Petit-déjeuner, mardi matin, avec Henri de Castries, président du Directoire du Groupe AXA. Ce brillant HEC – ENA, qui a quitté la Fonction publique en 1989 pour entrer chez AXA fait une analyse lucide de la situation de la France qui mériterait d’être connue du grand public. Pour lui, la révolution technologique, la fin de l’opposition des blocs USA – URSS, la globalisation et la libération des mouvements de capitaux ont complètement changé la donne dans le monde à un point dont une grande partie des Français n’a pas encore pris conscience. La croissance des services et des échanges de services est respectivement de 10 et 30% par an dans le monde alors que la croissance économique mondiale est de l’ordre de 5% par an. C’est une explosion des services qui représente maintenant 60% de l’économie. Le coût du travail ne cesse de baisser et la qualité d’augmenter notamment dans les pays émergents. En dehors des commerciaux et des fonctions de proximité, nombreux sont les emplois qui sont délocalisables. C’est en Inde et au Maroc qu’AXA délocalise des emplois qui seront bientôt au nombre de 10 000. Il affirme que dans la seule ville de Shanghai, l’équivalent de trois promotions de Polytechnique est formé chaque année à un niveau identique. Il déplore qu’en France on persiste à faire les mauvais choix. « On peut aimer ou ne pas aimer le système économique mondial dans lequel nous vivons, mais il s’impose à nous, il faut donc nous y adapter. On augmente sans cesse la fonction publique et la richesse non marchande alors que c’est le contraire qu’il faut faire. On donne des leçons au monde entier alors que nous ne sommes plus un modèle. L’Etat ne met pas les priorités où il faudrait. On subventionne sans cesse les « canards boiteux » et les prélèvements très élevés servent à financer ce qu’il faudrait reconvertir. Dans le même temps, le budget de l’enseignement supérieur est inférieur aux exonérations sur les 35h. La réduction de la durée du travail et la hausse du SMIC ont « plombé » le coût du travail en France. Avant, les jeunes ne voulaient pas s’expatrier. Ils étaient mieux en France. Aujourd’hui, ils ne veulent pas revenir. Les entreprises françaises vont bien, dans l’ensemble, mais elles sont de moins en moins françaises. La classe moyenne risque de disparaître ; ce serait un risque réel pour la démocratie. » Il manie l’ironie et se montre néanmoins optimiste en disant que la France se remet toujours de ses erreurs. « Après chaque désastre, nous créons une grande école qui prépare le suivant….(X après l’Empire – Normale Sup après la Révolution et l’ENA après la guerre 39 – 45). Il faut donc avoir le courage de dire la vérité aux Français. » Sur l’Europe, qui est déjà faite pour les entreprises ; sur l’admission de la Turquie, qui pourrait se rapprocher de l’Iran avec les conséquences dramatiques qui suivraient. Sur l’Euro, qui cache actuellement des manipulations de chiffres qui apparaîtront avant 5 ans si les politiques économiques ne sont pas harmonisées.
Sur les solutions à apporter pour arrêter cette dérive, il propose : 1er – que le budget de l’Etat soit bloqué (Pas un euro de plus pendant plusieurs années). 2ème – Que l’éducation forme aux futurs emplois, ce qui n’est pas le cas. 3ème – décider la liberté de candidature au 1er tour des élections au comité d’entreprise. 4ème – Obliger les politiques à quitter définitivement la Fonction publique quand ils sont élus.
Certes, ce sont des propos de chef d’entreprise, parmi les plus grandes. Certes, un conseil d’administration ou une assemblée générale d’actionnaires n’ont rien à voir avec le peuple français. Mais c’est aussi et surtout, un homme qui passe une partie de son temps à l’étranger, voit la France de loin et ressent beaucoup de tristesse quand il constate qu’elle se marginalise à vive allure.

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