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Le lundi 4 septembre, le Festival du cinéma américain de Deauville présentait en « Première », hors compétition, The Promise, un film réalisé par Terry George déjà présenté au Festival international du film de Toronto 2016, mais dont la sortie a longtemps été différée faute de distributeur.

Le film n’était pas encore sorti en salle que, sur les réseaux sociaux, les avis négatifs fleurissaient en grand nombre. Au lendemain de la première projection du film au festival du film international de Toronto, en septembre 2016, ce fut un déluge de critiques plus ou moins fantaisistes. Il faut dire que le sujet est sensible. Le caractère autoritaire du régime turc ne facilite pas la tâche des initiateurs de la production.

« The Promise » aborde, en effet, la question du génocide des Arméniens de 1915 que la Turquie conteste depuis toujours. En ces temps où le cyber, sous toutes ses formes, prend dangereusement de l’ampleur, la réaction négative à une simple histoire d’amour donne une idée de la détermination de la dictature turque à imposer sa version des faits. Il s’agit, selon la version officielle turque de « massacres qui avaient fait des victimes turques et arméniennes ». Dans les commentaires des internautes, les qualités cinématographiques du film du réalisateur irlandais Terry George ne sont pas évoquées. Il n’est question que de « mensonges historiques éhontés » dans un long-métrage « financé par l’argent arménien pour nuire à la Turquie ».

De quoi est-il question dans ce film pour déchaîner tant de passions ? En 1914, à la veille du déclenchement de ce qu’il est convenu d’appeler la Grande Guerre, deux jeunes hommes, Michael, jeune étudiant en médecine arménien et Chris, reporter photographe américain, aiment la même femme, la belle Ana. Les tensions internationales transforment vite l’agréable ville de Constantinople en chasse violente aux minorités ethniques et arméniennes en particulier.

La pancarte « Souviens-toi ! » à l’entrée du village martyr d’Oradour sur Glane et « The Promise », le titre du film, sont la seule et même réponse à de tels massacres. Le but de l’œuvre cinématographique est clair. Il faut témoigner, se souvenir. Un homme d’affaires d’origine arménienne, Kirk Kerkorian, ancien propriétaire du studio de la Metro-Goldwyn-Mayer, a été fidèle à sa « promesse » de porter à l’écran le génocide des Arméniens dans une grande histoire d’amour. Il a intégralement financé « The Promise » qui, avec un budget de plus 100 millions de dollars, est l’un des films indépendants les plus chers de l’histoire de Hollywood.

Trouver sa place dans l’histoire du cinéma, au même titre que « Le Docteur Jivago » ou « Casablanca », n’est pas chose facile. La marche est haute ! « Le Docteur Jivago », réalisé par David Lean en 1965 à partir du roman de Boris Pasternak, est le huitième plus gros succès de l’histoire du cinéma avec 1,9 milliard de dollars de recettes. « Casablanca », un film américain également, réalisé par Michael Curtiz, était sorti en 1942 pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est un classique.

Ce n’est pas faire injure à Christian Bale, Oscar Isaac et à la Française Charlotte Le Bon que de dire que la comparaison avec Omar Sharif, Julie Christie, Géraldine Chaplin et Alec Guinness, dans un cas, et à Humphrey Bogart et Ingrid Bergman, dans l’autre, est également bien difficile.

L’histoire est la même, c’est le triangle amoureux dans un contexte de chaos. J’ai trouvé la première partie, qui se déroule avant la fin de l’Empire Ottoman, dans les splendeurs et le luxe de Constantinople, meilleure que la seconde où la réflexion est trop superficielle, l’enchaînement des faits un peu trop prévisible et sans surprise. La fin, notamment, n’est pas terrible. Elle est un peu trop américaine pour mon goût…

Dans une période où le régime d’Erdogan inquiète les dirigeants européens, où l’histoire semble s’accélérer, on peut comprendre que le film n’arrange pas les affaires du régime turc. Le film est, de ce point de vue, un excellent devoir de mémoire à haute portée pédagogique. La Turquie, membre de l’OTAN, connaît, depuis la tentative de coup d’État, des privations de libertés fondamentales insupportables et l’attitude d’Erdogan à l’égard de la Chancelière allemande est inqualifiable.

 

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