Depuis le mois de janvier, 10 millions de tweets se rapportant à l’élection présidentielle auraient été mis en ligne sur Twitter. Ce phénomène est un rayon de soleil dans une campagne présidentielle qui, au premier tour, a révélé – ou confirmé – l’état de colère et de frustration dans lequel est une trop grande partie de la population de notre pays.

« Les Pays-Bas battent la Hongrie, selon la FIFA ». Pour des centaines de milliers de  » followers « , l’information était suffisante ; elle ne nécessitait pas de commentaire de texte.

En son temps, Jules Romains, l’écrivain-poète, avait théorisé l’unanimisme et tenté de pénétrer le mystère de la vie sociale. Il  aurait sans doute été fou de joie en voyant comment, spontanément, des inconnus, des anonymes, sont capables, avec les techniques mises à leur disposition, de créer un unanime et de remédier ainsi, par delà les opinions de chacun, à la sensation d’incommunicabilité étouffante qui, en général, nous empêche de comprendre les autres et à nous faire comprendre d’eux.

Il y a toutes sortes d’unanimes. Il y a l’unanime que forment les militants et sympathisants des partis politiques. Il y a l’unanime que forment les supporters des équipes sportives. Dans un cas comme dans l’autre, un sentiment commun les anime, les obsède, les débarrasse de leurs idées personnelles. Ils ne veulent plus seulement qu’une seule et même chose. Ils communient dans un même désir. Un discours réussi est celui où l’orateur exprime ce que pensent ses auditeurs et, par la force de son verbe et le charme de sa voix, réduit ceux qui l’écoutent, réduit les récalcitrants et fabrique un être collectif dont il est l’interprète, qui fait tour à tour rire, s’indigner, vibrer ou pleurer. Il en est de même au théâtre ou au cinéma. Le meilleur professeur n’est pas le plus savant, c’est celui qui réussit à insuffler à sa classe un sentiment commun, un besoin de comprendre, de savoir. On comprend pourquoi, et comment, Victor Hugo, par exemple, a été la voix d’un peuple. Certains chefs militaires, entraineurs d’équipes sportives, chefs d’entreprises font de l’unanimisme sans le savoir, comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir.

Le mérite de Jules Romains est d’avoir analysé ces faits et de les avoir synthétisés. Il a été capable de donner une âme à des rues, des maisons et même à des cheminées d’usines et à extraire du subconscient de ses lecteurs des sentiments jusqu’alors inexprimés. Les phénomènes religieux s’éclairent à la lumière de l’unanimisme. D’ailleurs, Jules Romains ne prend pas parti, ne juge pas, n’approuve, ni ne condamne. Il ne dit jamais qu’il y a de bons ou de mauvais unanimes. Il a beaucoup été reproché à Jules Romains d’avoir vu le monde d’un peu trop haut en cherchant à théoriser la vie sociale. La vie des couples est pleine de fêlures réparées. La vie dans les villages sans histoire est pleine de jalousies. L’unanimisme ne peut tout expliquer des mystères de la psychologie sociale et de ce qui relie les hommes entre eux.

En attendant, et pour revenir à l’actualité, les microbloggueurs ont fait dimanche, en fin d’après midi, comme ils le font depuis des mois, de l’unanimisme. Sans se préoccuper de l’interdiction, ils ont rivalisé d’imagination, avec le hashtag#RadioLondres, pour largement communiquer, avec souvent beaucoup d’humour, les premières estimations. Certes, ce ne sont que des mots, les problèmes de fond ne sont pas résolus pour autant, mais l’histoire dira si ce nouveau mode d’expression a  contribué à stimuler le désir de participer activement à la campagne et à freiner la tentation de l’abstention.

 

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