Est-ce que la prochaine réunion du G7 qui se tiendra en 2020, aux Etats-Unis, en Floride, dans la propriété personnelle de Donald Trump, le club de golf de Doral, sera la dernière ? Est-ce que l’imprévisible président américain, qui n’a que mépris pour le multilatéralisme, dressera, ce jour-là, le constat de l’inutilité de ce Club et proposera à ses partenaires de dissoudre le “Groupe de la bibliothèque” (The Library Group), né, au printemps 1973, dans la bibliothèque de la Maison Blanche, à l’initiative du secrétaire d’État au Trésor américain, George Schultz ?

Comme disait le professeur Malinvaud, « la prévision est difficile, surtout lorsqu‘elle concerne l’avenir!

Si le contexte international poursuit sa lente dégradation, si le protectionnisme, le « chacun pour soi », le national populisme, continue à se rependre sur l’ensemble de la planète, si la démagogie remplace peu à peu la démocratie, le G7 pourrait bien finir comme « la Société des Nations ». Certes, comparaison n’est pas raison, le G7 n’est pas une institution internationale, mais la période a un parfum d’entre-deux-guerres qui rappelle de mauvais souvenirs. Georges Lorand disait que « la Société des Nations était la seule solution possible pour contrer l’anarchie internationale et le brigandage ». Nous n’en sommes plus très loin.

La Société des Nations, créée au lendemain de la Première guerre mondiale, à l’initiative du président américain Woodrow Wilson, avait pour principal objectif de garantir la paix mondiale par le désarmement, la prévention des guerres au travers du principe de sécurité collective, la résolution des conflits par la négociation, et l’amélioration globale de la qualité de vie. Le président Wilson prônait la négociation collective, ouverte, transparente, à la place de la diplomatie secrète. Ce ne fut qu’un forum de bonnes intentions, un traité de libre-échange, qui, malheureusement, n’a pas été capable de prévenir et d’éviter les agressions des pays de l’Axe dans les années 1930. L’Allemagne, le Japon et l’Italie quittèrent le SDN. La SDN ne put éviter la guerre civile espagnole, l’agression italienne contre l’Éthiopie, l’annexion de l’Autriche par Hitler, la crise des Sudètes et l’envahissement de la Pologne. En un mot, toutes les crises internationales qui débouchèrent sur la Seconde Guerre mondiale dont nous commémorons tristement le 80e anniversaire ces jours-ci.

Je ne cherche pas à jouer les rabats joie après le succès, mérité, obtenu par le président Macron au cours de la réunion du G7 de Biarritz. Il a fait, au nom d’un petit pays, dont l’influence internationale demeure importante, tout ce qui était en son pouvoir pour « faire bouger les lignes » comme il a coutume de le dire. Est-ce suffisant pour éviter des catastrophes ?

Hubert Védrine, souvent assez sceptique, considère que Biarritz est le meilleur G7 depuis des années. Tentons donc, avec lui, d’être optimiste.

Sur le fond, la plupart des sujets a été abordé : La lutte contre les inégalités, Hongkong, la situation en Libye, l’Iran, la taxation des géants du numérique, l’Amazonie, le commerce international. Sur l’Iran, Donald Trump a bien voulu chuchoter qu’une rencontre avec le président Hassan Rohani était possible «si les circonstances s’y prêtent ». Emmanuel Macron était ainsi récompensé de ses efforts depuis plusieurs mois pour tenter de sauver l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien. Mais il ne faut pas se faire trop d’illusions, les positions des uns et des autres sont diamétralement opposées sur l’influence régionale de l’Iran, sur le programme balistique, sur l’assouplissement des sanctions, sur le droit à l’enrichissement.

Sur l’imposition des grandes entreprises du numérique : « On a trouvé un très bon accord », a assuré Emmanuel Macron.   « On se rapproche », a répondu Donald Trump, furieux et menaçant depuis que les députés français ont voté, le 11 juillet, une taxe de 3 % sur le chiffre d’affaires réalisé en France par des entreprises ayant des activités numériques qui portent sur plus de 750 millions d’euros dans le monde dont 25 millions en France (la «taxe Gafa»). Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire s’est beaucoup démené pendant le G7 pour faire avancer l’idée qu’une solution peut être trouvée au sein de l’OCDE qui permettrait aux Etats de taxer les entreprises ayant ce type d’activité sur leur territoire même si elles n’y ont pas de présence physique. La France s’engage à rembourser, sous forme de crédit d’impôt, la différence entre les deux mécanismes : « Tout ce qui a été payé au titre de [la] taxe [française] sera déduit de cette taxe internationale», a expliqué le président français.

Sur le commerce international, alors que la récession menace, Donald Trump a également donné des signes d’apaisement. Que valent-ils ? « La Chine a appelé la nuit dernière […] Elle a dit “Revenons à la table des négociations”, alors on va y revenir», a-t-il dit. C’est du Trump ! Si les hausses mutuelles de droits de douanes se poursuivent et s’appliquent, les propos tenus à Biarritz n’auront été que paroles, paroles… Si la Chine manipule le cours de sa monnaie, si les échanges continuent à se faire sur la base de « règles déloyales » et si le droit de la propriété intellectuelle n’est pas commun et respecté, l’Organisation mondiale du commerce finira comme la SDN.

L’Amazonie brule. Les Etats membres du G7 ont consacré une heure et demie à parler de l’urgence climatique, sujet qui fâche, le dernier jour. Les médias ont jugé sévèrement l’aide d’urgence de 20 millions de dollars décidée par un Club non institutionnel qui en principe ne prend pas de décision. Moquée par Jair Bolsonaro, non membre du G7, cette aide a été refusée au nom de la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat.

Hubert Védrine a sans doute raison de dire que Biarritz est le meilleur G7 depuis des années. « Les lignes ont bougé », l’espace d’un G7 ; elles bougeront encore. Dans quels sens ? Utile, ce G7 l’a certainement été. Soyons optimistes. Il parait que c’est bon pour la santé !

Alors, ce G7 de Biarritz, succès ou échec ? Les deux, mon général !  Du point de vue de la France, de sa capacité d’influence, de son rôle toujours original dans le Monde, du point de vue européen également, le sommet de Biarritz est incontestablement un succès diplomatique pour le chef de l’Etat qui, avec l’aide de Philippe Etienne, son sherpa, un sherpa exceptionnel, a parfaitement réussi cet exercice difficile, même si parfois il a tendance à en faire un peu trop ! Le tête-à-tête surprise de deux heures sur la terrasse de l’Hôtel du Palais était très réussi.  «La meilleure réunion que nous ayons jamais eue», a reconnu Donald Trump, dans de bonnes dispositions, lors de la conférence de presse conjointe qui a clôturé le G7, faute d’un communiqué final qui aurait nécessairement acté les désaccords. A la place, une page, comme à Science Po !   Les 2 000 journalistes accrédités ont assez unanimement salué la performance de l’artiste, j’allais écrire de l’illusionniste.  Mais, pour quel résultat ? Pour affirmer le rôle de la France, « puissance médiatrice », l’Europe puissance, l’Europe stratégiquement autonome, son engagement en faveur du multilatéralisme ? Ce n’est pas rien !

Le Wall Street Journal a semblé surpris que  Donald Trump, sous le charme, ait « adouci » un certain nombre de ses positions. Le Washington Post regrette que le sommet se soit achevé « sans progrès significatif » sur les grands sujets internationaux, notamment sur « le commerce et le climat ».

Il est assez probable que dans sept ans, si le G7 existe encore, Bertrand Badie, professeur à Sciences Po, parlera du G7 de Biarritz, comme il parlait de la réunion du G8 à Deauville en 2011.  « Il suffit de se retourner, de contempler trente-cinq ans de diplomatie de club pour mesurer la maigreur des résultats et l’impasse dans laquelle nous nous trouvons. Ajoutez à cela que la mondialisation fait une part beaucoup plus importante aux faibles : la stabilité mondiale dépend de plus en plus des maillons faibles. Ceux-ci étant exclus de la délibération oligarchique, il est illusoire de penser que les problèmes qui grèvent le système international puissent être résolus par ces formes passéistes de diplomatie. »

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