Mon père avait raison quand, un jour de juin 1954, revenant d’un  déjeuner inoubliable « Aux bonnes choses », l’excellent restaurant de Saint-Cirq-Lapopie, il  avait dit à ma mère : « Je viens de voir le plus beau village de France ». Nommé directeur départemental de la Construction, quelques semaines avant, le préfet du Lot lui avait dit : « j’espère que vous avez un bon foie ; manger trois fois de suite du foie gras et « faire chabrot » à 9h du matin, il faut être capable d’en prendre l’habitude. » Il avait ajouté : « Vous verrez, il y a un lien entre cette terre et le caractère de ces hommes à l’accent rocailleux et aux formules imagées. Ils respirent la liberté de l’esprit, la volonté, mais aussi l’humanité et la joie de vivre. Le sol est rude, mais on sent que l’esprit y souffle ». La daube à la Quercynoise, les canetons rôtis, le Pastis, un dessert, spécialité du Quercy, étaient exquis dans ce site de toute beauté.

Peu de temps avant, ce restaurant avait reçu des personnalités politiques qui avaient également conservé de cette table et de ce site imposant, perché sur un énorme escarpement de rochers qui surplombe le Lot, un « grand » souvenir. Il y avait là : Gaston Monnerville, Albert Sarrault, Maurice Faure, Bourgès-Maunoury, René Mayer.

Les banquets, dans le Lot, dont la tradition remonte à une époque où les gens ne mangeaient pas toujours à leur faim, sont inénarrables, il faut donc en parler !  Le restaurant le plus célèbre a longtemps été celui de la mère Prunet  à Sousceyrac, au nord est du département. Pierre Benoit en parle longuement dans son roman : « le Déjeuner de Sousceyrac »   Il fallait entendre la mère Prunet raconter le repas qu’elle avait servi, un jour, à quelques amis de Pierre Benoit : Roland Dorgelès, Anatole de Monzie, Francis Carco, Pierre Brisson et Albin Michel. J’invite le lecteur à se procurer ce livre qui sent bon le Quercy. C’est une intéressante histoire de falsification d’un testament mystique.

Mais il n’y a pas que la table à Saint-Cirq-Lapopie, il y a surtout un site exceptionnel et ce site a une histoire. Si vous passez dans la région, je vous conseille de longer la vallée du Lot en empruntant la route qui conduit à Laroque-des-Arcs, Vers. A une trentaine de kilomètres en amont de Cahors, vous apercevez, sur l’autre rive, une majestueuse église entourée d’habitations centenaires, perchée au sommet d’un énorme escarpement de rochers qui surplombe le Lot. Sur la droite, franchissez la rivière et suivez la petite route qui monte vers ce point culminant. Au sommet, si vous arrivez à trouver une place pour garer votre véhicule, vous serez tout d’abord saisi par la vue sur la sinueuse vallée du Lot, les falaises colorées et les villages environnants.Si vous en avez le courage, montez encore un peu plus haut au Bancourel. Le panorama, encore plus étendu, est superbe.

Dans les années cinquante, quand André Breton découvrit Saint-Cirq et déclara : « Depuis ce jour, j’ai cessé de me désirer ailleurs », le commerce du tourisme n’existait pas. Le village apparaissait dans toute son authenticité. Ce n’est évidemment plus le cas. Cependant, entrez dans le village, promenez-vous dans la Fourdonne, une ruelle en pente, mal pavée, mais magnifique vestige du Moyen Age.  Votre regard se portera sur ces vieilles maisons à encorbellement des XIVe, XVe, et XVIe siècles dotées parfois de fenêtres à meneaux, admirablement restaurées, soigneusement fleuries, dans lesquelles résidaient jadis des artisans, tourneurs sur buis, chaudronniers et peaussiers réputés. Les ruines du château des Seigneurs de Lapopie, qui avaient pour noms Cardaillac, Gourdon, Hébrard de Saint-Sulpice, Vidéran, Crussol d’Uzès, témoignent que Saint-Cirq fut pendant longtemps un centre important, une place forte  quasi imprenable, qui a occupé une place dans l’histoire.

Au VIIIe siècle, Pépin le Bref l’emporta, contrairement à Richard Cœur-de-Lion qui échoua dans ses tentatives. Forteresse convoitée, elle fut disputée au cours de la guerre des Albigeois, de la guerre de Cent Ans et des guerres de Religions. La cité reçut la visite du duc d’Anjou, frère de Charles V, de Gallot de Genouillac, d’Henri de Navarre et de biens d’autres personnalités de marque. L’église aux six chapelles vaut qu’on s’y arrête. Comme tous les visiteurs, comme les peintres Henri Martin, Paul Paquereau, Pierre Toulouse, comme André Breton qui écrivit : « Chaque jour, au réveil, il me semble ouvrir la fenêtre sur les Très Riches Heures, non seulement de l’Art, mais de la Nature et de la Vie ». André BRETON – Saint-Cirq-Lapopie, le 3 septembre 1951, vous quitterez Saint-Cirq à regret.

Avant-hier soir, sur France2, Stéphane Bern a révélé le nom du village lauréat de son émission : « Le village préféré des Français ». L’animateur, hors caméra, avait confié à ses proches : « Saint Cirq Lapopie, c’est un choc émotionnel, je ne m’attendais pas à une telle beauté ». Les internautes appelés à voter ont éprouvé le même sentiment.

Mon père avait raison !

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