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L’affaire du Watergate était connue. Elle avait commencé en 1972 avec l’arrestation, dans l’immeuble du Watergate à Washington, de cambrioleurs qui opéraient dans les locaux du Parti démocrate à Washington et s’était terminée avec la démission du président des États-Unis, Richard Nixon. Le film d’Alan J. Pakula, Les Hommes du président (All the President’s Men -1976), avec Robert Redford dans le rôle de Bob Woodward et Dustin Hoffman dans celui de Carl Bernstein, raconte l’enquête des journalistes du Washington Post qui avait révélé le scandale.

L’affaire dite des Pentagon Papers, nom donné à un dossier classé secret- défense, l’était beaucoup moins. Robert Mc Namara, secrétaire à la Défense, a commandé un rapport classifié de 7 000 pages sur la conduite de la guerre du Vietnam. Ce rapport révèle que le pouvoir exécutif n’a cessé, depuis le début, de mentir à la Nation américaine. Il savait que cette guerre était perdue d’avance, mais il n’a cessé de la poursuivre et de l’amplifier. En juin 1971, un analyste de la Rand Corporation, Daniel Ellsberg, choqué par tant de désinvolture, décide de transmettre une partie du rapport à une de ses connaissances au New York Times qui publient des extraits du rapport secret.

Le Washington Post, c’est l’objet du film, se procure à son tour, dans des conditions qui font également de ce film, un film d’espionnage, le rapport complet qu’il publie à son tour, malgré les mises en garde juridiques et judiciaires. Le gouvernement de Nixon engage une action destinée à interdire la diffusion d’informations confidentielles. Les deux journaux obtiennent gain de cause auprès de la Cour Suprême, au nom du Premier amendement de la Constitution, qui garantit la liberté de la presse.

Quand les dirigeants du New York Times de l’époque ont appris que Steven Spielberg projetait d’intituler son film « The Post », ils étaient furieux. Pour ce scoop, ils avaient obtenu le prix Pulitzer en 1972. Pour eux, le film aurait dû s’appeler « The Times ».

Ce n’est pas l’histoire d’un scoop, c’est l’histoire d’une femme.

L’ambiance des salles de rédaction, le bruit des rotatives, le langage des journalistes, le rythme, sont extrêmement bien restitués par Steven Spielberg, mais c’est la vie de la directrice du Washington Post, Katharine Graham, qui tient le spectateur en haleine. A la tête du journal depuis la mort de son père et le suicide de son mari, Katharine Graham doit faire face à d’immenses difficultés et doit prendre des décisions lourdes de conséquences pour son journal et pour elle.

Meryl Streep incarne la personnalité de Katharine Graham avec un immense talent. Tom Hanks est évidemment l’acteur qu’il fallait pour interpréter le rôle de Ben Bradlee, le rédacteur en chef du Washington Post qui, deux ans après, chargera deux jeunes journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein de mener à bien, jusqu’à la Maison-Blanche, l’enquête sur l’affaire du Watergate, aidés en cela par « Gorge profonde » (Deep throat), Mark Felt, leur informateur au FBI.

Ce film ne serait qu’une enquête de journalistes et l’histoire d’un journal à deux doigts de disparaitre, s’il ne servait de cadre à un magnifique portrait de femme. La femme d’un homme de pouvoir avant d’être une femme de pouvoir. Plus à l’aise dans les réceptions que dans la gestion quotidienne d’un journal exposé au risque en permanence, elle découvre, au fond d’elle-même, des ressources et un courage dont elle n’avait pas conscience. Face à Robert Mc Namara, l’ami de la famille, aux proches de Nixon, face à Ben Bradlee, son rédacteur en chef, face aux membres de son conseil d’administration, bref, face à un monde d’hommes puissants, elle fait preuve, avec finesse et intelligence, d’une autorité et d’une capacité de décision hors du commun.

Certaines scènes resteront sans doute dans les mémoires. Notamment, la scène où Ben Bradlee, dans un restaurant, ironise sur l’évolution de la rubrique « Style » du journal. Egalement, un échange, entre Tom Hank et Meryl Streep qui porte sur les relations de Katharine Graham avec les Kennedy et ce qui en a découlé. La scène au cours de laquelle elle décide malgré tout de publier est mémorable. Une décision qui fera du Washington Post un grand de la presse américaine.

Meryl Streep (Katharine Graham) écoute avec attention tous les conseils, pour ne pas dire toutes les menaces, qui lui sont prodigués. Quand elle n’en peut plus, elle va se coucher ! Pour hiérarchiser ses priorités, elle se remémore celles de son mari et de son père. Sa liberté, sa fortune, et même son journal, ne comptent pas. Ce qui compte, c’est le respect du public.

La Cour Suprême lui donnera raison. La presse doit être au service des gouvernés, pas des gouvernants.

Dans ces temps où la cause des femmes est mise à toutes les sauces, le portrait de cette femme aurait mérité d’être salué avec plus de conviction. Malheureusement, les temps ne sont pas à la finesse et à la subtilité, mais à la haine et aux scandales.

J’ai vu ce film deux fois, à Paris et à Deauville, en version française et en version originale (beaucoup mieux). Dans les deux cas, nous n’étions pas plus d’une quinzaine dans la salle.

Au passage, la direction de l’EM de Lyon serait bien inspiré de projeter ce film à ses étudiants plutôt que d’encombrer leur esprit de bullshit sans intérêt sur la politique politicienne en France.

 

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