Seuls, les Jeux de 1916, pendant la Première Guerre mondiale, de 1940 et 1944, pendant la Deuxième Guerre mondiale, avaient été annulés. Ceux de 2020, ont été reportés en raison d’une pandémie qui, n’en finit pas de se terminer. C’est dire que depuis les premiers Jeux de l’ère moderne, en 1896, le Jeux pas comme les autres, ont été rares.

Dans L’Equipe du 24 juillet 2021

Les Jeux de la XXXIIolympiade de l’ère moderne 2020, en 2021, c’est bizarre. Des tribunes vides, le silence, un millier d’invités officiels masquées, dans l’obscurité, comme c’était bizarre ! La ville, connue pour son sens de l’hospitalité et son organisation, n’est pas en fête ; nombreux sont ceux qui feignent d’ignorer les Jeux. Les bénévoles faisaient comme si… « Non aux Jeux », « Arrêtez les JO », criaient les opposants jusque devant les portes du stade. La ville est confrontée à une hausse des cas de Covid-19. 23 % seulement de la population est vaccinée contre la Covid-19.

Pourtant, les rares privilégiés présents se souviendront toute leur vie de la cérémonie d’ouverture des JO de Tokyo, le 23 juillet 2021, à laquelle ils ont assisté. Ils se souviendront de quelques faits marquants : la longueur, interminable de la cérémonie, les drones représentant la Terre, dans le ciel de Tokyo, l’allumage de la flamme par Naomi Osaka, la joueuse de tennis et le défilé, toujours très joyeux, des athlètes. Leur mémoire ne conservera probablement rien, ou presque, des efforts entrepris par le Japon, pour évoquer, dans ce spectacle, la culture millénaire nippone et envoyer au monde un « message d’espoir ».

Les téléspectateurs oublieront vite, probablement, cette cérémonie d’ouverture des Jeux les plus chers de l’histoire (15 milliards d’euros), qui sont loin et ne les concernaient pas vraiment. Les téléspectateurs français se souviendront de l’arrivée de la délégation française et du salto arrière de notre porte-drapeau, le gymnaste Samir Aït-Saïd.

Y être est très différent.

C’est la raison pour laquelle je conserve un souvenir inoubliable de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Barcelone en 1992 que j’ai déjà racontée en 2016, mais je ne résiste pas au plaisir de le raconter à nouveau.

Souvenirs de la cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques de Barcelone, en 1992.

La cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques est, tous les quatre ans, un exceptionnel moment de fraternité des peuples. Les sportifs de haut niveau, pour la plupart, sont prêts à tous les sacrifices, notamment financiers, pour participer à cet événement planétaire. C’est même le meilleur moment des Jeux. Tous les espoirs sont encore permis !

C’était le 24 juillet.

Dès mon arrivée à l’aéroport de Barcelone, que je ne reconnus pas tant il avait changé, l’ambiance des Jeux sautait aux yeux. Des athlètes en grand nombre, en uniformes, chargés de valises, riaient de bon cœur. Après le passage de la douane, des centaines de bras levés, brandissaient des pancartes sur lesquelles était précisé le nom de l’organisme chargé d’accueillir les arrivants. Je n’avais jamais vu autant de monde dans un aéroport, même à Palma, au mois d’août.

J’étais arrivé la veille de la cérémonie, pour pouvoir visiter la ville et la Colline de Monjuic, qui monte au-delà de la Place d’Espagne. C’est sur ce site, de toute beauté, que la plupart des compétitions devaient se dérouler. Accablé par la chaleur, j’avais passé l’après-midi dans le village, le Pueblo, qui, en 1929, était le pavillon de l’Espagne lors de l’Exposition universelle. Les athlètes y tuaient le temps en attendant l’heure de la cérémonie. Ils achetaient des pin’s, des souvenirs, écrivaient des cartes postales dans ce décor pittoresque, propre et animé.

Au fil des heures, la tension montait. Les habitants de Barcelone grimpaient par milliers la colline de Montjuic, entraînant dans une marée humaine les soixante-cinq mille invités et privilégiés, qui avaient un billet d’entrée. Vers 19 heures, j’avais pris, à mon tour, le chemin du stade, impressionné par cette foule colorée et joyeuse, impatiente d’assister à l’événement. L’organisation, les files d’attente aux guichets, la sécurité, étaient remarquables

Dans le stade, déjà à moitié rempli, j’étais bien placé, avec, cependant, le soleil dans les yeux jusqu’à 21 heures ! J’ai le souvenir d’avoir aperçu, non loin de moi, Philippe Villin, le directeur général du Figaro. Il était seul, me vit et me fit un petit signe de la main. Nous avions assisté ensemble, quelques années avant, à la chute du mur de Berlin, un autre souvenir inoubliable. C’est un homme qui a la passion de l’événement. Je le comprends.

À la jumelle, je cherchai, dans la tribune officielle, des visages connus. J’observai ainsi l’arrivée de François Mitterrand, de Jacques Delors, de Fidel Castro. À vingt heures, il ne restait que deux places vides, celles du Roi d’Espagne et de la Reine. La cérémonie d’ouverture des Jeux ne tarderait pas à commencer.

La suite fut émouvante, surprenante, symbolique et, donc, difficile à raconter. Sous chaque siège, il y avait un kit dans lequel il y avait tout ce que les spectateurs devaient utiliser pendant la cérémonie : un masque, un éventail jaune et une bougie chimique qui, en la cassant au moment convenu, dégagea une lumière bleue du plus bel effet.

Un archer donna l’illusion, au monde entier, d’allumer la vasque avec sa flèche. Ce n’était qu’un symbole. La réalité ne nous échappa pas. Pour le reste, si l’impression d’ensemble fut inoubliable et grandiose, il fut impossible de tout voir, tant il se passait sans arrêt quelque chose et partout.

À vingt-trois heures quinze, la cérémonie prit fin. Une nouvelle marée humaine dévala la colline. Des cascades illuminées animaient la route qui serpentait. Toute la population de Barcelone semblait être dans les rues. Il me fallut près de trois heures pour regagner mon hôtel qui était loin du centre. Tous les hôtels étaient complets à cent kilomètres à la ronde.

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