook, WhatsApp, Instagram, TikTok, Twitter n’existaient pas. L’Airbus A380 faisait son premier vol. Rafael Nadal remportait pour la première fois les Internationaux de France de tennis.

Il n’y a bien que pour Rafaël Nadal que le monde n’a pas changé !

Pour le reste, c’est le désordre le plus complet, le grand chambardement, avec ce qu’il a d’angoissant. Les peuples en ont marre. Un ennemi sanitaire, un virus, sème la terreur, bouleverse l’économie mondiale, accroît la pauvreté, le chômage, laisse les scientifiques et les politiques sans réponse, avec le risque de susciter des vocations totalitaires, comme après la crise de 29. Il est probable que la pandémie va précipiter l’économie mondiale dans un nouveau cycle avec toutes les incertitudes que cela suppose. Quand je dis chambardement, c’est qu’il est général. Les États-Unis offrent un triste spectacle. La Chine développe tranquillement ses ambitions de puissance. L’Europe tente d’être plus solidaire, plus unie, plus souveraine, plus puissante, moins naïve. Il reste du chemin à parcourir ! La création monétaire atteint des niveaux vertigineux. Les très très riches sont de plus en plus riches, les pauvres, de plus en plus nombreux. Dans le même temps, le Pape défend, dit-on, l’union civile des homosexuels, les réseaux sociaux, en passe de prendre le contrôle de la planète, laissent, au nom de la liberté d’expression, circuler des messages injurieux, haineux, anonymes, le plus souvent, qui portent parfois, la signature du président des États-Unis. Thierry Breton, le Commissaire européen menace : « Si une plate-forme ne retire pas un contenu illégal, elle sera sanctionnée financièrement ». À voir !

La Une du Monde du 22 octobre 2020

La démocratie est-elle faite pour les jours heureux ? Est-elle suffisamment forte pour combattre, en son sein, des forces qui ne partagent pas ses valeurs ? Pour lutter contre un mouvement totalitaire, il faut pouvoir employer des moyens incompatibles avec l’état de droit. La démocratie est donc par nature faible et vulnérable. Il y a bien l’état d’urgence, mais il est limité et encadré. De ce piège, les démocraties ne sortent généralement qu’avec des dictateurs « démocratiquement élus ». Le retour en arrière est difficile !

Durant ces quinze années, nos libertés n’ont cessé de s’atrophier et la puissance publique, avec ses lois, ses décrets, ses arrêtés, de se dilater dans le but d’éviter une « archipélisation » de la France qui est aujourd’hui un fait.

Les Français, confrontés à l’insécurité, au terrorisme et à la peur de la Covid19 aujourd’hui, comprennent, et souvent approuvent, des restrictions de libertés, mais ils sont partagés entre ceux qui pensent que “la sécurité est la première des libertés” et ceux qui considèrent que “la première sécurité est la liberté.” Une enquête Elabe, récente, pour « Les Échos » révèle que trois Français sur quatre estiment qu’il faut parfois accepter de réduire ses libertés pour lutter contre la Covid-19. Pour combien de temps encore ? La lassitude s’installe dans l’opinion publique.

Le 2 octobre dernier, Emmanuel Macron a, enfin, désigné clairement l’ennemi, le séparatisme islamiste. Si les services de sécurité et de renseignement ont pour mission de lutter contre le terrorisme islamiste, c’est à la société française tout entière de faire bloc contre le péril que constitue la montée du salafisme politique qui a pour but de déstabiliser la République. Une forme de totalitarisme progresse sous l’apparence de l’islamisme politique qui manipule une religion pour en faire une arme antidémocratique. L’entrisme des Frères musulmans, ça commence à bien faire !

La question n’est pas simple. Le principe républicain de liberté dans la vie sociale et le principe de laïcité dans la sphère publique se concilient difficilement. Quand une partie de la jeunesse se coupe volontairement de la République et de la nation, pour des raisons religieuses, il y a danger. Ces enfants ne se sentent pas français. C’est très grave.

Si je ne peux pas aller au restaurant ; si je suis obligé de me masquer dans la rue, même quand elle est déserte ; si je dois être chez moi après 21 heures, si je ne peux plus instruire mes enfants autrement qu’en appliquant des programmes scolaires contestables et contestés, le système éducatif étant essentiellement un projet politique ; alors, nous ne sommes plus en République ! Ses valeurs ne sont plus respectées ! Voilà ce que pensent, chaque jour un peu plus, ceux qui en ont assez des lois pour des minorités qui s’imposent à tous et d’une forme de dictature des minorités qui rend la vie impossible à la majorité.

A la Sorbonne,le 21 octobre

Enfin, un professeur d’histoire-géographie de 47 ans a été décapité à Conflans-Sainte-Honorine, à deux pas du collège où il enseignait. Le terrorisme et l’horreur, viennent s’ajouter à la crise sanitaire.

« Monsieur le professeur ».

Le chef de l’État, mercredi soir, dans la cour de la Sorbonne, a prononcé, de l’avis général, un beau discours. Il ne s’est pas adressé « aux terroristes, ces lâches qui ont commis ou permis l’attentat ». « Non. Ce soir, je veux parler de votre fils, je veux parler de votre frère, de votre oncle, de celui que vous avez aimé, de ton père. Ce soir, je veux parler de votre collègue, de votre professeur tombé parce qu’il avait fait le choix d’enseigner, assassiné parce qu’il avait décidé d’apprendre à ses élèves à devenir citoyens. » Un de ces professeurs « qu’on n’oublie pas »

Quinze années se sont écoulées depuis la création de ce blog. Les raisons de continuer ne manquent pas !

« Le vent se lève ! Il faut tenter de vivre », écrivait Paul Valéry dans « Le Cimetière marin ».

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