Un honorable lecteur trouvait récemment que mes propos étaient trop pessimistes. C’est sans doute vrai. Je l’espère, car je souhaite me tromper dans mes analyses, mais je pense souvent à ce que disent les Russes : « Le pessimiste, c’est un optimiste qui sait ! » Je n’ai évidemment pas cette prétention mais il est indéniable que nous sommes entrés dans une période, qui sera probablement longue, où le monde a peur ; les populations ont peur pour leur emploi, peur pour leur pouvoir d’achat, peur pour leur épargne, peur d’un effondrement de l’économie, peur du changement.
Les faits provoquent cette peur, les politiques et les médias l’amplifient, chacun ayant ses raisons pour le faire, et la confiance des peuples diminue comme « peau de chagrin ». C’est donc de la peur que je voudrais parler dans ce billet.
L’homme n’aime pas avoir peur, il a peur de la peur et fait tout ce qu’il peut pour oublier ce qu’il éprouve. Celui qui se suicide, préfère à l’évidence la mort à la peur. Il n’est pas un homme sincère capable d’affirmer qu’il n’a jamais eu peur. Ce sentiment est un trouble organique, une défaillance de la pensée, une sorte de maladie de l’esprit qui apparaît à chaque fois que le désordre règne et que nous en avons conscience. On perçoit quotidiennement, dans les événements qui nous parviennent, que toute rupture de l’ordre provoque la peur. Or, la vie est une succession de ruptures d’équilibre entre l’être et son milieu. De la naissance à la mort, la douleur, la souffrance, laissent des traces indélébiles dans l’organisme qui expliquent le phénomène de la peur. De plus, nous portons en nous des siècles de terreur au cours desquels la faim, les animaux, les maladies, les éléments naturels, constituaient une insécurité permanente.
Le progrès a permis à l’homme de s’extraire d’une grande partie de ces menaces, mais les épidémies, les guerres, ont longtemps entretenu le sentiment que la vie se déroule sous la menace. Il ne faut pas s’étonner dans ces conditions que le comportement des individus face aux menaces traduise le désespoir et la peur. Ajoutons que les raisons d’avoir peur sont accrues et entretenues par l’ignorance, le bien être, la fortune, le pouvoir. Les hommes, comme les femmes, surtout en prenant de l’âge, ont souvent l’impression d’être une cible sur laquelle s’acharnent les événements. Les légendes, superstitions, accentuent encore ce phénomène, avec ses miroirs brisés, ses échelles sous lesquelles il ne faut pas passer.
L’homme a tendance à croire naturellement à la fatalité. Il faut dire que les notions de fautes, de péchés, et un certain nombre de pratiques éducatives sont fondées sur la menace et agissent sur la peur. Toute notre vie est empoisonnée par la peur de souffrir, la peur de manquer, la peur de la misère, la peur des complications administratives, la peur du jugement des autres.
Pour en venir à l’actualité, on sent bien que la complexité des problèmes, l’incapacité à comprendre l’inexplicable, fabrique de la résignation et du scepticisme. Si l’Etat ne peut endiguer les menaces, rassurer, protéger le citoyen, si, sans résoudre les problèmes, il restreint sans cesse les libertés par des complications administratives, des fichiers de toutes sortes, le désespoir des peuples n’a rien d’étonnant.
Alors que faire ? Rajeunir la population en encourageant la natalité ; Apprendre aux enfants que la peur est imaginaire, qu’il ne faut pas avoir peur de la peur, qu’il faut éduquer sa volonté. Il faut enseigner le courage et non la résignation.
Les éducateurs sportifs savent très bien le faire. Ils connaissent la méthode. Il n’y aurait pas d’exploits sportifs sans la capacité à vaincre la douleur, la peur. A chaque fois que l’homme parvient à fabriquer de la certitude, il connaît le bonheur. Toutes les conquêtes de l’homme ont été des victoires sur la peur. L’homme a des ressources infinies pour vaincre la peur et la mépriser. Il faut pour cela en comprendre le mécanisme physiologique, apprendre à être maître de son corps et de son esprit. C’est par une forme d’hygiène de la pensée et par la formation du jugement, que l’on peut lutter contre la peur, la chasser de notre esprit.
Dans les circonstances présentes, souhaitons que les dirigeants, les élites, aient la capacité de gérer les peurs que la crise mondiale actuelle suscite et de communiquer leur devoir d’optimisme.

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