En ce jour du 6 juin 44, les Allemands, qui ne représentent que 50% des troupes d’occupation, n’en croient pas leurs yeux. Les autres, notamment dans la 247e division, sont des Cosaques, Géorgiens, Ouzbeks, Tchouvaches,, Kirghizes, Tadjiks, Maris, Merdwines, Oudmounes…volontaires ou prisonniers de l’Est, réservistes d’âge mûr, qui se croyaient à l’abri derrière les blockhaus érigés dans les dunes et sur les falaises de la côte normande, n’imaginaient pas qu’un tel débarquement soit possible.

La libération de Saint-Lô

« Ils arrivent ! » Les bons français, la Résistance, attendent avec impatience le débarquement des Anglais. Les Anglais, on les connait de toute éternité. Les Canadiens sont des cousins, mais les Américains, on ne les connait pas. Ils représentent une civilisation inconnue. Les premiers GI, toujours en bras de chemise, sont souriants, généreux, les poches pleines de cigarettes et de chewing-gum. Ils ont un style décontracté. Ils boivent des trucs bizarres et mangent des haricots sucrés. Ils se déplacent dans des drôles de machines, des jeeps, automobiles préhistoriques avec lesquelles ils s’amusent à monter et descendre les escaliers de pierre pour amuser les enfants. Seulement voilà, quand le déluge de feu s’est arrêté, les survivants – dix mille « civils » sont morts – « accueillent leurs libérateurs avec plus de soulagement que d’enthousiasme », suivant l’heureuse formule de Jean Planchais, l’excellent journaliste du journal Le Monde.

La Résistance avait demandé depuis longtemps qu’on la laisse agir le plus souvent possible. Il était inutile de détruire une ville  pour supprimer un pont ou une voie ferrée. Pourquoi employer le marteau-pilon quand on a la maîtrise du ciel. Le déséquilibre des forces en présence était considérable. Le 6 juin, l’aviation alliée a fait 13 585 sorties alors que les Allemands n’en faisaient que 319. Pour les chefs militaires américains, il était impératif de préserver la vie de leurs soldats. Quelque fois avertie par tracts, la population avait fui et s’était réfugiée dans la campagne. Les Américains s’attendaient à trouver un pays sans Etat, sans administration ; un pays livré à l’anarchie. Ils s’étaient donc préparés à administrer la France comme il l’avait fait ailleurs. L’AMGOT (Allied Military Government of Occupied Territories)  avait formé des administrateurs des affaires civiles et avait imprimé des francs du même format et de la même couleur que les dollars.

Le cimetière américain de Colleville-sur-Mer

Les Français étaient malheureux et affamés, mais La France était administrée. En liaison avec la Résistance, la mission de liaison administrative est très vite arrivée et les représentants de l’AMGOT se sont rendus compte qu’ils n’avaient rien à faire en Basse-Normandie. Le général de Gaulle a débarqué le 19 juin et les habitants de Bayeux se sont servis de la « monnaie verte » pour payer leurs impôts ! Les soldats américains ont parfois l’impression désagréable de remplacer les Allemands, d’être une nouvelle troupe d’occupation. Pourtant, ils ne négligent aucun détail pour compenser les conséquences des violents bombardements. A Saint-Lô, rasé, par exemple, ils offrent l’hôpital le plus moderne de France.

Dans le même temps, comme leurs prédécesseurs, certains sont accueillis dans la campagne avec du cidre et du calvados. Ils sont fêtés, arrosés, mais ignorent la puissance de ces alcools qu’ils boivent comme du Coca-Cola. Des bagarres s’ensuivent sanctionnées durement par la police militaire américaine qui ne plaisante pas. Les Britanniques s’en amusent et prennent souvent parti pour les Français. Très vite, la Basse-Normandie, avec ses villes en ruines, la boue, les fondrières, devient une base arrière truffée de matériel, de troupes, de ravitaillement. Un oléoduc PLUTO (Pipe Line Under The Ocean) posé sous la Manche ravitaille l’immense armée qui a débarqué. La vie s’organise.

Le débarquement a coûté la vie à de nombreux jeunes américains qui reposent, pour partie, dans le magnifique cimetière de Colleville-sur-Mer que tout Français doit avoir visité au moins une fois dans sa vie pour comprendre ce qui s’est passé là le 6 juin 1944.

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