Les Français sont exaspérés. Tout le monde s’en rend compte. De nombreux sondages le confirment, mais aucune solution n’émerge qui pourrait les rassurer. La colère, une colère grandissante, gronde dans toutes les classes de la société. Face à cette situation, le pouvoir, trop faible, parce que minoritaire dans le pays, devient chaque jour plus autoritaire et contraignant sous prétexte de faire barrage au Front national. Les Français se disent écœurés, déclarent qu’ils n’en peuvent plus, qu’ils ne croient plus en rien ni en personne. Ils sont de plus en plus nombreux à déclarer aux sondeurs qu’ils sont décidés à voter pour le FN, aux prochaines consultations électorales, comme pour provoquer une prise de conscience, un changement profond de la pratique du pouvoir. Les Français attendent, espèrent quelque chose, un événement qui provoquerait un choc salutaire, une rupture. Marcel Gauchet a raison de dire que « pour qu’il y ait explosion, il faut qu’il y ait un programme, un espoir, un horizon, Ce n’est pas le cas. »

Le pouvoir a beau jeu de dire que l’extrême droite progresse partout en Europe… même en Suisse avec un taux de croissance à 3 % et un chômage à 3 %. Le slogan de l’UDC (Union démocratique du centre) était pour les élections de dimanche dernier en Suisse : « Rester libre ». Dans ce pays paisible, comme ailleurs, c’est la peur qui domine. Les réfugiés qui, ces jours derniers, arrivaient, par vagues interminables, en gare de Munich ont, à l’évidence, provoqué cette peur. Les Européens, dans leur ensemble, constatent qu’aucune solution sérieuse n’est apportée à ce drame. Il ne suffit pas de dire, comme Edgar Morin dans l’Humanité du 13 octobre dernier, que « la peur que suscite le fantasme d’une invasion de hordes barbares est exagérée dès lors qu’il ne s’agit que de quelques dizaines de milliers de malheureux qui viennent sur un continent de 350 millions de personnes. Il faut du cœur et non la peur. » La peur est mauvaise conseillère mais elle est irrationnelle.

Dans le même temps, les Français observent ce qui se passe à Calais depuis longtemps. C’est une honte. Plus de 6 000 personnes, qui n’ont plus rien à perdre après ce qu’ils ont connu, espèrent des conditions de vie meilleures de l’autre côté de la Manche. Le Royaume-Uni ne veut pas les recevoir et, en application des accords du Touquet de 2003, exigent des Français qu’ils contrôlent la frontière… du côté français. Le journal Le Monde a raison de dire, dans sa livraison du 25 octobre, qu’« humainement, sanitairement, politiquement, cette situation est indigne d’un pays comme la France. Elle est tout aussi indigne d’un pays comme le Royaume-Uni et d’une communauté comme l’Union européenne. » Cette situation ne peut plus durer. Y’en a marre. Le Monde rappelle que « l’ancien Premier ministre Alain Juppé préconise de renégocier avec le Royaume-Uni. Il a raison, de même que la chancelière Merkel a dénoncé le règlement européen de Dublin lorsqu’il est devenu évident que l’ampleur de la crise des réfugiés l’avait rendu caduc, il est aujourd’hui évident que les Accords du Touquet sont inadaptés à la  » jungle  » de Calais. »

Y en a marre également de ces djihadistes qui osent invoquer leurs droits avec le soutien de certaines ONG qui qualifient les frappes de nos pilotes de chasse « d’exécutions extrajudiciaires ». Les pilotes avaient entre autres ordre d’atteindre le Français Salim Benghalem, connu pour être le bourreau de Daech et l’auteur de plusieurs exécutions. Ces actions de légitime défense sont pourtant classiques dans les situations de guerre. Les États-Unis et le Royaume – Uni ne se privent pas d’entreprendre de telles actions quand c’est nécessaire. Comment peut-on s’émouvoir et donner des leçons de morale dans des conditions pareilles ?Kerry

Y’en a marre aussi de ce qui se passe à Jérusalem. La vague de violences a déjà coûté la vie à 50 Palestiniens, à un Arabe israélien et à huit Israéliens. La communauté internationale craint un embrasement généralisé du conflit. Elle presse le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’Autorité palestinienne de stopper l’escalade de la violence et de « quitter le bord du précipice », pour reprendre l’expression employée par John Kerry, à l’issue de sa rencontre, hier, avec le Premier ministre israélien. La question du contrôle et de l’accès à l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam provoque ces tensions. Les Palestiniens sont convaincus qu’Israël veut changer les règles (le « statu quo ») qui régissent les lieux et, au-delà, diviser l’esplanade entre juifs et musulmans. Israël se défend de tels projets mais ne parvient pas à convaincre. Le quartette (Russie, États-Unis, Union européenne, ONU) demande à Israël de travailler avec la Jordanie pour le maintien du « statu quo » qui prévoit en particulier que seuls les musulmans peuvent prier sur le site de l’esplanade. Il appelle à « un maximum de retenue » et à « éviter toutes rhétoriques et actions provocatrices ».

C’est bien, mais ce ne sont que des mots. Paroles, paroles…

Y’en a marre. Sous ce titre, je devrais dire ce cri, mon ami Pascal Boniface dénonce dans Médiapart (1), le 19 octobre dernier, malgré les menaces dont il est l’objet, l’insupportable absence de solution, « le comportement des autres dirigeants arabes, la politique de Barack Obama, le suivisme aveugle des responsables américains, le racisme décomplexé des colons israéliens, leur sentiment de supériorité tranquillement affiché et le déni qu’ils ont de l’existence même des Palestiniens, l’attitude du Hamas. Y’en a marre, écrit-il, de ceux qui se disent pour la solution à deux États et qui soutiennent systématiquement toutes les actions de l’armée israélienne. Y’en a marre de ceux qui dénoncent le terrorisme pour justifier une répression qui, loin de le combattre, vient le nourrir. Y’en a marre des lâches qui n’osent pas s’exprimer sur le sujet de peur de prendre des coups. Y’en a marre de ceux qui pensent qu’au XXIe siècle, l’occupation d’un peuple par un autre ne pose pas de problème. »

Dans un autre domaine, y’en a marre aussi de la bien-pensance officielle qui porte atteinte à la liberté d’opinion et d’expression. Quand un météorologue de France 2 ose écrire son climatoscepticisme à quelques semaines de la Cop 21, quel scandale ! On ne peut donc plus débattre dans ce pays ? Exprimer ses idées sur un sujet aussi important que le climat ? Y en a marre du politiquement correct, de la pensée unique, de la manipulation des esprits et de l’obligation d’utiliser les éléments de langage dictés par le pouvoir.

Y’en a marre d’espérer une croissance qui apportera à nouveau richesses et progrès. Nous ne sommes plus au XXe siècle. La nouvelle révolution industrielle, la révolution informatique n’aura pas la même portée dans un monde où les besoins se limiteront probablement au renouvellement des équipements. La croissance que nous avons connue ne reviendra probablement pas. Il n’est que temps d’en prendre conscience et de nous y adapter. L’économiste Daniel Cohen pense que nous sommes entrés dans une société postindustrielle. Il n’est évidemment pas facile pour un peuple de s’adapter à un nouveau modèle. C’est une rupture que les syndicats refusent.

J’hésite enfin à écrire que y’en a marre de ce Code du travail devenu illisible. Le rapport de Jean-Denis Combrexelle, comme tous les rapports, ne sera suivi qu’à minima alors qu’il fait des propositions très pertinentes. L’idée de n’avoir dans le Code du travail que le socle des droits fondamentaux garantis par la loi, de les simplifier et que les autres dispositions relèvent d’accords, est une bonne idée dans un monde où le droit du travail devra s’adapter à la transformation numérique.

Oui, vraiment, en ce samedi 24 octobre 2015, y’en a marre !

(1)  http://blogs.mediapart.fr/blog/pascalboniface/191015/y-en-marre

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