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J’emprunte ce titre à l’éminent cancérologue décédé mardi dernier à l’âge de 93 ans. Il avait, en effet, publié ses mémoires, en 2007, sous le titre « N’oublions pas demain ». Médecin, mais aussi physicien, Maurice Tubiana avait été très marqué par ses études de biophysique à l’université de Berkeley.  » Toute ma carrière, disait-il, a été conditionnée par ces dix-huit mois passés aux Etats-Unis. Je n’avais, jusque-là, pas compris ce qu’était une médecine fondée sur la biologie moderne et l’alliance de la rigueur scientifique et l’intuition clinique ».

 Avant la fin de ses études, il avait participé activement à la libération du territoire. En entrant dans la Résistance, à Lyon, où il était étudiant, puis en s’engageant, en 1943, dans les Forces Françaises libres pour combattre avec les Alliés. Gravement blessé, en atterrissant dans le sud de la France, il ne cessa de faire preuve d’un courage hors du commun. Madame Anne Lauvergeon, ancienne présidente d’AREVA, a admirablement retracé hier, dans la cour des Invalides, où les honneurs militaires étaient rendus à cet ancien résistant, ce que fut l’action de Maurice Tubiana à Monte Cassino. « Il a combattu la mort pendant toute sa vie », au milieu des blessés, sur le front, puis au contact de ses malades tout le reste de son existence. Croix de guerre 39-45, médaillé des Evadés, grand-croix de la Légion d’honneur, c’est à ces divers  titres qu’un hommage officiel a été rendu au célèbre cancérologue en présence de nombreuses personnalités.

TubianaEn 1952, après avoir terminé ses chères études, il avait été nommé professeur de physique médicale et affecté à Villejuif, à l’Institut Gustave-Roussy qu’il dirigea par la suite de 1982 à 1988. Directeur également de l’Institut de recherches de radiobiologie clinique de l’Inserm de 1966 à 1982, expert à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), puis à l’Agence internationale de l’énergie atomique, il a également contribué à la création, en 1964, du Centre international de recherche sur le cancer, à Lyon. Nombre de sociétés savantes l’accueillirent :  International Society of Radiation Therapy, International Society of Radiology, Académie des sciences, Académie nationale de médecine, entre autres. Spécialiste, très tôt, de la radiothérapie, il obtint, le premier, des résultats dans la maladie de Hodgkin et les lymphomes malins, considérés alors comme irrémédiables.

Célèbre pour ses colères et une certaine arrogance, le professeur Tubiana était en réalité un sentimental capable de beaucoup de tendresse et de beaucoup de discrétion et d’élégance. Thomas Tursz, son disciple, raconte « qu’il y a quelques années, après une méchante chute dans la rue, il a attendu son tour pendant cinq heures aux urgences d’un CHU parisien, sans se faire connaître.

Sous le titre « N’oublions pas demain », j’avais écrit un billet sur ce blog, le 8 juillet 2007, auquel le lecteur pourra aisément se reporter en cliquant, en haut, sur l’onglet « archives »,  consacré au dernier ouvrage de ce grand esprit. » Dans ce livre, il racontait son étonnement quand un jour, un de ses jeunes collègues, qui cherchait une ville où s’installer, lui avait dit : « Dans le choix que je vais faire, j’accorderai une importance essentielle à la qualité de vie. » Le professeur avait compris « qu’il voulait être près d’une station de ski ou d’une plage ». Il ajoutait « qu’il y a trente ans, on choisissait la ville en fonction de l’intérêt du travail et non de l’agrément des loisirs. » Ce grand scientifique, humaniste, se déclarait « hanté par l’opposition entre les conditions matérielles de vie de plus en plus confortables, une santé, une longévité, qui s’améliorent sans cesse dans les pays industrialisés, et un pessimisme croissant qui va jusqu’à nier le progrès. » Cette philosophie du présent, ce sentiment de déclin, cette peur de l’avenir, étaient à l’origine de sa décision, à 87 ans, d’écrire sa foi dans l’avenir et sa conviction que « l’homme peut orienter son destin ».

Il n’avait pas peur de la mort qu’il connaissait si bien. Il est mort paisiblement, mission accomplie. Alors, n’oublions pas le professeur Maurice Tubiana.

 

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