Tout a été dit, ou presque, sur l’âge du juge Burgaud, sur son inexpérience, sur sa fragilité, sur le ton cassant qu’il employait face aux « suspects-acquittés », sur son manque d’humanité. C’est vite dit. Felix Gaillard avait été nommé ministre à 32 ans et Président du conseil sous la IVème République à 38 ans ; Laurent Fabius, ministre à 35 ans et Premier ministre sous la Vème à 38 ans. A cet âge, de grands hommes ont fait de grandes choses. Que les jeunes se rassurent, l’âge n’est donc pas en soi un problème. J’habite à Paris, rue Desaix ; une petite rue peu connue entre l’avenue de Suffren et le boulevard de Grenelle. Le Journal officiel est édité dans cette rue mais personne ne sait – ou presque – qui était ce Desaix que chacun prononce d’ailleurs à sa façon : desaixe, dessaix etc…
Il était né en 1768. Sous-lieutenant à 15 ans, il se distingue pendant les guerres de la Révolution. « Guerrier sans peur et sans reproche », il est aimé de ses soldats ; bon tacticien, il repousse à plusieurs reprises les Autrichiens et les Prussiens auxquels il est confronté. Présenté à Bonaparte en 1797, ils deviennent très amis. Il participe à la campagne d’Egypte et se voit confier la conquête de la Haute-Egypte. Ses succès lui valent le titre de « Sultan juste » que lui confèrent ses vaincus. La vaillance, la sagesse et l’équité de ce jeune général sont reconnues. Il a une hauteur d’esprit, un appétit de découverte que les préoccupations militaires n’étouffent pas. Il aime les hommes, vainqueurs comme vaincus.
Le retour d’Egypte est difficile mais c’est en véritable amiral que sa flotte mouille à Toulon le 5 mai 1800. Pendant la quarantaine, il écrit au premier Consul : « Ordonnez-moi de vous rejoindre, général ou soldat, peu m’importe, pourvu que je combatte à côté de vous. Un jour sans servir la patrie est un jour retranché de ma vie. » Le 14 juin 1800, à 32 ans, il se voit confier le commandement de deux divisions à la bataille de Marengo. Pendant la charge, à la tête de son 9ème de ligne, il est touché par une balle en plein cœur et meurt dans les bras du colonel Lebrun à qui il aurait dit : « Allez dire au premier Consul que je meurs avec le regret de ne pas avoir assez fait pour vivre dans la postérité. » Bonaparte, après la victoire, aurait eu ces mots à son sujet : « De tous les généraux que j’ai eus sous moi, Desaix et Kleber ont été ceux qui avaient le plus de talents ; surtout Desaix ; Kléber n’aimait la gloire qu’autant qu’elle lui procurait des richesses ; Desaix ne rêvait que la guerre et la gloire ; les richesses et les plaisirs n’étaient rien pour lui… »
Ceux qui empruntent la rue Desaix comprendront mieux maintenant pourquoi ce soldat n’a eu qu’une petite rue et non une des célèbres avenues des Maréchaux !

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