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La situation politique actuelle a un petit air de 1958 !

Le 13 mai 1958, à Alger, des manifestants avaient envahi le gouvernement général de l’Algérie ; un Comité de salut public avait été créé sous la présidence du général Massu, un guerrier « au profil de Cyrano et au langage de Cambronne ». Depuis le 9 avril, la France n’avait plus de gouvernement. Celui de Felix Gaillard, renversé, expédiait les affaires courantes. Les gaullistes cherchaient depuis quelques temps à créer les conditions d’un retour au pouvoir du général de Gaulle qui, le 15 mai, déclara être « prêt à assumer les pouvoirs de la République ». Le 27, il annonçait qu’il avait « entamé le processus régulier nécessaire à l’établissement d’un gouvernement républicain ». Le lendemain, après avoir reçu le président Vincent Auriol, le président René Coty demanda à André Le Troquer et à Gaston Monnerville de rencontrer le général de Gaulle. Le 29, dans un message au Parlement, René Coty proposa d’investir le général de Gaulle comme chef de gouvernement. Celui-ci accepta. Le 1er juin, l’Assemblée nationale l’investit par 339 voix contre 224. Participèrent à un gouvernement d’union nationale : Guy Mollet, Pierre Pfimlin, Louis Jacquinot, Félix Houphouët-Boigny, ministres d’Etat, ainsi que Antoine Pinay, André Malraux et Michel Debré ; c’est-à-dire des dirigeants politiques de droite et de gauche. Le 21 décembre de la même année, le général de Gaulle fut élu président de la république et, le 8 janvier 1959, nomma Michel Debré premier ministre avec, notamment, pour mission de préparer une nouvelle constitution dans l’esprit du projet qu’il avait présenté aux Français, Place de la République, le 4 septembre 1958.

Le journal Le Monde écrivit à ce sujet : « C’est une spécialité bien française que de s’interroger sans fin sur la nature de la République. » Le journaliste André Passeron, ajoutait : « Ce n’est pas le moindre paradoxe de ce peuple qui se dit cartésien, qui a l’âme notariale et qui veut tout réglementer et codifier, d’être incapable de dégager un consensus sur l’art de vivre en société organisée. »

Le 5 avril 2017, des manifestants guyanais ont occupé le centre spatial de Kourou d’où décolle la fusée Ariane. « Nous ne bougerons pas d’ici. La situation est figée, la Guyane est bloquée. Nous voulons les milliards que nous avons demandés », déclarait Manuel Jean-Baptiste, un membre du collectif « Pou La Gwiyann dékolé ». « Vous nous dites que le CSG est un bien de la République. Nous sommes la République. Votre bien est notre bien », a-t-il ajouté. « Nous ne bougerons pas. Aucune fusée ne pourra décoller sans que nous ayons une réponse à nos revendications ». Le lancement de la fusée Ariane 5 est stoppé. Deux satellites, qui devaient être lancés, sont bloqués dans les hangars du Centre spatial. Des sommes considérables sont en jeu.

Les candidats à l’élection à la présidence de la République, le 5 avril 2017

 » On en a marre !  » ( » Nou bon ké sa ! «  ), crient les manifestants. Par l’importance de leur mouvement et leur détermination, ils font vaciller la République qui, par la voix de sa ministre des outre-mer, Ericka Bareigts, est conduite à s’excuser pour avoir tardé à se rendre sur place. Sous la Ve République, le gouvernement peut vaciller, mais il ne tombe pas.

Le parti socialiste aussi, vacille comme en 1958. Abandonné par son ancien premier secrétaire, devenu, président de la République, le Parti socialiste est aujourd’hui cassé en deux entre une gauche qui aspire à gouverner et une gauche qui ne veut que s’opposer. Pour la première fois depuis le congrès d’Epinay, en 1971, le parti socialiste n’a aucun leader capable d’unifier le parti, de faire la synthèse chère aux socialistes. Si Emmanuel Macron parvient à se fait élire, une recomposition du paysage politique se produira très probablement sur la base d’un contrat de gouvernement. La majorité présidentielle réunira des députés d’En marche, du Modem, des Républicains qui soutenaient Le Maire et Juppé et des dissidents socialistes. Cette majorité présidentielle pourrait rappeler celle qui apporta son soutien au général de Gaulle en 1958.

Depuis 1956,  la politique conduite en Algérie par le gouvernement dirigé par Guy Mollet provoquait une vive opposition au sein de la SFIO (ancien parti socialiste). 81 « frondeurs », le 19 novembre 1956, avertir, dans un manifeste publié dans la presse, que, sans « un changement immédiat et radical de la politique algérienne du gouvernement » ils n’hésiteraient pas à rompre avec le parti. Le retour au pouvoir du Général de Gaulle, soutenu par la SFIO de Guy Mollet, et le référendum constitutionnel du 28 septembre 1958 précipitèrent la scission  qui intervint lors du 40e Congrès d’Issy-les-Moulineaux le 11 septembre 1958. Les opposants, mis en minorité, comme les socialistes savent si bien le faire, quittèrent le Congrès et annoncèrent la création d’un Parti socialiste autonome (PSA). Le 1er Congrès du Parti socialiste autonome se réunit les 1er, 2 en 3 mai 1959 à Montrouge.  Rejoint par Pierre Mendès France, en septembre 1959, le PSA recueillit très vite un nombre d’adhérents suffisant pour entamer des négociations avec deux autres formations politiques,  l’Union de la gauche socialiste et Tribune du communisme, en vue de créer un parti, le PSU (Parti socialiste unifié) qui devint vite plus important que la SFIO.

Histoire de la République gaullienne de Pierre Viansson-Ponté

Sommes-nous, mutatis mutandis, dans une situation comparable ? Non, évidemment, mais il faut reconnaitre que certaines similitudes et le déroulement de cette campagne présidentielle est troublant. Dans l’opinion publique, la parole des hommes politiques a perdu, comme en 1958, toute crédibilité. Le peuple français, dans sa grande majorité, réclame un profond renouvellement du personnel politique, de nouvelles pratiques, un nouveau contrat social. Est-ce que, dans sa majorité, le peuple français, exaspéré, en colère, hostile aux « puissances de l’argent », aux excès du libéralisme, eurosceptique, est capable de faire n’importe quoi le 23 avril ? Ce n’est pas impossible. La colère est mauvaise conseillère ! Le second tour pourrait bien se transformer en référendum pour ou contre le système, la mondialisation, l’UE.

Nous assistons en effet à une décomposition du paysage politique qui aura très certainement des répercutions, aussi, sur les législatives qui suivront. Celles-ci n’ont jamais été aussi présentes à l’esprit pendant une Présidentielle. Les deux partis de gouvernement sont divisés. Les primaires ont été le premier signe de l’incapacité des partis à faire émerger un leader. Elles ont été très mal organisées dans la mesure où tous les cas de figure n’avaient pas été prévus. Emmanuel Macron n’est pas le général de Gaulle, mais il faut reconnaitre qu’il avait très tôt pronostiqué le besoin de renouvellement et la décomposition de la gauche.

La droite aussi est coupée en deux. La présidentielle, considérée comme imperdable il y a quelques mois, peut maintenant être perdue. Les règlements de comptes sont inévitables. Les élections législatives, si Emmanuel Macron venait à l’emporter, pourraient l’être également si le parti explose. La rencontre de Marseille entre Christian Estrosi et Emmanuel Macron vient de donner une petite idée de ce que pourraient être les jours qui suivront la Présidentielle.

MM. Guy Mollet et François Hollande

Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen n’ont pas participé à des primaires. Ils s’en félicitent.  La qualification de deux d’entre eux au deuxième tour marquerait une rupture dans le fonctionnement de la Vème République depuis l’élection de 1965. Elle apporterait la preuve que, malgré le cas François Hollande en 2012, il y a une certaine incompatibilité entre un système de primaire et le mode d’élection présidentielle à deux tours. Elle confirmerait le caractère très particulier de cette élection qui est la rencontre d’un homme – ou d’une femme, et du peuple. Les querelles partisanes compliquent la campagne du candidat. A l’inverse, Emmanuel Macron comme Jean-Luc Mélenchon bénéficient de ralliements à leur personne ou à leur mouvement, de Français non engagés politiquement qui souhaitent un renouvellement – hors partis – du personnel politique.

La Ve République est à la fois un régime parlementaire en ce sens que l’Assemblée nationale peut renverser un chef de gouvernement, et un système présidentiel depuis 1962, date de l’élection au suffrage universel du chef de l’Etat.   En 1986 et en 1993 ce sont les élections législatives qui avaient imposé au président de la République la désignation du Premier ministre et de son gouvernement.   Pour remédier à ce qui apparaissait comme une faiblesse de nos institutions, Jacques Chirac avait proposé d’aligner la durée du mandat présidentiel sur celle du mandat des députés et de procéder aux élections législatives dans la foulée de l’élection présidentielle. Cette modification de la constitution a pour effet de faire des élections législatives le troisième tour de la présidentielle.

Autant dire que nous pourrions, dans les semaines à venir, assister à la fin de la République gaullienne.

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