« Changer la vie », ce n’est pas seulement le programme de gouvernement du Parti socialiste en 1972. Ce n’est pas seulement l’hymne du PS, sur une musique de Mikis Théodorakis, au congrès de Nantes en 1977, c’est aussi le beau titre du livre que l’académicien Jean Guéhenno a publié en 1961 sur son enfance et sa jeunesse. Accablé par la forte chaleur dont souffrent les Parisiens ces jours-ci, j’étais plongé dans ce livre émouvant et tendre, quand apparaissent, au journal de 20h, les images du Conseil de sécurité des Nations unies. Kofi Annan, le Secrétaire général, réclame une nouvelle fois, jour après jour, un cessez le feu au Liban. Derrière lui, Jean-Marie Guéhenno, le Secrétaire général adjoint, attentif, consulte son téléphone mobile qui vient de vibrer. Rien n’échappe plus à l’objectif des caméras de télévision.
La dernière fois que j’ai rencontré le fils de l’académicien, c’était au Palais de l’Elysée en 2000. Je me souviens que nous avions attendu quelques instants dans le hall, sur le pas de cette porte où tant de photos sont prises, que la pluie tombe un peu moins fort. Jean-Marie Guéhenno téléphonait, pour réserver deux couverts, au restaurant qui venait d’ouvrir sous le magasin Lanvin, à deux pas. Je regardais cette cour ; les images défilaient. Ancien élève de l’Ecole normale supérieure, comme son père, ancien élève de l’ENA, il était, en 2000, Conseiller-Maître à la Cour des comptes et président de l’IHEDN. Au cours du déjeuner, il m’informa de sa prochaine nomination (le 1er octobre) au très beau poste de Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU. Il était très heureux. J’étais fier de passer un moment avec lui.
J’étais donc plongé dans le livre de son père : « Changer la vie ». Il raconte, avec tendresse, son enfance dans un village breton au tout début du siècle dernier, son adolescence à Fougères, le travail en usine, les études reprises, l’Ecole normale supérieure, sa passion pour les livres. Il raconte, avec un don d’évocation rare, la vie d’un fils de cordonnier et d’une ouvrière en chaussure ; la pauvreté, la vie quotidienne, une alternance de résignation et de courage. Esprit neuf et ébloui, il peint un père « qui savait si bien espérer » et une mère « qui savait la fatalité ». Une phrase explique le titre de ce livre : « on ne change pas sa vie à soi seul ; il faut, pour la changer, changer aussi la vie des autres. » C’est ce que fait son fils, en 2006. Il parcourt le monde, du Mozambique en Namibie, du Liberia au Burundi, de Sierra Leone en République démocratique du Congo, sans parler du Soudan et du Darfour. Pour tenter de trouver une solution aux conflits, les apaiser, installer un minimum de stabilité, les forces de maintien de la paix n’ont que 50 000 hommes, avec un budget qui représente moins de 1% du budget annuel de la défense des Etats-Unis. Jean Guéhenno peut être fier de son fils qui consacre une tranche de son existence à changer la vie des autres. Je souhaite, qu’après cette mission, il rentre en France pour y occuper de hautes fonctions qui changeront aussi sa vie.

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