Faut-il, comme le Président de la République, penser « que nous pour¬rons rénover nos relations avec l’OTAN sans crainte pour notre indépendance et sans risque d’être entraînés dans une guerre, malgré nous. Qu’une France qui reprendrait toute sa place dans l’OTAN, ce serait une Alliance qui ferait plus de place à l’Europe ». Ou que « notre planification de sécurité, dans la perspective de crises majeures, n’est pas à la hauteur des attentes des Français ». « Qu’il faut arrêter de croire que notre armée se mesure à la hauteur de ses seuls effectifs. » Que ce sont les économies qui permettront de réaliser les ambitions militaires qui correspondent à notre stratégie. Qu’il faut adapter notre défense à la réalité ou à la probabilité des menaces pour les 15 ans à venir et trouver les marges financières pour lui garantir les équipements dont elle a besoin. Qu’enfin, « nous devons arrêter de maintenir à bout de bras certains matériels …des avions ravitailleurs qui ont 45 ans, des blindés légers qui ont 28 ans, des hélicoptères Puma qui ont 30 ans.
Faut-il au contraire penser comme Louis Gautier, ancien conseiller pour la défense de Lionel Jospin, que la Commission du Livre blanc, « composée à la main du pouvoir, ne pouvait prétendre être autre chose qu’une instance de réflexion et d’animation du débat. » Que, de ce fait, « au lieu de préparer par ses travaux des décisions à venir, elle dut accommoder les prises de position du président de la République qui lui coupait régulièrement l’herbe sous le pied par des annonces inopinées sur la réintégration dans l’OTAN, sur la dissuasion, sur nos forces en Afghanistan, sur nos bases militaires en Afrique et à Abu Dhabi ou encore sur la lutte contre le terrorisme. » Comme lui, faut-il penser que le Livre blanc est « pessimiste » et développe « un discours sécuritaire à la fois anxiogène et pernicieux ». Qu’ enfin, ce Livre blanc « constitue un affaissement regrettable de l’ambition européenne et traduit le zèle sarkozien en faveur de l’alignement atlantique »
La publication du Livre blanc, qui suscitait depuis le début de l’année beaucoup de scepticisme, a déclenché une polémique aussi technique que passionnée dans laquelle l’homme de la rue a bien du mal à se faire une opinion objective. Un groupe d’officiers généraux et supérieurs des trois armées terre, air, mer, sous couvert de l’anonymat, a déclaré, dans le Figaro, « qu’une grande dépense d’énergie intellectuelle a simplement abouti à une réduction homothétique du format des armées. Au mieux, nous serons mieux renseignés, mais nous pourrons moins agir. Il eût fallu, au contraire, mieux définir les ambitions militaires de la France, puis ses priorités géostratégiques, y compris en termes concrets, en désignant les théâtres utiles »
En vérité, une réforme de grande ampleur était nécessaire. Celle qui est proposée est discutable mais s’appuie sur une réflexion également discutable mais incontestablement de qualité. Cette réforme sera une réussite si l’engagement du président de la République de faire en sorte que la défense européenne devienne plus crédible et soit effectivement relancée, est tenu. Dans le cas contraire, si l’empressement à s’aligner en inversant les priorités se révélait être un marché de dupes, les certitudes du Président, dans ce domaine comme dans d’autres, feraient perdre beaucoup de temps, et de crédibilité, au projet de défense européenne qui, en l’état actuel des menaces, est la priorité des priorités.
Nous devrions en savoir plus, dans quelques mois, après le Sommet du 60e anniversaire de l’Alliance en 2009 à Strasbourg et Kehl et après la présidence française de l’Union européenne et le Sommet de Deauville. La réussite de cette importante réforme dépendra aussi de l’indispensable adhésion populaire, du « consensus », qui ne se décrète pas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*

Abonnez-vous
mars 2017
L M M J V S D
« Fév    
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  
Archives