Vous en avez assez de la pandémie ? Un conseil : Lisez ! Lisez des nouvelles, des romans, des biographies, des témoignages, des essais, des livres de souvenirs. Evitez les livres qui dissertent sur la pandémie et l’actualité en général ! Relisez des œuvres que vous avez aimées.

Le 1er novembre 2017, sous le même titre, j’avais chaleureusement conseillé la lecture « Des hommes qui lisent » (Lattès). Auteur : Édouard Philippe. 254 pages, 15 €. Le nouveau Premier ministre avait commencé à écrire ce livre en 2011 et remis son manuscrit à son éditeur en janvier 2017, longtemps avant sa nomination à Matignon. Certains passages peuvent faire sourire le lecteur qui connaît la suite ! Ses goûts littéraires sont ceux d’un homme cultivé, curieux, à l’esprit ouvert. Ce livre de souvenirs d’un homme discret, pudique, peu connu du grand public, eut moins de succès que les livres de Nicolas Sarkozy. C’est dommage. Dans ce livre, il expliquait l’importance de la lecture dans la construction de sa personnalité. « Lorsque je regarde ma bibliothèque, je vois ce que j’ai appris et une bonne partie de ce que j’aime. Ces livres m’ont construit« .

Dans le paragraphe intitulé : « Panache et monuments » Edouard Philippe raconte : « Enfant, je souffrais d’un complexe dû à des oreilles décollées qui me valaient les railleries féroces de la part de mes camarades de classe. Cela peut apparaître ridicule plus de trente ans après, mais je le vivais mal. Ma mère se décida à me faire lire la fameuse tirade du nez du 1er acte (de Cyrano de Bergerac) comme un exemple de réponse aux moqueurs. Si l’on m’attaquait par la moquerie, il fallait mettre les rieurs et l’esprit de son côté […] Cyrano est probablement le livre que je lis le plus souvent. Je ne peux lire le Ve acte, la mort de Cyrano, sans être ému. D’abord par les mots du duc de Guiche, dont la portée résonne avec le plus d’insistance au fur et à mesure que j’exerce des responsabilités publiques. Cyrano a vécu sans pactes, libre dans sa pensée autant que dans ses actes. Alors que Guiche, désormais duc, riche, influent, reconnu, confie, en aparté : « Voyez-vous, lorsqu’on n’a trop réussi sa vie, / On sent, n’ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal, / Mille petits dégoûts de soi, dont le total / Ne fait pas un remords, mais une gêne obscure ; / Et les manteaux de duc traînent dans leur fourrure, / Pendant que des grandeurs on monte les degrés, / Un bruit d’illusions sèches et de regrets ».

Édouard Philippe rapproche Antigone et Cyrano. « Je préfère commettre une injustice que de tolérer un désordre, pourraient dire, comme Goethe, Créon et Guiche. » Plus loin, il évoque le panache. « Quelque chose que, sans un pli, sans une tache /J’emporte malgré vous, et c’est… c’est ?… Mon panache ». « C’est le panache qui fait de Cyrano un personnage si incroyablement français et qui explique peut-être pourquoi de Gaulle l’aimait tant.

Sur un certain nombre de sujets, Édouard Philippe évoque les lectures qui l’ont troublé. « On ne peut pas comprendre « l’idée coloniale » si « on se borne à lire Frantz Fanon et si on ignore volontairement les figures de Lyautey ou de Charles de Foucauld ». Se revendiquant gaulliste, il reconnaît avoir aimé la biographie et les mémoires du général putschiste Hélie Denoix de Saint Marc, mettant au défi quiconque de « ne pas être secoué par la logique imparable et le sens de l’honneur d’un bon nombre de putschistes d’Alger ».

Lire, selon Édouard Philippe, c’est oser « sortir de sa zone de confort littéraire ». C’est dans cet esprit qu’il évoque Céline et le Voyage au bout de la nuit. Son père, avant lui, « aimait les livres interdits dérangeants, incorrects ». « Oui, il faut lire Céline, et tout Céline, pour sa part de génie et sa part d’ombre. »

Le ministre de l’Économie et des Finances, aussi, est un écrivain ; un écrivain de grand talent qui mène un «combat» en faveur de la lecture qui « développe l’imaginaire et initie à d’autres horizons »  «Lisez, vous n’imaginez pas le plaisir que cela va vous procurer», lançait Bruno Le Maire au début de l’année à l’occasion de la 22ème journée annuelle consacrée au livre d’Économie. Dans son fougueux éloge de la lecture, il affirme que «les écrans vous vident, vous asservissent, alors que les livres vous remplissent, sont des «armes de liberté».

« L’Ange et la Bête », son dernier livre (352 pages, ISBN : 9782072930430. Achevé d’imprimer : 01-12-2020) est un livre de réflexion à la fois très politique et très personnel. Il débute lors de l’incendie de Notre-Dame, le 15 avril 2019, et se termine sur les mots de la Prix Nobel de littérature, Herta Müller. Le ministre écrivain Bruno Le Maire analyse le lien entre la littérature et politique. Il excelle dans l’art de raconter l’exercice du pouvoir. Il s’attarde sur le mensonge toujours présent dans la comédie des apparences. Un jeu de rôle dans lequel les mots perdent leur sens pour fabriquer, avec l’aide des réseaux sociaux, une post vérité avec laquelle il est difficile de lutter. Dans ces « Mémoires provisoires », le lecteur déambule dans les couloirs du pouvoir, y trouve des clés pour comprendre ce que pourraient être l’Europe, la Chine et le Monde après la Covid-19.

Une phrase de Pascal, en exergue, explique le titre de son livre : « Il n’est qu’un homme, au bout du compte, c’est-à-dire capable de peu et de beaucoup, de tout et de rien. Il n’est ni ange ni bête, mais homme. »

Un Premier ministre, un chef de l’État et un ministre de l’Économie et des Finances qui lisent et qui écrivent. C’est suffisamment rare dans le monde politique, qui consacre généralement peu de temps à la lecture de ce qui ne concerne pas la politique, pour être souligné.

Ils ne sont pas les seuls à publier. Il y en a pour tous les genres à chaque rentrée littéraire.

Si vous avez aimé le « Club des Incorrigibles optimistes » de Jean-Michel Guenassia ( Albin Michel -2009- 768 pages -ISBN 978 2226193926 – Prix Goncourt des Lycéens- 25€), « Les Terres promises », son nouveau livre, devrait vous plaire si vous avez la nostalgie des folles et heureuses années 60. C’est la suite du Club des Incorrigibles optimistes. (Édition brochée 22.90 € , sorti le 3 Mars 2021 – 624 pages – EAN13 : 9782226454072.)

 Michel, l’adolescent du Club des Incorrigibles optimistes, est maintenant à l’université. Il est romantique et pressé d’en découdre avec le monde. Il ira d’ailleurs jusqu’en Israël pour exfiltrer sa bien-aimée d’un kibboutz. Son ami Igor, médecin dissident juif-russe, exilé à Paris, partira lui aussi en Israël, et de là à Leningrad en tant qu’espion pour le compte du Mossad, dans l’unique espoir de retrouver sa famille. Franck, quant à lui, le frère aîné de Michel, communiste dans l’âme, s’installe à Alger au lendemain de l’Indépendance et devient le bras droit d’un proche de Boumédiène… Après les idéaux et la fureur de vivre des années 60, voici venu le temps des illusions perdues !

Si vous voulez oublier le quotidien et voyager, lisez « Les Terres promises ». C’est une histoire émouvante, parfois palpitante et souvent drôle

Vous pouvez aussi vous attaquer aux 544 pages du « Miroir de nos­ peines » : le nouveau livre de Pierre Lemaitre (Albin Michel, 544 p., 22,90 €. 2 Janvier 2020 Édition brochée
22.90 € -EAN13 : 9782226392077)

L’auteur d’Au revoir là-haut », prix Goncourt 2013 avec plus d’un million de lecteurs, inscrit son nouveau livre dans un genre littéraire bien particulier auquel il est attaché. La lecture des livres qui l’ont marqué, a laissé une empreinte sur son style. Le rocambolesque des histoires racontées par Émile Gaboriau et Alexandre Dumas dans Le Crime d’Orcival ou Le Comte de Monte-Cristo est permanent et en respecte les codes du roman populaire et du roman-feuilleton. Il y a du Balzac aussi dans l’architecture de son œuvre. On ne peut s’empêcher de penser au Vautrin de Balzac, au Rodolphe des Mystères de Paris, à Jean Valjean, au Lecoq d’Émile Gaboriau, et à Edmond Dantès.

L’auteur ne s’en cache pas : « Mes outils narratifs viennent du polar (suspense, fausse piste, héros, salauds, menteurs, hommes de bien et âmes pures) », a-t-il confié à Franck Ferville pour le Figaro Magazine.

« Miroir de nos peines » est le dernier roman d’une fresque intitulée : « Les Enfants du désastre« , assez rocambolesque, qui portera sur l’ensemble de la période 1920-2020, avec un regard très particulier sur l’Histoire.

Après « Au revoir là-haut » et « Couleurs de l’incendie« , Pierre Lemaitre raconte une histoire qui se déroule entre avril et juin 1940, entre la fin de la « drôle de guerre » et le début de l’invasion allemande. On y retrouve Louise, la petite fille qui rendait visite à la gueule cassée dans Au revoir là-haut, devenue institutrice et… courant nue et ensanglantée sur le boulevard du Montparnasse, en plein Paris. Mais aussi, à quelques centaines de kilomètres à l’est, Gabriel, jeune et intègre sergent-chef de l’armée française, affecté à l’intendance du fort Mayenberg, avec sous ses ordres Raoul, le magouilleur en chef du régiment. Au même moment, Désiré, un faussaire de génie, parvient à se faire engager au ministère de l’Information, tandis que Fernand, un gendarme amoureux fou de sa femme, enchaîne les missions les plus absurdes.

Je consacrerai mon prochain article au roman populaire et au roman policier.

Une réponse à Éloge de la lecture

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