« Les Américains sont des habitants de Mars et les Européens de Vénus : Ils ne sont que très rarement d’accord entre eux et se comprennent de moins en moins…L’Europe est en train de se détourner de la puissance, ou, plus exactement, elle se dirige vers un au-delà de la puissance, vers un monde bien distinct de l’autre, ou règnent la loi, la réglementation, la négociation et la coopération entre les nations… »
Il paraît loin le temps où Robert Kagan, chef de file, avec William Kristol, des néo-conservateurs, expliquait « pourquoi, à ses yeux, la vision politique des Européens découlait de leur faiblesse, alors que celle des Américains découlait de leur puissance et de leurs responsabilités mondiales. »
L’excellente revue COMMENTAIRE avait publié, avec l’autorisation de l’auteur et du Carnegie Endowment for International Peace, la traduction d’un essai dans sa livraison de l’automne 2002. Certes, cet article, écrit au lendemain du 11 septembre, évoquait surtout la faiblesse militaire de l’Europe, mais les mots étaient durs, quand Robert Kagan parlait de cette « volonté de conciliation qui rappelait fâcheusement la mentalité des années 30. »
Traitaient souvent de « cow-boys », les Américains selon lui, assumaient plutôt, à ses yeux, le rôle du shérif qui fait régner l’ordre. Un siècle semble s’être écoulé entre la publication de cet essai, qui avait fait couler beaucoup d’encre, et la crise financière mondiale que nous connaissons aujourd’hui. Le président américain et les néoconservateurs, si sûrs d’eux, si arrogants, ont échoué sur toute la ligne : en Irak, au Proche Orient, sur le plan économique et financier. Le bilan est désastreux. Ils sont à bout de souffle. L’Amérique n’a jamais été aussi faible.
Dans le même temps, la « vieille Europe », en grande partie grâce au talent de l’austère, mais expérimenté, Gordon Brown, qui fut pendant douze ans Chancelier de l’Echiquier, se montre capable d’apporter une réponse astucieuse et globale au blocage du système financier. Par son unité, son imagination, son expérience, l’Europe a, ce lundi 13 octobre, a fait, aux yeux du Monde, la démonstration de sa puissance.
Tous les acteurs de l’Eurogroupe, de Jean-Claude Trichet, si souvent critiqué à tort, au président français, qui s’est dépensé sans compter, ont contribué à restaurer la confiance avec des actes et des engagements et non avec des mots.
Puissance et faiblesse, sont des mots à employer avec prudence.
Mais ce n’est pas tout ; le fait majeur de ces derniers jours, c’est la prise de conscience que seule la signature de l’Etat est crédible dans pareilles circonstances. Depuis que Milton Friedman et l’Ecole de Chicago avaient engagé l’Amérique dans la voie du monétarisme, John Kenneth Galbraith, mort en 2006, qui contribua à faire des théories keynésiennes le socle de la science économique, paraissait obsolète.
Nombreux étaient ceux qui ne croyaient plus aux services publics à l’européenne, à l’intervention de l’Etat. Il fallait laisser le marché se réguler tout seul, au nom de la liberté. Galbraith critiquait la société de consommation américaine. Il considérait que, poussés par la publicité, les Américains achètent des biens inutiles, dont ils n’ont pas besoin, et que la prospérité n’était pas là où elle devrait être, c’est-à-dire dans l’éducation, la santé, les transports. Il était très critique sur le capitalisme libéral et ses perversités. Il plaidait pour une économie plus équilibrée où l’Etat assure les grands équilibres, sert de régulateur, de contre-pouvoir à une certaine oligarchie de la production. Dans on dernier ouvrage, « Economics and the Public Purpose », il plaidait même pour une nationalisation partielle de l’économie.
Nous y sommes quand tout va tellement mal qu’on ne peut laisser les « cow-boys » patauger comme ils l’ont fait en laissant tomber Lehman Brothers, au nom du marché qui « s’autorégule ».
Au fond, j’aurais du intituler ce billet : « La revanche de John Kenneth Galbraith »

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