Le 9 janvier dernier, j’écrivais que pour comprendre le message de vœux que le Président de la République avait adressé aux Français le 31 décembre, il fallait avoir lu la tribune, signée « Les Gracques », publiée dans le journal  « Le Monde » du 24 décembre. Sous le titre « La réforme fiscale est morte. Vive la réforme de l’Etat ! », les hauts fonctionnaires et dirigeants d’entreprises, qui se cachent derrière ce think tank fondé en 2007, expliquaient, en ces termes, ce qu’il fallait faire – de leur point de vue – pour redresser le pays.

« Il faut passer maintenant à l’étape suivante et viser à recréer la confiance. (…)  Plutôt que nous enivrer de faux débats, tournons cette page et passons au plus vite à la vraie réforme. Celle qui changera vraiment la vie des Français, en la confortant plutôt qu’en la compliquant. Celle qui protégera nos services publics, facteurs-clés de notre développement et de notre attractivité, aujourd’hui gravement menacés par l’ampleur des déficits. Réduire les dépenses pour sauver notre contrat social, reconstruire la confiance et relancer la croissance. La voilà la vraie, la seule urgence. (…) La vraie remise à plat à entreprendre, ce n’est donc pas celle de la fiscalité, c’est celle de notre Etat. Comment ? Un gouvernement de redressement, de reconquête et de simplification s’impose. Il sera composé d’une quinzaine de ministres d’expérience, des politiques, qui s’appuieront sur une véritable équipe de management au sein des ministères. Il fixera des objectifs de réduction des dépenses d’ici à 2017, en se donnant trois ans pour mener à bien les projets de transformation et d’économies. Son pilotage par l’évaluation permanente au sommet de l’exécutif associera fonctionnaires et parlementaires. Il engagera la convergence des statuts publics et privés pour les nouveaux entrants, en commençant par les hauts fonctionnaires ; il inclura dans son champ l’ensemble des collectivités publiques, notamment une réforme pragmatique des structures territoriales axée autour des grandes métropoles. »

La Une du Monde "Eco et Entreprise" daté du 27 août 2014

La Une du Monde « Eco et Entreprise » daté du 27 août 2014

Dans ses vœux aux Français et lors de sa conférence de presse, quelques jours plus tard, le chef de l’Etat développa, en d’autres termes, les mêmes idées. Refusant le qualificatif de « tournant », le chef de l’Etat annonçait, c’est le moins que l’on puisse dire, un changement profond de sa politique en exprimant sa conviction qu’une politique de compétitivité, digne de ce nom, s’imposait et qu’il allait mettre en œuvre un « pacte de responsabilité » qui supposait  » moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités « . Il exprimait «  la nécessité de baisser les impôts et de mettre fin aux  » excès et  abus «  de la Sécurité sociale. Ces mots nouveaux avaient de quoi surprendre dans la bouche du chef de l’Etat.

Si ce n’était pas le tournant du quinquennat, cela y ressemblait. Les mois ont passé. La mise en œuvre des décisions fut longue, hésitante, souvent incompréhensible, sous la pression d’une majorité parlementaire déboussolée qui vote plus par intérêt personnel que par conviction.

Aujourd’hui, pour comprendre la direction dans laquelle le gouvernement Valls 2 a l’intention d’aller et la détermination du chef de l’Etat, qui vient de faire le ménage dans l’exécutif et de placer à des postes clés les personnes qui adhérent à ses choix, à mettre en œuvre, enfin, le changement, il faut lire l’entretien que le PDG d’Axa, Henri de Castries, condisciple de M. Hollande dans la promotion Voltaire de l’ENA, a accordé au supplément « Eco et Entreprise » du journal Le Monde, qui porte la date du 27 août.

Le problème, c’est que le changement, thème de la campagne du candidat François Hollande, n’est plus celui sur lequel il a recueilli une majorité de voix de gauche à l’élection présidentielle. Le choc, à gauche, est à peu près le même que celui qu’éprouvèrent les Français d’Algérie quelques mois après le « Je vous ai compris » prononcé par le général de Gaulle. En politique, ce n’est pas un mensonge, mais de la réalpolitique !

Que dit Henri de Castries dans cet entretien, auquel Le Monde a ajouté le titre :  » Pour la France, c’est l’heure du choix  » ?

Le PDG d’Axa plaide, comme les « Gracques », pour « une réforme urgente de l’Etat, qui mette fin à vingt-cinq ans  » d’errements «  qui ont mis en  » échec «  le modèle français. Le condisciple et ami de M. Hollande considère que « le pacte de responsabilité est nécessaire mais pas suffisant » et « qu’une clarification s’imposait au sein du gouvernement en matière de politique économique. »

Il ajoute que nous n’avons pas seulement besoin d’une politique de l’offre, mais de « ce que les Allemands appellent une  » Weltanschauung « , c’est-à-dire une vision du monde à un moment où tout est bouleversé. » Le sujet économique, dit-il, n’est pas le seul, s’y ajoutent ceux de l’identité et du positionnement géostratégique ainsi que notre capacité à prendre le train de la révolution numérique. Tout ce qui peut clarifier la situation est bienvenu, car les incertitudes actuelles contribuent à l’inquiétude de nos concitoyens et donc à la faible croissance.

Interrogé sur l’état de la France, le président d’Axa précise sa pensée : « La situation ne cesse de se dégrader depuis deux ou trois ans. Face à cela, deux attitudes sont possibles. La première c’est de se complaire dans la  » Schadenfreude « , la  » joie du malheur «  comme disent les Allemands. La deuxième, c’est de faire face à la situation avec vision, réalisme et courage. Bien sûr que tout cela était prévisible, mais il ne sert à rien de se plaindre devant le lait qui a été répandu. L’urgence est maintenant telle que la priorité doit être donnée à l’action. Il faut regarder ce que l’on veut et ne pas employer les mots à tort et à travers – comme celui d’austérité. Il faut arrêter d’être complaisant avec nous-mêmes en accusant les autres de nos malheurs et en nous racontant une histoire que nous sommes seuls à croire.

de Castries l'heure du choixM. Henri de Castries, comme M. Bayrou, dimanche soir sur LCI, considère que l’usage du terme d’austérité, s’agissant de la France, est mal choisi. C’est un euphémisme. Il s’agit, tout au plus de « de saine gestion. S’il y en avait eu en France depuis vingt-cinq ans, nous ne serions pas à 57 % de dépenses publiques par rapport au produit intérieur brut (PIB). A ce niveau, on ne peut pas dire que l’Etat manque de moyens. Il manque de décision et de priorité. »

L’Etat est inefficace et obèse. « Au final, dit-il, ce sont les plus démunis qui en pâtissent. » « Le problème de ce pays, c’est l’absence de réformes et l’excès de dépenses. Le déficit en est l’un des aspects, mais le niveau de dépenses est encore plus préoccupant. Si nous avions 4 % de déficit avec des dépenses publiques à 40 % ou 42 % du PIB, comme la plupart des pays autour de nous, le chômage serait plus faible, la balance commerciale mieux équilibrée et l’économie plus compétitive.

Enfin, sur ce sujet, le président d’Axa conclue : « La vraie question est de savoir si nous voulons enfin sortir d’un modèle d’échec mené depuis presque vingt-cinq ans avec de trop rares et trop courtes parenthèses, un modèle qui a vu la demande artificiellement entretenue à coups de transferts sociaux financés par des prélèvements fiscaux au détriment de ce qui fait les bases de la compétitivité.

Sur l’égoïsme dont l’Allemagne ferait preuve, M. Henri de Castries exprime sa mauvaise humeur : « Il faut arrêter ce combat contre les moulins à vent. Notre ennemi, ce n’est pas l’Allemagne, c’est nous-mêmes. L’Allemagne est notre principal partenaire économique. Elle a intérêt à notre réussite comme nous avons intérêt à la sienne. En revanche, nous devons avoir une vraie vision européenne.

Quand j’entends dire depuis quelques jours que la croissance outre-Rhin est faible, je rigole. Avec une population qui diminue, elle est en train de faire 1,8 % de croissance sur l’année. Nous avons une population qui augmente, et nous aurons, au mieux, une croissance zéro. Les Français s’appauvrissent, les Allemands s’enrichissent. Mieux, ils augmentent leur pouvoir d’achat sans que le pays ait besoin de s’endetter. Ceux qui les critiquent ont la crédibilité du cancre assis au dernier rang de la classe, près du radiateur, et qui conteste le sujet de la composition. »

C’est un point de vue ; un point de vue qui doit être écouté, car il est exprimé par un homme qui pratique les Allemands à longueur d’année.

Enfin, à la question posée par les journalistes Anne Eveno, Dominique Gallois et Cédric Pietralunga : « Mais la France est-elle réformable » ?, le président d’Axa répond : « Je ne crois pas que la France soit irréformable. Mais pour réformer, il faut du courage et du réalisme. Il faut que se lèvent des hommes capables de dire vrai. Quand vous regardez de Gaulle en 1940, beaucoup de gens le prenaient pour un fou. De même, à son retour. En 1958, tout le monde pensait que la France était perdue, engluée dans ses problèmes de décolonisation. Là encore, de Gaulle l’a sortie de l’ornière en jetant aux orties une partie des convictions qui l’avaient fait revenir au pouvoir, en particulier sur l’Algérie. Sa réussite est venue de son revirement face à un principe de réalité. Si on veut sauver notre économie et notre démocratie, il faut faire ces réformes. Avoir le courage de reconnaître qu’un certain nombre de recettes ne marchent plus. »

Pour lire cet entretien dans son intégralité, il faut se rendre sur le site du Monde.

Ceux qui, à droite, s’empressent de déclarer qu’en cas de dissolution, l’UMP devrait renoncer à exercer le pouvoir, ne se rendent, sans doute, pas bien compte que, sous prétexte de ne pas tomber dans le piège de la cohabitation, ils reconnaissent que la droite est, pour l’instant incapable de faire autre chose que de critiquer le gouvernement. Qui, à l’UMP, va construire une « nouvelle droite » en face de la « nouvelle gauche » qui émerge dans la douleur ? Juppé, Sarkozy, Le Maire ? Il est temps de mettre fin aux querelles de personnes et de se mettre sérieusement au travail.

Le site Médiapart met en ligne, il y a quelques instants, un entretien avec Emmanuel Macron, intitulé : Emmanuel Macron: la gauche classique est une «étoile morte» qui date d’un an. Le nouveau ministre de l’économie plaidait pour une rénovation profonde des théories de la gauche. «L’idéologie de gauche classique ne permet pas de penser le réel tel qu’il est».

Enarque, ancien secrétaire général adjoint de la présidence de la République, après avoir brillamment réussi chez Rothschild, homme pressé, inspirateur du « pacte de responsabilité », Emmanuel Macron, à Bercy, va être aux manettes pour concrétiser la nouvelle politique économique du chef de l’Etat. A voir le sourire gourmand de Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l’Elysée, au moment de prononcer le nom d’Emmanuel Macron, il est évident qu’à gauche, il va y avoir du sport !

 

Une réponse à Valls 2 – Les conditions seraient maintenant réunies pour le changement…

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