Je ne partageais aucun secret avec Philippe Massoni, aucun de ces secrets dont toute la presse parle aujourd’hui. Nous partagions seulement, depuis 1986, un profond attachement à l’Institut des hautes études de défense nationale, à la communauté qu’elle représente, pour ne pas dire à la grande famille de l’IH. Philippe avait participé à la 28e session nationale en 1975. Il avait conservé un tel souvenir de cette année passée à l’Ecole militaire qu’il avait conseillé à son épouse Paola de vivre également cette extraordinaire année. C’est ce qu’elle fit en 1987, avec la 40e session dirigée par le Vice-amiral d’escadre René Hugues. La famille IHEDN est bien le mot qui convient puisqu’à son tour, sa fille, Dominique Gilbert-Massoni, a également suivi la 48e session.

Philppe Massoni

Photo d’archive de Philippe Massoni 17/11/1986
  (C) AFP/Archives – Eric Feferberg

Si, en 1986, nous avons, avec mon beau-frère Jacques Bouzerand, décédé récemment, participé à la 39e session nationale, Philippe y était pour beaucoup, tant il était convaincant dès qu’il parlait de l’IHEDN. Quelques années plus tard, il se montra aussi persuasif, un soir, au cours d’un dîner chez Thoumieux, le célèbre restaurant de la rue Saint Dominique, pour me pousser à poser ma candidature à la présidence de l’association des auditeurs de l’IHEDN. Philippe utilisait tous les arguments pour me convaincre. Je ne voyais pas très bien comment je pourrais concilier les importantes fonctions professionnelles que j’occupais à la direction générale de COGEDIM, avec la présidence d’une association nationale de près de 2 000 auditeurs de très haut niveau et de près d’une trentaine d’associations régionales regroupées dans une Union d’associations dont le président de l’association nationale était le président de droit. Cependant, c’était une fonction qui ne se refuse pas. Succéder à des personnalités comme Jacques de Nervo, Président de la Société Denain Nord-Est Longwy, Pierre de Calan, Membre de l’Institut, André Tranié, Président de la Société des Moteurs Leroy-Sommer, Jacques Ballet, Président d’Esso-France, Yves Malécot, Président des Banques Populaires, Pierre Schwed et bien d’autres était un honneur.

PH Massoni

Massoni lors de son départ de la Préfecture de Police de Paris, en 2001 AFP

Avec sa voix douce, onctueuse et le soin qu’il mettait à employer, en toutes circonstances, le mot qui convient, Philippe Massoni aurait pu être diplomate ou magistrat. C’est dans la police qu’il a fait carrière, et quelle carrière ! Celui qui, dans la police, était surnommé Bouddha pour son flegme et son comportement, était né le 13 janvier 1936 à Marseille. Après ses études de droit, il intègre le corps des commissaires de police. Parvenu au grade de commissaire divisionnaire, il intègre, en 1976, le cabinet du Premier ministre Jacques Chirac, puis celui de Raymond Barre.   Directeur des services techniques de la préfecture de police en 1980, c’est au cabinet de Robert Pandraud, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, chargé de la sécurité, qu’il poursuit sa carrière. Le 3 mai 1986, il est nommé directeur central des renseignements généraux à la direction générale de la police nationale. Le 22 août 1988, il est nommé Préfet de l’Aube puis Préfet de l’Oise, le 23 avril 1990, et Préfet de la région Auvergne, préfet du Puy de Dôme le 20 août 1992. Il est ensuite nommé directeur de cabinet de Charles Pasqua, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire le 5 avril 1993 et Préfet de police de Paris le 30 avril 1993).

Comment oublier ce 19 décembre 1994 ? J’avais un rendez-vous, en fin de journée, Place Beauvau, à l’étage du cabinet du Ministre de l’Intérieur, quand j’ai entendu Charles Pasqua, le ministre d’Etat, le préfet Philippe Massoni, Daniel Léandri et le préfet Jean Charles Marchiani, mon camarade de la 39ème session de l’IHEDN, échanger en langue corse. Ce n’était donc pas une légende !

A la fin de l’année 1997, c’est tout naturellement, que le ministre de l’Intérieur désigna Philippe Massoni, Préfet de police de Paris, pour le représenter au conseil d’administration de l’IHEDN qui venait d’être transformé en Etablissement public à caractère administratif. Madame Isabelle Renouard, Secrétaire générale de la Défense nationale et moi, étions membres de droit de ce conseil. Pierre Schwed et Philippe Massoni avaient efficacement œuvré pour que le président de l’Union des associations d’auditeurs soit membre de droit du conseil. Deux parlementaires furent désignés, l’un par le Sénat, Denis Badré et l’autre, par l’Assemblée nationale, Didier Boulaud. Nous étions six membres du conseil qui connaissaient bien l’Institut pour y avoir été auditeurs.  Le président du conseil d’administration, Jean-Marie Guéhenno, fixa au 23 juin 1998, la date de la première réunion du conseil d’administration. La présence de Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, et du général d’armée Bertrand de La Presle, gouverneur des Invalides, de Régis de Bellenet et du géographe Michel Foucher, contribuait à donner au directeur de l’Institut un conseil d’administration de grande qualité.

Philippe Massoni faisait partie du premier cercle des amis de Pierre Schwed. Le petit groupe des amis intimes qu’il recevait régulièrement dans sa propriété de Marnes la Coquette. Une belle bâtisse, entourée, sur plus de deux hectares, d’arbres centenaires, de pelouses soigneusement entretenues, de massifs de fleurs plus beaux les uns que les autres, de pièces d’eau. Ancien président de l’association nationale des auditeurs de l’IHEDN, Pierre Schwed était un homme hors du commun. Après trois mandats successifs, qui marquèrent l’histoire de l’association, Pierre Schwed accompagna ses successeurs, les conseilla puis fonda, en 1994, l’association EURODEFENSE. Quand Pierre nous a quittés, en 2006, à la suite d’une longue maladie, Philippe Massoni et Paola, son épouse, avaient été très affectés.

Nommé conseiller d’Etat en service extraordinaire le 31 mars 2001, après avoir fait valoir ses droits à la retraite, Philippe Massoni fut nommé chargé de mission pour les questions de sécurité intérieure dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, auprès du président de la République Jacques Chirac, puis, rapidement, Secrétaire général du Conseil de sécurité intérieure le 18 mai 2002.

Philippe Massoni et Jean-Marie Bockel en juin 2008 pour l'inauguration du buste de Pierre Schwed

Philippe Massoni et Jean-Marie Bockel en juin 2008 pour l’inauguration du buste de Pierre Schwed

Il occupait cette fonction et un bureau à l’Elysée, quand un jour, avec le général François Bresson, nous lui avons demandé un rendez-vous pour avoir son avis sur l’avenir de l’Institut. Il était visiblement heureux de parler de son cher IHEDN. J’ai le souvenir qu’à un moment donné, il s’était levé, s’était dirigé vers sa bibliothèque, en avait retiré l’annuaire et m’avait dit : « Tu vois Michel, ici, à l’Elysée, je pourrais constituer une association avec tous ceux (et celles) qui ont fait l’IH. »

En 2004, il fut nommé membre du Conseil économique et social. Philippe était également membre du conseil de l’ordre national de la Légion d’honneur (2007).

Le 10 juin 2008, Philippe et Paola Massoni étaient aux côtés d’Edel Schwed, au moment où Jean-Marie Bockel, Secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, a dévoilé le buste de Pierre Schwed dans l’antichambre des salles de comité de l’IHEDN à l’Ecole militaire. Edel m’avait fait part, au printemps, de son intention de donner aux associations, auxquelles son mari avait consacré une grande partie de sa vie, un très beau buste en bronze sculpté par madame A.M. Moretti en 1995. Elle souhaitait que ce buste ait sa place à l’Ecole militaire et qu’ainsi, un hommage permanent puisse être rendu à son mari en mémoire de tous les services qu’il a rendus à l’Institut et à la défense de son pays.

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a salué, dans un communiqué, « la mémoire de Philippe Massoni, un grand serviteur de l’Etat, une figure remarquable du corps préfectoral, de la préfecture de police et du ministère de l’Intérieur ». Pour la famille IHEDN, il était un de ses plus illustres représentants et un des plus grands défenseurs de l’Institution. Toujours là quand nous avions besoin de lui, Philippe était, un grand-frère, fidèle en amitié.

J’adresse à Paola, son épouse, et à ses enfants, mes condoléances les plus sincères et l’expression de ma profonde tristesse.

 

Une réponse à L’ancien préfet de police, Philippe Massoni, est décédé samedi.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*

Abonnez-vous
juillet 2017
L M M J V S D
« Juin    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31  
Archives