Le 15 novembre 1922, Paul Valéry prononçait une conférence à Zurich sur « l’esprit européen ». « Il existe, disait-il, une région du globe qui se distingue profondément de toutes les autres au point de vue humain. Dans l’ordre de la puissance et dans l’ordre de la connaissance précise, l’Europe pèse encore aujourd’hui beaucoup plus que le reste du globe. Je me trompe, ce n’est pas l’Europe qui l’emporte, c’est l’esprit européen dont l’Amérique est une création formidable. Partout où l’esprit européen domine, on voit apparaitre le maximum de travail, le maximum de rendement, le maximum d’ambition, le maximum de relations et d’échanges. Cet ensemble de maxima est Europe, ou image de l’Europe. D’autre part, les conditions de cette formation, et de cette inégalité étonnante, tiennent évidemment à la qualité des individus, à la qualité moyenne de l’Homo Europoeus. Il est remarquable que l’homme d’Europe n’est pas défini par la race, ni par sa langue, ni par les coutumes, mais par les désirs et par l’amplitude de la volonté. »
La volonté, c’est bien de cela qu’il s’agit. Le Président de la République, dans le discours qu’il a prononcé à Nîmes le 5 mai dernier, a appelé les Européens à un nouveau volontarisme européen. Il rappelé que les « Pères fondateurs » avaient cette volonté. Mais, a-t-il dit, « Pour que l’Europe veuille, il faut qu’elle cesse de se diluer dans un élargissement sans fin ». Il ne suffit pas d’une décision juridique et institutionnelle pour inculquer « l’esprit européen » cher à Paul Valéry.
Certes, nous ne sommes plus en 1922, il y a longtemps que la puissance de l’Europe ne domine plus le monde, mais ce n’est pas en l’élargissant au-delà de ses limites naturelles et en doublant sa population que « l’esprit européen » dominera à nouveau « sur le reste du globe ». C’est, au contraire, en renforçant la communauté de destin, en fortifiant la culture européenne que partagent des peuples qui ont vocation à s’unir davantage, pour, ensemble, lutter contre le réchauffement climatique, assurer leur sécurité, innover à l’égal des autres grandes puissances, défendre les droits de l’homme et des minorités, servir d’exemple au reste du monde. Si, sous prétexte de ne pas « être naïfs », ces peuples, et leurs gouvernants, devaient se montrer arrogants, agressifs, égoïstes, protectionnistes, il s’en suivrait des conflits, notamment aux frontières, qui ne feraient plus de l’Europe un exemple mais un problème.
Ce n’est pas ce que voulaient les « Pères fondateurs ». Il faut, au contraire, apporter une réponse, comme le souhaite le Président Sarkozy, « à la profonde crise intellectuelle et morale », que traverse le monde. « Remettre l’Europe en mouvement », ne doit pas être, non plus, confondre vitesse et précipitation.

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