Depuis lundi, Trump, c’est fini !

Le Wall Street Journal a élégamment exprimé le sentiment général en ces termes : « Il y a un temps pour se battre et il y a un temps pour reconnaître sa défaite »

Joe Biden a obtenu 81,28 millions de voix, soit 51,3 % des suffrages, contre 74,22 millions (46,8 %) au président sortant. Les résultats définitifs, certifiés, actent l’obtention par Joe Biden de 306 grands électeurs contre 232 à Donald Trump. Les grands électeurs ont confirmé lundi la victoire du démocrate, que la plupart des républicains refusent encore d’admettre.

Le démocrate est ainsi devenu officiellement le 46e président des États-Unis. Du Delaware, Joe Biden a salué la solidité de la démocratie américaine, ébranlée par le comportement de Donald Trump, et exprimé ce qu’il pensait de l’esprit civique de son adversaire.

Trente-sept jours d’une contestation judiciaire qui faisait craindre une forme de coup d’État et des troubles, auront été nécessaires avant cette officialisation. Pendant cette trop longue, et inhabituelle période de doute, Joe Biden n’a commis aucune faute. Il a patiemment attendu que cette « contrariété passagère » prenne fin.

Ces trente-sept jours d’invectives, d’insultes, de menaces et parfois de violence physique, indignes d’un grand pays démocratique, ont été longs.

La Cour suprême unanime, gardienne de l’État de droit, pourtant composée à dessein par le président sortant, a résisté au piège qui lui a été tendu. Elle a été fidèle à la Constitution en rejetant les recours sans fondement qui avaient été formulés.

Avant sa prise de fonctions, le 20 janvier à midi, l’élection de Joe Biden doit encore être certifiée par le Congrès le 6 janvier et le suspense reste entier sur la majorité du Sénat dont il a besoin pour appliquer son programme. Sans compter les folles décisions que Trump peut encore prendre avant de quitter la Maison Blanche. Le limogeage de William Barr, son ministre de la justice, en est le dernier exemple.

C’est en Géorgie, au début du mois de janvier, que cette campagne électorale, à nulle autre pareille, prendra fin. Le pasteur Raphaël Warnock et le journaliste Jon Ossoff, les candidats démocrates, vont tenter de remporter les deux sièges à pourvoir pour que Joe Biden dispose d’une majorité au Sénat. Pour que l’administration Biden soit rapidement opérationnelle, il faut que les nominations soient validées par le Sénat. Ce n’est pas acquis d’avance, il y a tant de ressentiments !

Ironie du sort, lundi, le même jour, une soignante new-yorkaise a été la première personne vaccinée aux États-Unis contre la Covid19, principale responsable de la défaite de Trump qui, depuis des mois, avait fait du vaccin, une priorité absolue. Il n’avait cessé d’annoncer qu’il serait disponible avant le scrutin du 3 novembre, ce qui aurait peut-être changé le résultat de l’élection. La pandémie a fait, à ce jour, plus de 300 000 morts ; un « 11 septembre » par jour !

Furieux, le président battu, l’homme qui ne renonce jamais, a encore tweeté ce week-end : « La Cour suprême nous a vraiment laissés tomber. Aucun bon sens, aucun courage ». « Le combat ne fait que commencer !!! »

Ras-le-bol ! parce que les plaisanteries les meilleures sont les plus courtes !

Trump, depuis plusieurs mois, avait soigneusement préparé le scénario auquel nous avons assisté. Interrogé, il refusait, à chaque fois, de s’engager à quitter le pouvoir pacifiquement en cas de défaite. Il affirmait que les démocrates ne pouvaient pas l’emporter sans recourir à la fraude. En cause, le vote par correspondance, adopté en masse en raison de la pandémie de Covid-19. Trump expliquait qu’au final, c’est la Cour suprême qui désignerait le vainqueur.

Sa prédiction s’est réalisée. Dans la nuit du 3 au 4 novembre, Trump a annoncé sa victoire. Dès que les résultats ont commencé à s’inverser en faveur de Biden, il s’est exclamé : « C’est une fraude dont le peuple américain vient d’être victime. Nous nous préparions à gagner cette élection… Nous allons donc nous adresser à la Cour suprême des États-Unis. Nous voulons que tous les décomptes cessent. Nous ne voulons pas qu’ils trouvent des bulletins de vote à 4 heures du matin et les ajoutent à la liste. Et en ce qui me concerne, nous avons déjà gagné. »

Le lendemain, ses avocats commencèrent à déposer des recours et à réclamer l’arrêt du décompte des bulletins anticipés et par correspondance, particulièrement en Pennsylvanie, dans le Michigan et la Géorgie, des États décisifs.

Les recours insuffisamment justifiés, ont été rejetés les uns après les autres. Le 17 novembre, Chris Krebs, le responsable de la sécurité informatique des élections au département de la Sécurité du territoire (Homeland Security), nommé par Trump en 2017, a été limogé après avoir déclaré que « les élections de 2020 ont été les plus sûres de l’histoire américaine ».

Des milliers de personnes ont défilé à Washington, sur l’avenue de Pennsylvanie le 14 novembre, sans masque malgré la pandémie, pour manifester leur soutien à Trump au moment où les principaux journaux américains et les grandes chaînes de télévision comme CNN, ABC, NBC, et même Fox News, ont décidé de ne plus rendre compte des déclarations mensongères du président relatives à l’élection.

Joe Biden sait que le pays, profondément divisé, va être difficile à rassembler. Un nombre important d’électeurs continue de penser que le scrutin du 3 novembre a été truqué, qu’il y a eu un complot, que la Covid19 n’est pas arrivée par hasard. « Ne permettez pas DES ÉLECTIONS TRUQUÉES », a tweeté Trump plus de six cents fois. Il faut un coupable, un responsable, un ennemi ! En 2016, pensant qu’il avait perdu contre Hillary Clinton, il avait utilisé les mêmes mots : « élection truquée »

Le mandat de Trump, qui s’achève, laisse un étrange sentiment. Ras le bol, oui, des excès, des mensonges, des théories du complot, des violences verbales, des outrances, de la vulgarité.

Depuis 2016, flatter l’électorat blanc, jouer avec les passions identitaires, ne vouloir satisfaire que l’Amérique la plus conservatrice, patriarcale et repliée sur elle-même, prétendre être « hors système », ne dépendre de personne, se prendre pour Dieu, se dire providentiel, prétendre avoir été élu pour sauver l’Amérique et, en politique étrangère, rompre avec toute coopération internationale, n’avoir comme doctrine que l’intimidation, les menaces et une certaine fascination pour les autocrates qui lui résistent, est un étrange parcours. Pour ses partisans, Trump est un super-héros, un winner, un protecteur envoyé par la Providence. C’est historiquement du fascisme. Oui, ras le bol !

Donald Trump a fait de la politique comme il faisait de l’immobilier. Il a fait des coups, des deals, sans cohérence, sans morale, sans scrupule. Il a promu sa marque, défendu son clan, favorisé ses proches. Il a fait du Trump pendant quatre ans, du népotisme assez classique.

L’homme fort, génial, à ses yeux, capable de toujours se sortir des situations les plus difficiles, exerce une certaine fascination. C’est un art de pouvoir, les yeux dans les yeux, rendre responsables les autres, les démocrates, les juges, les parlementaires, l’establishment, l’État profond, à chaque fois qu’il échoue dans son entreprise. C’est très fort, mais assez risible !

Trump construit sa vie comme une série télévisée, avec un talent incontestable pour le rythme, les émotions, le suspense, le drame, malheureusement avec la gestion calamiteuse de la pandémie. En 1995, j’ai le souvenir d’avoir montré à ma fille la Trump Tower, sur la Ve Avenue, avec ses lettres en or, l’immeuble qui faisait écrire au New York Times, en juin 1980, que « la taille d’un immeuble ne fait pas la grandeur de l’homme. Pas plus que les gros contrats ne font les experts en art. »

Quand il perd, il se vante d’avoir gagné, il a un culot monstre. Il ne comprend pas la complexité, la tolérance, les nuances. Son vocabulaire est très limité, 300 mots tout au plus. Son langage est enfantin, souvent grossier. Il se vante d’être le Roi du bon sens. Quand il se présente en défenseur de l’ordre et de la loi, il s’agit de son ordre et de sa loi.

Cela étant, le trumpisme est à prendre très au sérieux. La démocratie au temps des réseaux sociaux réserve des surprises aux États-Unis et ailleurs ! Je ne suis pas futurologue, la prévision est difficile, mais, je me hasarde. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, après l’aventure du promoteur immobilier, je verrai assez bien une aventure Elon Musk, la star de la Silicon Valley. Il a souvent exprimé des idées similaires à celles de Donald Trump. Sur la pandémie, il trouvait la réponse des États américains « stupides », inspirées par la « panique ». Le multimilliardaire qualifiait le confinement de mesure « fasciste ». «Libérez l’Amérique maintenant », écrivait-il, lui aussi, sur Twitter, en lettres majuscules. Il ne pensait qu’à son usine Tesla, au sud de San Francisco, qui emploie 12 000 personnes. Il menaçait de transférer son activité au Texas ou dans le Nevada, où il a déjà une très importante usine de batteries électriques. Le génie des nouvelles technologies, créateur de PayPal, SpaceX et Tesla, Hyperloop (un train sur coussins d’air), SolarCity (des panneaux solaires nouvelle génération), l’un des hommes les plus puissants des États-Unis, considéré jusque-là comme un démocrate, est surtout un ambitieux dans la grande tradition des pionniers à la conquête de l’Ouest américain.

Elon Musk, l’entrepreneur qui veut changer le monde, est beaucoup plus fort et plus malin que Donald Trump avec qui il a su composer, comme il l’avait fait avec Obama pour financer ses projets les plus fous. Il entrera un jour en politique, si d’ici là, les petits cochons ne le mangent pas !

Ras le bol de Trump, je mettrais bien quelques kopecks sur Elon Musk, mais je ne serai sans doute plus là pour toucher mes gains !

*Le 23 sept. 2015, Martine Aubry, la maire de Lille, agacée par les questions des journalistes sur des propos récents de Macron, pendant sa conférence de presse de rentrée dans un café de la gare Saint-Sauveur, s’était exclamée : « Macron ? Comment vous dire… Ras-le-bol. Voilà. Ras-le-bol ».

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