Il y a des années particulières et des jours qui ne sont pas comme les autres.

En 2020, La France célébrera le 150e anniversaire de la proclamation de la IIIe République et le centenaire du transfert du cœur de Léon Gambetta au Panthéon.

Portrait de Léon Gambetta peint par Léon Bonnat en 1888

À Cahors, où Léon Gambetta est né le 2 avril 1838, la présence du grand homme est permanente. Au musée, une importante collection de souvenirs évoque Gambetta : l’avocat, le républicain, le patriote, l’homme politique. On y trouve cette curieuse image de bazar génois. Léon Gambetta était le fils d’un père d’origine génoise et d’une mère quercynoise : Madeleine Massabie. Il tenait, sur la place du marché, ce magasin dont on voit encore une partie de l’enseigne. Léon devait leur succéder. Tribun, doué d’un sens politique hors du commun, visionnaire, réaliste, il s’engagea dans une autre voie, devint le père fondateur de la IIIe République, le symbole du républicain, et, plus tard, une place particulière lui fut attribuée au Panthéon de notre pays.

La principale artère de la ville, qui s’étend de la Barbacane, au nord, jusqu’au pont Louis Philippe au sud, et sépare la ville médiévale, à l’est, des quartiers plus récents, à l’ouest, porte son nom : C’est le boulevard Gambetta qui est à Cahors, ce que le Cours Mirabeau est à Aix en Provence, avec ses immeubles à terrasses, ses platanes, ses cafés, l’Hôtel de Ville, le Palais de Justice et la statue du grand homme au début des Allées Fénelon. C’est une statue de Falguière, qui représente Gambetta, appuyé sur un canon, le bras tendu en direction de son lycée. À l’origine, le soubassement du socle était décoré de statues de marin et d’un drapeau de bronze, lesquels furent envoyées à la fonte durant l’Occupation. Le monument a été inauguré en avril 1884.

Mon père avait été nommé directeur départemental de la construction dans les derniers jours de 1953. Dans la voiture, quand nous sommes arrivés devant son bureau, il nous a dit, avec ce sourire malicieux, qui lui était si personnel : « Mon bureau est dans la rue où je suis né ». Silence dans la voiture ! Mon père avait ajouté : « Je suis né Route d’Orléans, à Montrouge, c’est-à-dire en bordure de la Nationale 20. Mon bureau, est là, sur la Nationale 20, qui porte ici le nom de Boulevard Gambetta ! »

Ce boulevard, combien de fois l’ai-je monté et descendu ? Avec mes copains du Tivoli, le « Flore » de Cahors, sous l’uniforme, pendant mon service militaire au CIT 58, avec mes camarades de chambrée : Jean-Pierre Mouysset, Jean Pezetti, et autres Guerrini et Picaud, avec quelques jeunes filles de Cahors… C’était un peu le Boul’Mich de Cahors.

Je me souviens que dans les années cinquante, le 17 août, nous dansions au milieu de la Nationale 20, entre le café « Le Bordeaux » et l’Hôtel-de-Ville pour commémorer la libération de la ville le 17 août 1944. Les poids lourds s’arrêtaient, attendaient la fin de la danse et reprenaient la route. Il n’y avait pas encore l’autoroute !

Le Président Sadi Carnot, pour rendre hommage à Léon Gambetta, cet « homme de la liberté », devenu l’homme de la résistance à l’envahisseur allemand en 1870, avait, par décret, décidé que le lycée « Impérial » de Cahors porterait, à partir de 1888, le nom de Lycée Gambetta.

55 Boulevard Gambetta

La ville se prépare à célébrer, comme il se doit, ce double anniversaire. Ce matin, les premiers éléments du programme prévu étaient sur Facebook. « Cinq associations – Amicale des Anciens Élèves du Lycée et du Collège Gambetta, Université Pour Tous Cahors-Quercy, Société des Études du Lot, Association de recherche sur l’histoire des familles, Amicale des Collectionneurs Lotois – ont décidé de se mobiliser en 2020 à l’occasion du 150e anniversaire de la proclamation de la IIIe République et du centenaire du transfert du cœur de Léon Gambetta au Panthéon.

« Si on vit en république, c’est grâce à lui » rappelle Georges Depeyrot, vice-président de la Société des Études du Lot. « Léon Gambetta est la personnalité qui a le plus de rues et de places à son nom en France. Nous voulons célébrer le plus illustre des Cadurciens. » Les associations ont déjà prévu un certain nombre de rendez-vous pour 2020.

Pour fêter ces deux anniversaires, les organisateurs vont faire réaliser par la Monnaie de Paris une médaille spéciale, avec le dernier portrait de Léon Gambetta gravé en mars 1882 par Jules Chaplain et approuvé par le principal intéressé lui-même. Chaque médaille sera numérotée, donc unique. Il n’y aura aucun retirage. Les personnes intéressées ont jusqu’au 31 janvier 2020 pour se faire connaître auprès de la Société des Études du Lot par mail à « etudesdulot@orange.fr » (prix maximum : 115 € la médaille en bronze et 430 € celle en argent).
Vendredi 4 septembre 2020, jour de la proclamation de la République par Gambetta, un groupe de 50 souscripteurs de la médaille se rendra à Paris pour visiter la Monnaie de Paris et sera reçu à l’Assemblée Nationale (visite préparée avec le député Aurélien Pradié). Des élèves du collège Gambetta seront associés à cette initiative.

Les organisateurs de l’année Gambetta ont également prévu un certain nombre de conférences au cours de l’année 2020. La première est prévue vendredi 3 avril 2020 au collège Gambetta, avec l’intervention de l’historien Étienne Baux sur « La République ». « Les mardis de Gambetta » seront lancés à partir du 5 mai 2020. Ce jour-là à 14 h au centre universitaire Maurice Faure, André Tulet parlera de « La presse de Cahors de 1870 à 1914 ». Mardi 12 mai à 14 h au théâtre municipal, Danièle Mariotto évoquera « Léon Gambetta épistolier » avec des lectures de lettres de Gambetta à sa famille, ses amis, aux femmes de sa vie…

Les autres conférences sont prévues : mardi 8 septembre à 14 h à l’Espace Clément Marot, conférence de Dominique Antérion sur « Léon Gambetta à travers les médailles, l’art, la propagande politique, l’hommage posthume » ; mardi 22 septembre à 14 h à l’Espace Clément Marot, conférence de Philippe Naszalyi, « Léon Gambetta, orateur et polémiste attaqué en diffamation par le président de la République » ; mardi 29 septembre à 14 h à l’Espace Clément Marot, conférence de Ribeill « Léon Gambetta, le plan Freycinet et les chemins de fer : des lignes projetées… aux lignes réalisées… » ; mardi 6 octobre à 14 h à l’Espace Clément Marot, conférence de Laurent Wirth sur le thème de son dernier livre « La République en héritage ou le fil de Marianne » ; mardi 3 novembre à 14 h à l’Espace Clément Marot, conférence de Gérard Béaur, vice-Chair de l’EURHO (EUropean Rural History Organisation) « L’agriculture aux temps de Léon Gambetta, entre optimum et phylloxera ».

Une exposition « Léon Gambetta, l’homme et l’œuvre » sera présentée dans les salons de la préfecture du Lot entre septembre et novembre 2020. Le public pourra notamment découvrir de nombreuses médailles consacrées à Gambetta. Un repas républicain est programmé pour le mercredi 7 octobre. Après avoir mangé, les participants parleront politique.

Jacques Bouzerand, mon beau-frère, ancien rédacteur en chef adjoint de l’hebdomadaire Le Point, directeur de la communication de la 5, avait le projet d’écrire une biographie de Léon Gambetta. Il n’en a malheureusement pas eu le temps.

Le bazar génois Gambetta jeune et Cie (Musée)

J’emprunte au site http://www.toupie.org/Biographies/Gambetta.htm le résumé de la vie de Léon Gambetta auquel je consacre aujourd’hui cet article :

 

Fils d’un immigré italien, Léon Gambetta choisit la nationalité française à l’âge de 21 ans. Avocat, il se fait remarquer en 1868 par une violente plaidoirie contre le régime de Napoléon III dans l’affaire Baudin où il défend le républicain Delescluze (procès contre les initiateurs d’une souscription pour un monument à Alphonse Baudin, représentant du peuple tué sur une barricade en 1851).

Lors des élections législatives de 1869, Gambetta est partisan de mesures radicales (Programme de Belleville) comme la liberté totale de la presse, le suffrage universel, la séparation de l’Église et de l’État, l’école gratuite, laïque et obligatoire, l’instauration d’un impôt sur le revenu, etc. Il est élu et siège au sein de la minorité républicaine qui s’oppose à la guerre de 1870 et dont il est l’un des chefs les plus populaires.

Après la chute de Napoléon III, Gambetta joue un rôle important avec Jules Ferry dans l’avènement de la IIIe République proclamée le 4 septembre 1870. En octobre, Ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de la Défense nationale, il quitte Paris en ballon pour rejoindre Tours et organiser la levée de troupes. Le gouvernement s’étant replié à Bordeaux, il est chargé d’organiser la guerre en Province. Après la capitulation de Paris, le 20 janvier 1871, Gambetta est décidé à poursuivre la guerre, mais en conflit avec les autres membres du gouvernement, il démissionne après l’armistice.

Représentant le Bas-Rhin à l’Assemblée nationale élue en janvier 1871, il démissionne lorsque ce territoire est abandonné à l’Allemagne.

Quelques mois plus tard, Gambetta est élu député de la Seine. Il dirige l’Union républicaine et défend la République contre la restauration monarchique. Il est l’artisan des lois constitutionnelles de 1875. Réélu en 1875 et en 1877, il perd cependant la confiance des ouvriers de Belleville qui lui préfèrent en 1880 Alexis Trinquet, un ancien communard.

Léon Gambetta -photo Etienne Carjat

Après avoir été Président de la Chambre des députés, Gambetta devient Président du Conseil et Ministre des Affaires Étrangères du 14 novembre 1881 au 27 janvier 1882. Mais il ne peut s’y maintenir sous les attaques des radicaux. Après une septicémie provoquée par une blessure à la main, il meurt d’une appendicite aiguë à l’âge de 44 ans.

Arrêtons-nous un instant sur ses derniers jours qui appartiennent à la légende.

Léon Gambetta meurt dans sa maison des Jardies, au 14 rue du Chemin Vert, le 31 décembre 1882, des suites d’une pérityphlite diagnostiquée, dès le 23 décembre, par le professeur Charcot. Ses derniers jours sont relatés dans un compte rendu médical très détaillé du docteur Lannelongue, ami personnel de Gambetta, puisque le 27 novembre il s’était blessé à la main et au bras en s’exerçant à tirer au revolver depuis sa bibliothèque sur une cible au fond du jardin (s’étant fait récemment ridiculiser à un duel au pistolet, il s’imposait cet entraînement) et se trouvait donc sous surveillance médicale constante. Léonie est soupçonnée par ses opposants d’avoir tiré sur son amant dans une crise de jalousie. La presse d’opposition sous-entend aussi qu’un complot maçonnique mettant en cause sa maîtresse soupçonnée d’être un agent des Henckel proches de Bismarck, pourrait être la cause de la blessure. C’est la thèse soutenue quarante ans plus tard par Léon Daudet dans son roman : Le Drame des Jardies. Fake news dirait-on aujourd’hui, goût du complot ?

Après une autopsie au cours de laquelle les amis du grand patriote se partagent ses restes (sa tête, son cerveau, son bras droit, son intestin et son cœur gardés comme reliques), le docteur Baudrian est le premier à utiliser le formol pour embaumer le corps de Gambetta en l’injectant dans ses artères. Le 14 janvier 1883, Gambetta est inhumé au cimetière du château au centre du plateau Gambetta, à Nice, où sa famille s’était installée.

Le 11 novembre 1920, pour le cinquantenaire de la proclamation de la Troisième République, son cœur est transféré au Panthéon. Il repose dans une urne placée dans l’escalier qui descend à la crypte. Le transfert de cette relique républicaine reproduit ainsi la tradition capétienne de la bipartition du corps (dilaceratio corporis, « division du corps » en cœur et ossements) avec deux sépultures. (source Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9on_Gambetta)

Urne contenant le coeur de Gambetta au Panthéon

C’est après la mort de Gambetta, que Bonnat peint son portrait à la demande d’un des admirateurs de l’homme politique, Joseph Reinach, qui le légua aux Musées nationaux en 1921. Il ne s’agit donc pas d’un portrait officiel, mais d’une œuvre où l’artiste a cherché à rendre la vie et le caractère d’une grande figure politique, encore présente dans les mémoires. Gambetta est représenté à mi-corps, les mains dans les poches, très vivant, prêt à haranguer les députés ou à convaincre des électeurs. Bonnat travailla d’après un cliché déjà ancien d’Étienne Carjat – il datait de 1870.

« Homme de la liberté », Léon Gambetta avait le sens de la mesure, de l’équilibre entre les thèses défendues par les uns et les autres. J’évoquerai demain… ou après-demain, un autre « homme de la liberté » qui, lui aussi, prenait à bras-le-corps les causes qui le révoltaient. Albert Camus, disparu il y a 60 ans, le 4 janvier 1960, n’était pas seulement un écrivain, prix Nobel de littérature en 1957 ; c’était aussi un journaliste, un dramaturge, un essayiste, qui « dialoguait avec le réel ».

« De mes premiers articles jusqu’à mon dernier livre, a-t-il écrit, je n’ai tant, et peut-être trop, écrit que parce que je ne peux m’empêcher d’être tiré du côté de tous les jours, du côté de ceux, quels qu’ils soient, qu’on humilie et qu’on abaisse. »

Une réponse à Les hommes de la liberté.

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