Un certain nombre de commentateurs, ces jours-ci, comparent ce qui se passe en ce moment  en Crimée à ce qui s’est passé à Dantzig au début de l’été 1939.

Pourquoi faire ce rapprochement ? Que s’est-il donc passé dans le corridor de Dantzig, il y a soixante-quinze ans, même si comparaison n’est pas raison.

Dantzig carteDantzig, ville libre et région autonome, est aujourd’hui la ville polonaise de Gdansk.  Entre les deux guerres, la bande de territoires, situé à l’ouest de la ville, avait été attribuée à la Pologne, pour lui permettre d’avoir un accès à la mer Baltique, en application d’un des quatorze points exprimés par le président américain Wilson, ainsi formulé : « 13. Un État polonais indépendant devrait être créé, qui inclurait les territoires habités par des populations indiscutablement polonaises, auxquelles on devrait assurer un libre accès à la mer, et dont l’indépendance politique et économique ainsi que l’intégrité territoriale devraient être garanties par un accord international. »

mourir pour DantzigLe traité de Versailles de 1919 en avait donc décidé ainsi, mais l’histoire et la géographie ne sont pas aussi simples. Il est fréquent que les modifications de frontières résultant de traités soient à la l’origine de conflits insolubles. Ce territoire, en partie germanophone, séparait, en effet, la Prusse-Orientale du reste de l’Allemagne. Les Allemands, qui y résidaient, se plaignaient de représailles et à de vexations. De longues et interminables négociations n’aboutirent pas entre les deux gouvernements. Le Reich allemand, revanchard, n’excluait pas de récupérer un jour le couloir de Dantzig par la guerre, puisque, on le sait depuis que le général prussien Von Clausewitz l’a écrit dans son traité de stratégie militaire, « la guerre est la poursuite de la diplomatie par d’autres moyens. »

A la suite des accords de Munich, fin 1938, Le chancelier Hitler exigea que fût revu le tracé des frontières décidé par le traité de Versailles et que soient respectés les droits des minorités. Le gouvernement polonais, intransigeant, ne voulait pas en entendre parler. La suite est connue, mais le contexte géopolitique, pendant l’été 39, l’est moins.

Pendant que les Français songeaient surtout à profiter des vacances, du soleil et de la mer, à laquelle ils avaient accès depuis l’instauration des congés payés, la menace d’un putsch nazi à Dantzig se précisait. La position de la Pologne était jugée avec sévérité. Il était de plus en plus évident que la renaissance d’une grande Pologne avait été une erreur. La Grande-Bretagne, réaliste, aurait voulu maintenir la Pologne dans ses anciennes limites géographiques et ne lui accorder, à Dantzig, qu’un simple droit portuaire. La France, souvent un peu romantique, avait plaidé et obtenu, pour la Pologne, une partie de la Russie blanche et de l’Ukraine. Au mépris de l’histoire, un corridor fut tracé qui fit dire au maréchal Foch : « C’est là que se trouve l’amorce d’un nouveau conflit mondial. »

Pour la majorité des Français, « mourir pour Dantzig » relevait de la folie. Mais la presse, dans son ensemble, faisait campagne contre un nouveau Munich. « Assez d’humiliation pour la France, pas de nouveau Munich ! » Henri de Kérillis, l’activiste connu, écrivait : « Ne pas lâcher sous le chantage, ne pas accorder, devant la menace de l’Allemagne, en arme, l’ombre d’une concession à Dantzig. Tenir ! tenir ! tenir car, à Dantzig, nous jouons notre avenir, notre vie de peuple libre, nos peaux, quoi ! »

La ville de Dantzig

La ville de Dantzig

Ceux qui soutenaient cette thèse étaient convaincus que l’armée français était la plus puissante du monde et que « l’ennemi » ne voulait, ni ne pouvait faire la guerre. Quel aveuglement ! Le chef du gouvernement polonais, Lukasiewicz, quant à lui, refusait catégoriquement toute modification du traité. Il se plaignait d’ailleurs que le ministre des Affaires étrangères français semblait considérer comme un fardeau pour la France ses alliances à l’est de l’Europe. Une partie de l’opinion, par résignation, acceptait l’éventualité d’une guerre ; d’autres Français se demandaient : à quoi bon se battre pour la Pologne ; et puis, il y avait ceux qui réclamaient la paix à tout prix.

Le 23 août, au cours d’une réunion du Comité permanent de la Défense nationale, Georges Bonnet tenta d’imposer l’idée d’un compromis. Le général Gamelin trancha : « La France, dans la situation diplomatique présente, est en état de remporter la victoire. » Le comité tristement historique aboutit à la conclusion suivante : « La France n’a pas le choix. La seule solution à envisager est de tenir nos engagements envers la Pologne. »

Le général Von Clausewitz

Le général Von Clausewitz

Depuis le 5 juillet, on signalait que des formations paramilitaires allemandes (SA et S.S.) avaient débarquées. La désinformation allait bon train, du côté allemand, pour rendre les Polonais responsables de la dégradation de la situation à la frontière et du malheur des populations germanophones. Le 24 août, le navire de guerre allemand Schlesvig-Holstein entra dans la baie de Dantzig. Les deux peuples se préparaient à faire la guerre. Le Führer décida brusquement de surseoir à l’attaque de la Pologne. Il espérait encore que la Grande-Bretagne parviendrait à détacher la France de la Pologne, mais le 25 août, un pacte anglo-polonais fut signé. Enfin, dans une dernière tentative, le Führer convoqua l’ambassadeur de France et lui dit : « Je n’ai aucune hostilité envers la France. J’ai renoncé formellement à l’Alsace-Lorraine ; j’ai reconnu la frontière Franco-allemande telle qu’elle existe actuellement. Je ne veux pas de conflit avec votre pays… »

Le 1er septembre 1939, à l’aube, des divisions blindées, mécanisées, et 40 divisions d’infanterie entrèrent en Pologne sans déclaration de guerre.

Après la seconde guerre mondiale, cette portion de territoire fut définitivement attribuée à la Pologne et les habitants, d’origine germanique, expulsés.

 

 

 

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