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Les Français ont le sentiment de s’appauvrir et commencent sérieusement à craindre pour eux et pour leurs enfants. Dans ce contexte, la valeur de l’immobilier occupe une place très importante car, pour de nombreux Français, la part de l’immobilier dans leur patrimoine constitue la valeur refuge, l’épargne sans risque, le coffre fort. Le patrimoine des Français, composé en grande partie de biens immobiliers (62%), avait, fin 2010, doublé en dix ans. Il s’élevait d’après l’INSEE à 10 000 milliards d’euros l’équivalent de 5 années de PIB. C’est considérable, mais susceptible de variation. Ce patrimoine était composé pour 7 463 milliards d’euros (fin 2010) de biens immobiliers. Près de 60% des ménages sont propriétaires de leur logement. Investir dans la pierre, le plus souvent en empruntant, est considéré par les Français comme un placement refuge, un bon moyen de se constituer un patrimoine.  La politique de la France, en entretenant en permanence la pénurie de logements, aura au moins permis à une partie de la population de s’enrichir, comme le confirme cette enquête de l’Insee, mais peut aussi avoir créé des illusions et des inégalités graves.

La valeur de l’immobilier a donc un impact prépondérant sur l’ensemble de l’économie et particulièrement sur le moral des Français. L’augmentation de la valeur du patrimoine immobilier des ménages donne le sentiment de s’enrichir et, par conséquent, entraîne une hausse de la consommation, l’envie de dépenser ; c’est ce que les économistes appellent « l’effet richesse positif ». La hausse des prix, pendant une période suffisamment longue, s’accompagne aussi d’un comportement expansif des banques qui ont le sentiment que leur risque diminue avec la hausse des valeurs.

Les masses d’argent investies dans l’immobilier ont provoqué une hausse inconsidérée des prix et déclassé ceux qui ne vivent que de leur travail. Il n’y a plus guère que ceux qui héritent ou revendent un bien, qui peuvent aujourd’hui accéder à la propriété dans les marchés tendus. Ceux qui n’ont que le  revenu de leur travail ne peuvent plus se loger dans certains quartiers. Au surplus, les capitaux ainsi  investis n’ont créé aucune activité économique en dehors du batiment pour les seuls logements neufs. C’est une hérésie économique. Jacques Friggit, chargé de mission au Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), écrit dans  un ouvrage récent : «  Pour sortir de la crise du logement (La Découverte, 282 p., 15 euros)  :  » La seule consommation additionnelle des vendeurs, qui se sont retrouvés riches du jour au lendemain, représente, cumulée entre 2000 et 2009, de 15 % à 20 % du PIB. «  Ce qui signifie, selon lui, que les jeunes ménages qui se sont lourdement endettés,  auront financé la consommation de leurs aînés et accepté, sans pouvoir faire autrement, un transfert de richesses assez dramatique.

Dans un billet, en date du 28 octobre 2006, j’avais exprimé ma crainte qu’un jour ou l’autre, se produise une correction du marché immobilier et provoque « un effet richesse négatif », aux conséquences désastreuses sur la consommation et la croissance. Contrairement à ce qu’affirment les experts, qui ne veulent pas contribuer à amplifier l’inquiétude, l’atterrissage se fait rarement en douceur et les « bulles » éclatent rarement sans faire de dégâts. Or, ce phénomène est en train de se produire. Dans un monde sans inflation, les seuls prix de l’immobilier ne pouvaient « monter jusqu’au ciel ». Les besoins existent, l’offre est relativement faible, les taux d’intérêt sont historiquement bas, mais la demande dit « stop » et le marché se bloque. Les prix baissent, plus ou moins, mais ils baissent. Ils baissent d’autant plus qu’ils avaient exagérément et anormalement montés depuis dix ans. Il en sera ainsi jusqu’à ce que la correction des prix resolvabilise la demande et restaure la confiance.

Or, il n’y aura pas de redressement économique sans rétablissement de la confiance. Celle-ci ne se décrète pas, elle se mérite. C’est logique, il n’est pas nécessaire d’être docteur en économie pour le comprendre. Affirmer, comme le font certains soi-disant experts, que les prix ne baissent pas et vont même augmenter à nouveau, n’est pas crédible. Sur le plan financier, déclarer la guerre aux marchés est aussi suicidaire quand la dette s’accroît et que ce sont les investisseurs, c’est-à-dire les marchés, qui achètent la dette. Il ne suffit pas de déclarer que la crise est derrière nous et que l’euro est sauvé pour que, par enchantement, la confiance soit restaurée. La confiance, c’est comme l’amour, il faut des preuves. C’est bien difficile quand la France, et l’Europe, s’installent dans la récession et font le triste constat d’un recul historique du pouvoir d’achat. La récession n’est encore que « technique » dans notre pays, mais, symboliquement, c’est un signal inquiétant qui ne favorise pas le retour de la confiance. Une production insuffisante, une consommation atone, des exportations qui ne cessent de baisser et un retrait des investisseurs qui empêche les dépenses d’investissement qui seraient indispensables, caractérisent la situation. Il n’en faut pas plus pour que le doute s’installe, que les investisseurs s’abstiennent, diffèrent leurs projets ou renoncent purement et simplement.

Les Français ne supportent pas l’idée de s’appauvrir individuellement et collectivement. Ils supportent encore moins d’avoir à payer encore et encore plus d’impôts dans le même temps. On peut le comprendre.

 

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