Pour donner un second souffle à la révolution islamique, Ahmadinejad provoque chaque jour un peu plus le gouvernement américain comme Saddam Hussein le faisait avant lui. Ce jeu de rôle ne préoccupe pas outre mesure les diplomates qui ne croient pas un instant à l’hypothèse d’une confrontation. C’est oublier un peu vite que l’Amérique est en guerre avec un budget de guerre et une politique de guerre. La presse française a très peu parlé, il y a quelques semaines, du livre blanc de la défense 2006, la Quadrennial Defense Review 2006 – la QDR – qui est en ligne sur le site du Pentagone. Tous les quatre ans, le gouvernement américain met à jour sa doctrine militaire et le fait savoir au monde entier. La version 2006 marque un tournant, une profonde transformation doctrinale. « Jamais plus le 11 septembre » est le fil conducteur de ce document élaboré par le Congrès et l’Etat-Major. A l’exception du Royaume Uni et de l’Australie, alliés privilégiés, il est frappant de constater que l’Union européenne et l’Afrique sont absents de ce document qui désigne les zones sensibles : la Chine, la Russie, le Moyen-Orient, l’Asie centrale. Les capacités de dissuasion nucléaires évoluent vers une éventuelle utilisation tactique. Les forces spéciales, de plus en plus spéciales, sont développées dans le but de détecter les armes de destruction massive et de fournir des renseignements qui permettent des interventions de plus en plus rapides. En résumé, la QDR 2006 qui privilégie l’information plus que l’industrie, est destinée à dissuader quiconque est susceptible de nuire aux intérêts américains, à éliminer les menaces dans le monde entier et à donner au président des Etats-Unis et aux chefs d’Etat-major plus d’options.
Il faut donc lire les déclarations de Donald Rumsfeld et de Condoleezza Rice à l’aune de ce que contient ce document qui vise particulièrement l’Iran, le pays qui pose le plus de problèmes aujourd’hui. L’Amérique est engluée en Irak, le Pakistan est de plus en plus instable, le Hamas et le Hezbollah libanais mettent de l’huile sur le feu pour pousser Israël à la faute. Bref, la région est dangereuse. Le président Bush, encore sous l’influence des néoconservateurs, sait qu’il ne peut terminer son mandat en laissant cette région au bord d’une guerre civile qui constitue une menace sérieuse pour l’Occident.
Il doit donc agir, mais pour faire quoi ? La diplomatie a peu de chance d’aboutir en raison de la position de la Chine et de la Russie au Conseil de sécurité. Des sanctions contre l’Iran pénaliseraient le monde entier plus que l’Iran en raison de la pénurie et de la hausse du prix du pétrole qui s’ensuivraient. Les Américains cherchent donc à négocier une alliance objective avec les chiites irakiens et une partie des religieux iraniens. Un changement de régime salvateur est peu probable en Iran et ce qui se passe en Irak n’est pas rassurant. Dans le même temps, les militaires américains étudient toutes les options pour empêcher par la force que l’Iran se dote de l’arme nucléaire. C’est normal, c’est leur métier.
Alexandre Adler, aux matins de France Culture, évoquait l’hypothèse d’une intervention américaine puissante, purement aérienne, avec le cas échéant du nucléaire tactique sur certaines cibles bien précises, pour changer la donne dans toute la région. Ce serait l’option de dernier recours, « la poursuite de la diplomatie par d’autres moyens », selon la formule célèbre de Clausewitz. Une attaque en Iran, pour faire tomber le régime des « mollahs » et faire diversion, serait un grand classique de la stratégie militaire. Elle ferait provisoirement oublier l’Irak, confirmerait la toute puissance américaine mais aussi le désordre de sa politique étrangère qui fait dire à Jack Straw que ces spéculations sont « cinglées ». Quant à la capacité réelle de l’Iran à fabriquer une arme nucléaire et à pouvoir la lancer, c’est une autre affaire sur laquelle les experts sont pour l’instant très réservés. Derrière les gesticulations de Téhéran, il y a sans doute une réalité différente, invérifiable mais assez dangereuse pour les Etats-Unis et leurs alliés.
En attendant, les menaces crédibles sont le seul moyen d’amener les Iraniens à la table des négociations.

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