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Au cours de l’été 2016, l’élection du président de la République, en France, n’était pas le seul sujet de préoccupation. Le désordre au Proche-Orient inquiétait chaque jour un peu plus, La Russie s’armait ouvertement, la Chine menaçait ses voisins. Le terrorisme islamiste semait la terreur. Aux Etats-Unis, les Américains s’apprêtaient à renverser la table de colère. Est-ce que Donald Trump peut gagner les élections ?  Dans le monde entier, la question était sur toutes les lèvres. Comment cet aventurier a-t-il pu faire pour décrocher l’investiture du parti majoritaire ? Pourquoi, un certain nombre d’Américains se déclarent convaincus qu’il est la personne qu’il faut ?

Ce pays est en colère. Il n’est pas le seul. La désindustrialisation a fait des ravages. Dans le même temps, des fortunes considérables et arrogantes se sont constituées. Donald Trump promettait la révolution.  En face de lui, le Parti démocrate apparaissait comme le représentant de la classe dirigeante. Le parti de la classe ouvrière avait disparu, même si Bernie Sanders, au cours de la primaire démocrate, avait suscité beaucoup d’espoir chez les électeurs qui ont la nostalgie du parti qui les défendait. Par bien des côtés, le Parti républicain ressemblait à ce que le Front national voudrait être en France. Aux Etats-Unis, le politiquement correct était en train de voler en éclat. Les Américains se moquaient bien de ce que le monde pensait de Trump et de savoir que le président qu’ils élisent est, par certains côtés, le président du monde entier.

Donald Trump et Hillary Clinton pendant la campagne américaine

Le candidat républicain  menait une campagne inédite. Etait-ce d’ailleurs une campagne ? Il dépensait peu, notamment en publicité et en sondages, considérait que l’argent dépensé dans les campagnes électorales était du gaspillage et préférait les réseaux sociaux qui ne coûtent pas cher. Des réseaux sociaux sur lesquels il racontait n’importe quoi. Le promoteur immobilier se flattait, en direct à la télé, de ne pas payer d’impôts.   » Cela montre que je suis intelligent. «  Hillary Clinton  affirmait que Trump prétendait » que le changement climatique est un canular lancé par les Chinois « .

Le Parti républicain, avec ses 500 organisateurs implantés dans une quinzaine d’États étaient chargés d’identifier les électeurs républicains, de les mobiliser, et de s’assurer de leur inscription sur les listes électorales… La candidate démocrate, dans le même temps, avait  mis en place une machine impressionnante avec plus de 700 personnes et dépensait des fortunes   en spots télé.

Les républicains ne croyaient pas à la victoire de Donald Trump. Ils préféraient consacrer leur temps et leur argent à faire élire des républicains au Sénat et à la Chambre. L’inconséquence, l’incompétence et l’impopularité de Donald Trump risquaient de provoquer un raz-de-marée démocrate.  En juillet 2016, les républicains appelaient ouvertement à boycotter leur propre candidat. A trois mois des élections, la situation, notamment financière, de Donald Trump n’était pas brillante.

Trois mois avant l’élection américaine, nombreux étaient ceux qui pensaient que si Donald Trump l’emportait, ce serait une catastrophe pour son pays, mais aussi pour le reste du monde. Aux yeux des occidentaux, il avait tous les défauts : Prétentieux, violent, raciste, mal élevé, provocateur, amateur de blagues machistes, partisan de la torture, soutenu par un ancien leader du Ku Klux Klan.  Sa stratégie n’avait aucune finesse. Il expliquait aux Blancs malmenés par la mondialisation que leur ennemi était l’immigré, le Mexicain, le musulman, le noir.  Ce n’était pas nouveau dans l’histoire des Etats-Unis, mais Donald Trump poussait cette stratégie à son paroxysme.  Dans le même temps, Hillary Clinton apparaîssait comme la candidate de l’establishment.

Au cours de l’été 2016, Donald Trump dévoila sa conception de la politique étrangère américaine. Elle consistait à revenir, et peut-être à annuler, les traités de libre-échange signés au cours des deux dernières décennies ; à mettre fin au rapport de force avec Moscou ; au soutien inconditionnel à Israël ; au désengagement des zones de conflits au Moyen-Orient ; à revoir les engagements de Washington au sein de l’OTAN ; à ne pas laisser faire la Corée du Nord ; à revenir sur l’accord de Paris sur le climat… Bref, à remettre à plat la politique étrangère des Etats-Unis et à ne s’impliquer que quand les intérêts américains sont en jeu, ou/et quand il y a un bénéfice à en tirer. Il prenait ainsi acte du fait que les Etats-Unis ne sont plus une superpuissance et, par conséquent, n’a pas à se mêler de toutes les affaires du monde. Pour la première fois depuis la fin de la Guerre froide, ce qui était prévu était le retour à l’isolationnisme.

Pierre Hassner, un 
des meilleurs spécialistes français des relations internationales, s’interrogeait : « Les Etats-Unis sont-ils encore une superpuissance ? » « Qui pilote le monde ? Plus personne ; c’est le « désordre » mondial. Face à des régimes autoritaires, que vaut la parole de la communauté internationale ? D’ailleurs, existe-t-il une communauté internationale ? Je ne le pense pas. Le désordre est bien plus grand qu’il y a vingt-cinq ans en raison de la multiplication des foyers de rébellion en Afrique et au Proche-Orient. Le monde est moins lisible, plus imprévisible. Barack Obama veut se retirer des conflits, mais Russes et Chinois augmentent leur budget militaire de manière considérable (celui de la Russie a augmenté de 108 % en dix ans !). Vladimir Poutine ne cache plus ses desseins impériaux. Pour lui, la Russie doit prendre sa revanche sur la chute de l’Union soviétique. Il souhaite, sinon reconquérir tous les pays ayant appartenu à la Russie, du moins intervenir au prétexte de les protéger, et exercer une influence dominante sur tous ses voisins. C’est une doctrine très dangereuse, qui fait peser une menace sur la paix en Europe. Quant à la Chine, en querelle avec tous ses voisins, elle cherche à dominer l’Asie, en excluant les États-Unis du continent.Avec l’évolution des moyens de destruction, des groupes, voire des individus, peuvent causer des dommages aussi importants que des États. Les guerres civiles, régionales et planétaires s’entremêlent inextricablement.

Les cartes sont totalement rebattues. Il suffit de voir, outre les conflits, les négociations sur le climat : elles ont beaucoup de mal à aboutir, chacun défendant ses intérêts propres. Il existe par ailleurs un décalage croissant entre les élites mondialisées, et les populations qui ont tendance à se replier sur elles-mêmes. Le monde se trouve fragmenté de fait par la montée des affirmations religieuses conquérantes et des nationalismes malheureusement exploités, y compris en Europe, par beaucoup de responsables politiques.

Je suis donc assez pessimiste. Et pourtant, je dois bien reconnaître que je me sens à l’aise dans ce nouveau monde. Plus que le monde d’hier, ce monde éclaté ressemble à ma manière de penser, faite de doutes, de questions, de désordre parfois… Il faut composer avec l’incertitude. »

G 20 à Hangzhou, en Chine, en 2016

De là à penser que le monde pourrait être à nouveau plongé dans une période de guerre froide, il n’y avait qu’un pas que Dmitri Medvedev, le chef du gouvernement de Vladimir Poutine, n’hésitait pas à franchir en privé. Pour illustrer son propos, deux bombardiers lourds Tu160 Blackjack n’hésitaient pas à survoler la Bretagne et le Pays basque. La Grande Bretagne, de son côté, a, à plusieurs reprises, dû envoyer des Tornado pour intercepter des avions russes à proximité de l’espace aérien britannique. Même constat en Suède, en Finlande et dans les pays baltes, où des avions stratégiques ont été signalés.

Au sommet du G20 à Hangzhou, en Chine, Américains et Russes n’avaient pas réussi à trouver un accord sur la Syrie.  Pour leur première présidence du G20, les Chinois avaient fait une démonstration de puissance.  Le président Xi Jinping   voulait montrer au monde entier qu’elle a bien l’intention de peser dans l’ordre international.

Pendant ce temps, en Syrie et, notamment à Alep, la situation continuait de se dégrader. Des sources crédibles faisaient état de près de 500 000 morts. Le nombre de blessés dépassait les 2  millions. Sur les 22 millions de Syriens, près de la moitié étaient considérés comme des  » personnes déplacées ». Des villes de plus de 100 000 habitants avaient été rasées dans les bombardements. La Syrie était en guerre depuis cinq ans et aucune solution viable ne semblait pouvoir être trouvée.

Pierre Hassner n’était pas le seul à s’interroger. Michel Serres, professeur à l’université de Stanford et membre de l’Académie française, relativisait, réfléchissait au monde nouveau et expliquait notre hypersensibilité à la violence par les soixante-dix ans de paix que nous avons connus. « Ce qui n’était pas arrivé… depuis la guerre de Troie ! Le tsunami des réfugiés est significatif à cet égard. Où cherchent à aller tous ces nouveaux damnés de la terre ? Chez nous, en Europe, parce que nous vivons dans la paix et la prospérité. »

Dans le journal Le Monde, il répondait aux questions que lui posait Nicolas Truong : « Le bouleversement du monde, notamment provoqué par l’essor du numérique et la mondialisation, est comparable à ce que nous avons vécu lors de la Renaissance. C’est une transformation profonde qui bouscule les habitudes de pensée des intellectuels, dont beaucoup soutiennent en chœur que  » c’était mieux avant « . J’y vois un effet de réaction à l’avènement d’un nouveau monde qui change le rapport aux savoirs, aux femmes et aux peuples autrefois dominés. Ces intellectuels me font penser à ces docteurs de la Sorbonne qui lisaient avec effarement et incompréhension Montaigne et son entreprise de décentrement du monde ou bien Rabelais et ses dix manières de se torcher le derrière. »

Tel était l’état du Monde en cet été 2016. Sans parler des piratages informatiques qui faisaient visiblement partie de la nouvelle doctrine militaire russe. Les Russes ont parfaitement pris en compte l’efficacité de la cyberguerre ? Vladimir Poutine sait comment surpasser les Américains à moindre coût. La Russie a déjà testé cette nouvelle arme en Estonie en 2007, en Géorgie en 2008, et Ukraine en 2014.

L’Histoire retiendra probablement que ces mois ont ébranlé le monde, l’Europe et la France.

A suivre…

 

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Une réponse à L’année qui a ébranlé le monde, l’Europe et la France (7ème partie)

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