Brouage, pour ceux qui ne connaissent pas, est un ancien port de guerre, construit à la demande du Cardinal de Richelieu qui voulait en faire une pièce importante de son dispositif stratégique pour conquérir La Rochelle, « la huguenote ».

Aujourd’hui, si vous vous rendez à Brouage, au nord de Marennes, vous serez surpris de constater qu’avec la baisse du niveau de la mer, cet ancien port fortifié est à environ deux kilomètres à l’intérieur des terres. Aujourd’hui, car le 1er mars, dimanche, au plus fort de la tempête qui a ravagé la région, Brouage devait avoir recouvré sa vocation de port maritime. Je ne peux que l’imaginer car je n’ai trouvé aucune information particulière dans la presse ou sur le net.

Si mes pensées sont allées immédiatement vers cette magnifique citadelle située assez loin du littoral, c’est parce que sa situation illustre le caractère évolutif des marais, des dépôts sableux, de l’océan poussé par des vents violents, un jour de forte marée.

Météo-France avait, en temps voulu, indiqué que la tempête serait violente et placé les quatre départements en vigilance rouge, ce qui est très rare. Celle de 1999, qui avait fait des dégâts considérables, devait normalement être dans toutes les mémoires et notamment dans celle des élus et des fonctionnaires concernés. Or, les décisions qui, à l’évidence, compte tenu de la coïncidence entre la force du vent et le coefficient de la marée, auraient dû être prises ne l’ont pas été.

Pourquoi les préfets, le haut fonctionnaire de la zone de défense, qui disposent de plans pour ce cas de figure, n’ont rien fait et sont restés dans leurs lits comme les habitants pris, à 5 heures du matin, au piège de la mer qui monte, qui monte de plus de deux mètres à certains endroits qui sont au niveau de la mer et ne sont pas protégés? Prendre les décisions qui s’imposent, c’est difficile, car il s’agit d’organiser l’évacuation de populations qui n’en voient pas la nécessité et, dans de nombreux cas, refusent purement et simplement de s’exécuter.

En Louisiane, cette absence de décision avait causé la mort de très nombreuses personnes. Au Pays-Bas, comme son nom l’indique, les protections et les plans d’urgence sont parfaitement prévus et ne posent, jusqu’ici, aucun problème. Dans le même temps, au Japon, les autorités japonaises, qui craignaient un tsunami, n’ont pas hésité à évacuer près de 320 000 personnes dans les régions les plus menacées. Le risque, heureusement, ne s’est pas réalisé. Les autorités ont alors présenté leurs excuses pour cet excès de précaution. Ce pays a la mémoire de ses catastrophes naturelles et une organisation de protection civile adaptée et rigoureusement appliquée.

En France, l’Etat, les élus locaux, les habitants, qui n’ignorent pas qu’ils habitent dans des zones à risque, vont, trop tard et inutilement, polémiquer et probablement ne rien faire jusqu’à la prochaine fois. Autoriser des constructions si des digues et protections n’ont pas été exécutées préalablement est une faute. Avoir connaissance d’un risque, comme le 1er mars, et ne rien faire est une faute administrative. Dépenser des milliards d’euros pour une pandémie grippale qui ne se développe pas et ne pas évacuer des populations quand le risque est connu, est incohérent.

Un grand préfet de la République m’avait dit en 1982 : « Vous verrez, les lois de décentralisation seront la plus importante révolution législative dans notre pays. » Avant cette date, les permis de construire étaient délivrés par le représentant de l’Etat dans chaque département. Depuis, ce sont les maires qui délivrent ces autorisations. On sait ce qu’il en est dans de nombreux cas !

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