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Leïla Shahid, déléguée générale de l’autorité palestinienne en France, était hier l’invitée des « Matins » de France Culture. Se défendant de dresser un bilan sur son séjour en France, elle a tout de même jeté un regard sur l’évolution du Processus de paix depuis son arrivée en France en 1993. Elle quitte en effet notre pays dans quelques jours pour exercer les mêmes fonctions auprès de la Belgique, du Luxembourg et de l’Union européenne. En l’écoutant évoquer la fascination qu’avait exercé sur elle la négociation ultra-secrete des accords d’Oslo lors de son arrivée à Paris, j’avais l’impression de l’entendre lors de notre première rencontre. Le 11 février 1998, je l’avais invitée à dîner au Cercle de la Mer à l’issue de la conférence qu’elle venait de prononcer à l’Ecole militaire; c’est une péniche amarrée en bord de Seine, près du pont Bir-Hakeim. Par parenthèse, ce lieu agréable n’était pas le meilleur choix car la peniche est entièrement vitrée pour profiter au maximum du magnifique spectacle du trafic sur la Seine. Ses services de sécurité avaient accepté ce lieu à condition que les gardes du corps puissent dîner à une table proche de la notre. Ils étaient plus nombreux qu’à notre table car la juge Eva Joly m’avait, au dernier moment, demandé s’il était possible qu’elle participe à ce dîner. Elle est norvégienne, curieuse comme un juge d’instruction, et était impatiente d’entendre Leïla Shahid et de lui poser des questions sur les conditions dans lesquelles les Accords d’Oslo avaient pu se dérouler dans un secret si bien gardé. La déléguée ,toujours aussi prolixe et passionnée, avait notamment raconté, au cours du dîner, dans quelles conditions elle avait été chargée par Yaser Arafat de prévenir François Mitterand, en pleine nuit, que la signature venait d’avoir lieu. Le Président de la République s’était aussitôt offert le plaisir d’être le premier à informer le Président Clinton avant que l’Autorité palestinienne n’ait eu le temps de le faire…… Pour revenir à sa présence aux « Matins » de France Culture, Leïla Shahid espère que la conversion de Sharon est sincère mais reste très réservée même si une nouvelle coalition, au printemps, peut changer la donne. Les laïques, des deux cotés, auraient alors des chances de l’emporter sur les religieux. Elle doute cependant de la volonté de Sharon de faciliter la création d’un Etat palestinien viable économiquement. Si le « nouveau » Sharon maintient que la guerre de 1948 n’est pas terminée et qu’un Etat palestinien ne saurait être installé entre le Jourdain et Jérusalem, la preuve, selon elle, sera apportée qu’il continue à y avoir un écart entre les paroles et les actes. Attendons le printemps, mais le temps presse et le conflit israélo-palestinien continue de faire, chaque jour, de nouveaux dégâts, jusque dans nos banlieues.

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