En ces temps troublés, tout semble « à refonder ». Il faut refonder la Société, le capitalisme, le système financier.
Le parti socialiste n’y échappe pas, à quelques semaines d’un congrès important. Ce n’est pas nouveau en ce qui le concerne. On cite souvent le congrès d’Epinay, mais il est intéressant de remonter à l’année 1959 pour comprendre les difficultés auxquelles ce Parti est confronté.
Guy Mollet, qui avait évincé Blum au lendemain de la Libération, était à bout de souffle, dans l’impasse, après le retour du général de Gaulle au pouvoir et la fin de la IVème République. Son Parti, la SFIO, se disloquait.
Minoritaires, en désaccord profond avec la politique de compromissions de la direction de la SFIO, opposés au ralliement du Parti au nouveau régime et aux orientations de la guerre d’Algérie, des membres éminents comme Edouard Depreux, Alain Savary, Verdier, Daniel Mayer, s’éloignèrent de la SFIO pour créer un nouveau Parti, le Parti socialiste autonome, le PSA.
Encouragés par Pierre Mendès France, qui les rejoindra peu de temps après, ces minoritaires tinrent leur premier congrès au mois de mai à Montrouge. La personnalité du radical PMF et l’appel à une refondation du socialisme, à « une réforme globale comme en 1789, et pour les mêmes raisons », provoquèrent une vague d’adhésions comme le socialisme français n’en avait pas connu depuis longtemps.
Passons sur le refus d’accueillir François Mitterrand, qui sollicita son adhésion, et sur la transformation du PSA en PSU le 3 avril 1960, qui ne constituèrent pas l’essentiel de cette évolution du Parti.
Comme en 1959, mais pour d’autres raisons, le Parti socialiste est à nouveau dans l’impasse. C’est d’ailleurs le titre du dernier ouvrage de Lionel Jospin qui analyse excellemment la situation dans laquelle se trouve son Parti et passe en revue les conditions à réunir pour une refondation. Il souligne notamment que ce Parti « n’a pas la culture du « chef », alors qu’il a besoin d’un leader. Il rappelle que « chaque fois que le Parti socialiste rencontre un échec, le doute s’installe. On ne questionne plus ce qu’il fait, on dispute de ce qu’il est. » Lionel Jospin avoue, à la fin de son livre, « qu’il est trop tôt pour dire si le nouveau Parti sera celui de toute la gauche, ou une fédération de forces agrégées autour d’une plate-forme et d’engagements communs », pour sortir de l’impasse.
Pierre Joxe, dans ses « entretiens avec Maryvonne de Saint Pulgent, publiés très récemment par les Editions de l’aube, n’y va pas par quatre chemins, quand il explique à la page 44, que pour gagner, en politique, il faut : « une stratégie, autrement dit on réfléchit, une organisation, on organise l’application de la stratégie, et un leader ». Il raconte comment, après la campagne de 1965, Mitterrand a réuni un certain nombre de ses proches dans un petit Parti qui s’appelait la Convention des institutions républicaines et s’est employé à réunir les trois conditions du succès, en commençant par la prise du contrôle du Parti socialiste au congrès d’Epinay de 1971.
Dans la situation où se trouve le Parti socialiste aujourd’hui, existe-t-il un risque d’éclatement comparable à celui de 1959 et à celui de 1971 ? Il est certain que la crise économique et financière qui secoue le monde ces jours-ci, donne des idées aux antilibéraux qui sont tentés de se compter pour peser sur les débats et réclamer une rupture « nette » avec la ligne du parti.
Au congrès de Reims, le risque d’une scission existe. Julien Dray, comme Benoit Hamon, ne le cache pas. Les participants ne pourront pas se contenter de disserter sur le point de savoir si le Parti doit être un Parti de militants ou de supporteurs !
Refondez, refondez, il en restera toujours quelque chose…

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