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Le portrait de Patrick Ricard, dans le Monde du 27 décembre, a fait remonter dans ma mémoire ce jour de 1970 où je me suis rendu dans l’île de Bendor pour rencontrer Paul Ricard, son père, fondateur de cette grande entreprise française. Depuis 1968, il ne présidait plus l’entreprise qu’il avait créée. Il vivait dans cette île, qu’il avait achetée en 1950. Eloigné du quotidien des affaires, il consacrait une partie de son temps à peindre, sa seconde passion. La société familiale était également propriétaire de la plupart des terrains qui bordent la longue plage de sable fin de Cavalière, près du Lavandou. Face aux îles de Port Cros et du Levant, c’est, à mes yeux, un des plus beaux sites de cette partie de la Méditerranée. Les terrains qui montent en pente douce bénéficient d’une vue exceptionnelle et l’unité qu’ils constituaient alors suscitait la convoitise de tous les aménageurs. Directeur du développement d’une filiale du Groupe de la Banque de Paris et des Pays, qui n‘était pas encore la banque Paribas, je m’étais naturellement intéressé à ces terrains qui avaient été en partie lotis mais servaient surtout aux œuvres sociales de la société Paul Ricard. C’est pour cette raison que j’avais demandé à Paul Ricard de me recevoir. A l’issue de notre entretien, après m’avoir commenté un certain nombre de ses toiles, l’entrepreneur me dit : « Votre projet me paraît bien mais vous savez, ce n’est pas moi qu’il faudra convaincre, c’est Guy Mollet qui passe ses vacances depuis longtemps dans une maison mise à sa disposition par Force Ouvrière. Cette maison aura vos immeubles sous les yeux ; je ne suis pas sûr qu’il apprécie votre projet autant que moi ». Personne, à Paris, ne m’avait parlé de la présence de l’ancien Président du Conseil qui pouvait constituer un obstacle à cette réalisation. « Allez le voir », m’avait dit Paul Ricard, « c’est un homme charmant ». Quelques jours plus tard, je prenais rendez-vous avec Guy Mollet qui, retiré des affaires publiques, avait un bureau au 86 rue de Lille, dans les locaux de l’Office Universitaire de Recherche Socialiste (OURS), qu’il avait créé un an avant. Je ne me faisais guère d’illusion sur ma capacité à convaincre l’ancien Secrétaire général de la SFIO de l’intelligence de ce projet qui allait nécessairement perturber quelque peu la vue splendide dont il bénéficiait. Il me reçu simplement, comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Paul Ricard avait raison, c’était un homme charmant. Pendant que je lui exposais les caractéristiques de ce projet de plusieurs centaines de logements de loisirs, il m’écoutait attentivement en fumant des Mecarillos, les uns après les autres. « Ce projet me paraît très bien. Il apportera de l’animation et fera rentrer de l’argent dans le tiroir caisse de mon ami Paul Ricard. Soyez rassuré, je n’y vois aucun inconvénient ». Surpris, je me demandais, en regagnant mon bureau qui était à deux pas, au 254 Boulevard Saint Germain, pourquoi cet homme « charmant » avait eu tant d’ennemis dans la vie politique. Contrairement à ce que je pensais, ce n’était pas lui l’obstacle ; la réglementation longue et compliquée sur les zones d’aménagement concerté (ZAC) qui venait d’être mise en vigueur a, plusieurs années après, empêché ce projet de voir le jour.

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