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Après la fin de la Guerre froide et une fois l’élargissement à l’Est décidé, l’Union européenne sous l’impulsion de l’Espagne et de la France avait lancé en 1995 un partenariat avec les pays riverains de la Méditerranée appelé : Le processus de Barcelone

Les accords d’Oslo, signés en 1993, venaient de mettre un terme au conflit entre Israël et ses voisins arabes. Un partenariat euro-méditerranéen pouvait maintenant rassembler, pour la première fois, Israël et l’autorité palestinienne, tout comme ses autres voisins arabes, au sein d’un même forum régional. La « Déclaration de Barcelone » relie par un accord les 15 États membres de l’UE à l’époque et 10 pays de la région méditerranéenne : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, la Syrie, l’Autorité palestinienne et la Turquie, auxquels se rajoutent l’Albanie et la Mauritanie, en tant « qu’invités spéciaux et depuis 1999, la Libye avait le statut de membre observateur. Le projet était ambitieux. Il avait pour but de définir un espace commun de paix et de stabilité par le renforcement du dialogue politique et de sécurité ; de construire une zone de prospérité par un partenariat économique et financier et par l’établissement d’une zone de libre-échange à l’échéance de 2010 ; d’organiser un rapprochement culturel par le biais d’un partenariat culturel, humain et social entre les deux rives de la Méditerranée.

Pour la mise en œuvre de projet ambitieux, mais complexe, plusieurs institutions avaient été créées. Le dialogue politique devait avoir lieu dans le cadre de la Conférence des Ministres des Affaires étrangères. Au niveau technique, les décisions devaient être prises dans le cadre de réunions trimestrielles de Hauts fonctionnaires (Ambassadeurs des États membres pour le partenariat euro-méditerranéen) et de réunions ad hoc.

Le Processus de Barcelone est tombé en panne pour diverses raisons que je rappelle : Sous la pression allemande, la priorité avait été donnée à l’ouverture de l’Europe vers l’est, le conflit israélo-palestinien avait repris de plus belle, les pays du sud de la Méditerranée étaient incapables de coopérer entre eux, l’agriculture était absente du Processus de Barcelone et des malentendus demeuraient auxquels il n’a jamais été possible de remédier.

Hubert Védrine, qui sur ce sujet, comme sur quelques autres, est un sage, estimait à l’époque qu’un compromis s’imposait pour ne pas réitérer les erreurs du passé. Combiner coopération renforcée (ceux des 27 qui sont intéressés) et partenariat avec le sud pour ne pas faire de l’assistanat, est certainement difficile mais doit être tenté. Il mettait en garde : « Les annonces spectaculaires, les effets de style, les prétendues nouveautés, ne durent pas. Il faut du temps, de la patience, une vision claire de l’objectif à atteindre et une stratégie fondée sur des analyses justes. » L’Europe s’est construite avec cette méthode, la méthode Monnet, des petits pas. Le président Sarkozy, avocat, excellait dans l’art de demander beaucoup pour ensuite accepter un compromis qui avait le mérite de faire avancer les idées et avoir ainsi ce qu’il n’aurait sans doute pas obtenu autrement.

En 2008, la chancelière Angela Merkel, après un dîner de travail, à Hanovre, avec le nouveau président français, avait déclaré ceci : « Nous sommes convenus qu’en ce qui concerne la coopération entre l’Union européenne et la Méditerranée, nous voulions faire évoluer le processus de Barcelone et lui donner une nouvelle dimension. Cela s’appellera Union pour la Méditerranée, ce sera un projet des 27 États membres de l’Union européenne. Nous devons en parler avec les autres États membres pour ne pas placer tout le monde devant le fait accompli. La France et l’Allemagne sont des pays importants mais ce ne sont que 2 pays sur 27 et il faut naturellement en parler aussi avec les États riverains de la Méditerranée. Mais il y aura une évolution qualitative si les choses se passent comme nous le souhaitons et ce sera un projet des 27 États membres de l’Union.  »

Au passage, l’Union de la Méditerranée était devenue l’Union pour la Méditerranée !

Tous ceux – et celles – qui s’intéressent aux affaires européennes se souviennent du Sommet qui a réuni près de cinquante pays autour du projet de l’Union pour la Méditerranée le 13 juillet 2008, Du point de vue de la Commission européenne, il ne pouvait s’agir que d’un Barcelone Plus avec des ambitions réduites à quatre projets : la dépollution de la Méditerranée, les transports, la protection civile et l’énergie solaire. Nous étions loin des ambitions françaises et des douze projets prioritaires sélectionnés. On ne parla pas d’immigration, d’agriculture, de sécurité et de défense, ni de sujets qui fâchaient ou divisaient.

La diplomatie française ne ménagea pas ses efforts. Le Président, volontariste, fut souvent maladroit. On assista surtout à une bataille d’influence. À l’est de l’Europe, des pays se réunissaient pour proposer une Union de l’Europe orientale. Les Américains, qui ne voyaient pas d’un très bon œil ce projet, avaient d’autres priorités. Il y eut cependant 43 participants au Sommet du 13 juillet qui furent invités aux cérémonies du 14 juillet : Les 27 pays de l’Union européenne et les pays riverains de la Méditerranée. La Croatie, la Bosnie, le Monténégro, étaient invités.

La France voulait la première coprésidence de l’Union pour la Méditerranée pour deux ans. Cette intention avait été repoussée compte tenu de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne qui changeait le mode de désignation du Président de l’UE.

Au sud de la Méditerranée, ce fut compliqué. Le Maroc, qui voulait le statut de pays avancé, joua un jeu personnel. Le Président Bouteflika se fit tirer l’oreille. Le Président Kadhafi, égal à lui-même déclara, dans le langage qui est le sien, « Nous ne sommes ni des affamés, ni des chiens pour qu’ils nous jettent des os ». L’invitation du Président syrien fut beaucoup reprochée à Sarkozy.

Personne n’était dupe. Tout le monde savait que des incidents à Gaza, des initiatives en Iran, des complications au Liban, remettraient en question les relations avec la Syrie. C’est ce qui ne manqua pas de se produire. Ce fut le PPPC, le plus petit projet commun.

Les esprits chagrins s’en donnèrent à cœur joie ; les sceptiques ne manquèrent pas d’arguments pour justifier leurs réserves, Nombreux étaient ceux, j’étais de ceux-là, qui espéraient que le projet d’Union pour la Méditerranée, une Union de projets concrets soit un début, un acte fondateur, qui enclenche un état d’esprit nouveau. Ce fut un échec.

En 2010, le président de la République, dans le discours qu’il avait prononcé devant les ambassadeurs le 26 août 2009, avait été très clair. « Il n’y aura pas de paix entre Israël et les Palestiniens si la colonisation se poursuit […] C’est une erreur de penser qu’on peut continuer un processus de colonisation et espérer la paix. » C’est pourtant ce qui s’est passé. Non seulement la colonisation n’a pas cessé mais elle s’est intensifiée. Dans ces conditions, on est d’ailleurs en droit de se demander si Israël veut vraiment la paix mais c’est une autre histoire.
L’Union pour la Méditerranée, comme le Processus de Barcelone, était un beau projet, vital des deux côtés de la Méditerranée, mais il a buté sur l’absence de solution au conflit israélo-palestinien. Aucun responsable arabe des Affaires étrangères ne voulait s’asseoir à la même table que le ministre israélien Avigdor Lieberman. L’Union pour la Méditerranée fut donc une occasion manquée que nous sommes en train de payer très cher dans un environnement international imprévisible et de plus en plus compliqué.

Le site de l’Union pour la Méditerranée

« Le printemps arabe » avait suscité beaucoup d’espoir. Malheureusement, la diversité des situations nationales, l’absence d’assise idéologique, n’ont pas permis qu’un véritable sursaut démocratique se produise. Toutes les ouvertures françaises ont buté sur l’intransigeance d’un gouvernement israélien qui n’entendait rien céder.

La victoire de François Hollande avait été saluée par les peuples de la rive sud de la Méditerranée. L’attente était grande après les discours identitaires et sécuritaires de Nicolas Sarkozy. LUPM aurait pu servir de base à un processus qui prenne en compte les aspirations démocratiques des peuples arabes. Le flux migratoire découle essentiellement du sous-développement des régions défavorisées de la rive sud de la Méditerranée. N’aurait-il pas été plus judicieux de conclure un pacte de coopération et de solidarité, moins ambitieux, limité aux sujets les plus urgents, avec les États des deux rives de la Méditerranée ?

Seule organisation réunissant 43 pays des rives de la Méditerranée, l’Union pour la Méditerranée (UPM), tente, sans grands moyens et sans réelle volonté politique, d’apporter des réponses aux défis sécuritaire et migratoire. Elle est priée d’aller chercher elle-même des financements pour ses projets. Depuis 2012, l’UPM s’est engagée sur 47 projets, dont 25 sont en cours de réalisation, pour 1,5 milliard d’euros. C’est insuffisant au regard des problèmes qui déstabilisent l’Europe aujourd’hui.

L’Europe, présidée depuis le 1er juillet par Sébastian Kurz, le chancelier autrichien, est en crise politique. La politique anti-immigration d’extrême droite qu’il préconise va être inutile et couteuse. L’argent aurait été mieux placé dans la prévention des risques avec l’outil de coopération qu’est l’Union pour la Méditerranée qui aurait pu apporter des solutions aux problèmes migratoires.

Quelle occasion manquée ! Quel gâchis !

A suivre….

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