Selon un sondage IFOP pour Le Figaro, réalisé du 4 au 6 septembre auprès de 972 personnes, près des deux tiers des Français (64 %) se disent opposés à une  intervention en Syrie dans les conditions envisagées. Dans la précédente enquête, conduite entre le 26 et le 28 août, ceux qui y étaient favorables étaient majoritaires. Pour le directeur du département opinion de l’IFOP, Jérôme Fourquet,  » la bataille de l’opinion est perdue « .

L’explication est simple. Le refus du Parlement britannique et la décision de Barack Obama de demander au Congrès américain de se prononcer, ont troublé les esprits. Ils le seraient à moins. Comment, dans ces conditions, le chef de l’Etat français, pourrait-il continuer à justifier la pertinence et l’urgence d’une intervention aussi contestée ? Nos concitoyens sont nombreux à considérer qu’il est urgent de rester en dehors de cet « Orient compliqué », surtout en temps de crise, dans un temps où il nous est rappelé chaque jour que chaque euro compte pour rétablir la situation économique du pays. Dans ces conditions, les pays (Russie – Chine), qui bloquent toutes les résolutions, ont beau jeu de réclamer une solution politique au conflit alors que ce sont eux qui empêchent toute solution. « Nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes » enseignait pourtant le droit romain.

obama Hollande à St PetersbourgJamais auparavant, que ce soit pour la Bosnie, l’Afghanistan, la Libye ou plus récemment le Mali, le soutien de l’opinion, un soutien massif, n’avait manqué. Comment expliquer ce revirement de presque toutes les opinions publiques alors que le régime de Bachar Al-Assad se livre chaque jour à des actes désespérés qui ont de plus en plus le caractère  de crimes contre l’humanité ?

Il y a tout d’abord le constat que ces « frappes chirurgicales », même avec « zéro mort » chez ceux qui les exécutent  ne sont pas sans risque « le jour d’après » et ne résolvent pas les problèmes durablement. Il y a ensuite le souvenir de ce qui s’est passé en 2003 en Irak, les mensonges officiels, les prétendues armes de destruction massive, mais aussi en 2010 en Libye, où la résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unies n’a pas été respectée et où le chaos s’installe. Enfin, qui sont ces « rebelles » syriens ? Il y aurait parmi eux des djihadistes inquiétants, les mêmes qui sont en train de transformer en « hiver », le  » printemps arabe  » qui avait suscité tant d’espoir.

Les opinions publiques ne croient plus un mot de ce qu’on leur dit et la moitié seulement de ce qu’elles voient. La confiance a un prix, un prix politique. Les peuples exigent que leurs dirigeants se mettent d’accord dans le cadre du droit international et dans le respect des règles de l’Organisation des Nations-Unies, qui n’a qu’une autorité relative, mais a le mérite d’exister depuis la fin de la dernière guerre. Les preuves, s’il y en a, doivent être certifiées par les experts de l’ONU. La « punition », si punition il doit y avoir, attendra. Et puis, si tout cela se résume à une guerre entre chiites et sunnites, en quoi sommes-nous concernés ?

Angela Merkel, en campagne électorale, l’a bien compris. Certes, le régime syrien se livre à un  » crime contre la civilisation «  qui ne peut pas  » rester sans réaction « , mais la chancelière se contente de dire, elle aussi, que la solution au conflit doit être politique. En conséquence, l’Allemagne a été le seul pays européen membre du G20 à ne pas signer, vendredi, la déclaration proposée par Barack Obama, qui ne faisait pourtant pas mention à des frappes militaires. Dans le même temps, elle approuve « les dernières déclarations du président Hollande, qui a dit clairement que la France allait attendre le résultat de cette enquête avant d’agir ». La chancelière connait fort bien le mot du Cardinal de Retz : « On ne sort de l’ambiguïté,  qu’à ses dépens », mais, dans l’immédiat, elle accompagne la grande majorité des Allemands qui sont hostiles à toute intervention militaire. Il faut dire que l’Allemagne ne siège pas au Conseil de sécurité, considère que sa puissance économique est beaucoup plus importante que son influence et que de ce fait, elle n’a aucune raison de jouer les gendarmes du monde.

Le Rafale

Le Rafale

Car, c’est bien là le fond du problème. François Hollande considère qu’il est du devoir de la France d’intervenir quand la paix dans le monde est compromise ou qu’il convient, même s’il n’y a pas unanimité au Conseil de sécurité, d’empêcher un pays d’utiliser des moyens interdits pas les conventions internationale – comme c’est le cas des gaz chimiques et peut-être demain du nucléaire – pour ne pas créer un précédent dont d’autres pays (Iran – Corée du Nord, par exemple) pourraient se prévaloir. Le président Obama tient le même discours, pour les mêmes raisons : «  le monde ne peut pas rester passif ».

Les pays membres de l’Union européenne et l’opinion publique française seront-t-ils sensibles à cet argumentation, à ce devoir, à cette responsabilité,  auxquels une grande nation, comme la France, ne peut échapper, à une certaine idée du rang de notre pays qui, pourtant, ne représentera plus bientôt que moins de 1% de la population du monde ?

Réponse, la semaine prochaine quand le président Hollande s’adressera aux Français sur le sujet.

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