Un milliard, ce n’est pas rien. En francs, c’était déjà considérable. En euros, c’est inimaginable pour la plupart des ressortissants de la zone euro.
Ce n’est pas faire preuve de démagogie, que d’évoquer ce que représente un milliard, pour un ouvrier de chez Peugeot qui, avec plus de 35 ans d’ancienneté, gagne 1 400 euros net. Ce n’est qu’un exemple, choisi uniquement pour tenter d’imaginer ce qui peut se passer dans la tête de cet homme quand il regarde, chaque soir, le 20h à la télévision.
« L’affaire Madoff », c’est une fraude, une banale « cavalerie » vieille comme le monde, mais qui porte sur 50 milliards de dollars. Après la faillite de Lehman Brothers, qui est déjà du passé et qui devait servir d’exemple pour montrer l’autorégulation du capitalisme, c’est le « premier de la classe », Goldman Sachs, qui annonce une perte de plus de 2 milliards au cours de l’exercice 2008.
Les analystes prévoient que le plan de relance du président Obama pourrait atteindre 800 milliards de dollars qui s’ajouteraient aux 1 000 milliards de dollars engagés avant son arrivée aux affaires. En Europe, au Royaume-Uni, en Chine, au Japon, en Russie, les plans de relance se chiffrent par centaines de milliards de dollars, d’euros, de yuans, de livres sterling.
En France, la Caisse des dépôts et consignation a déjà « injecté » 43 milliards d’euros dans l’économie, sous forme de prêts aux PME, banques, collectivités territoriales.
Pour la première fois de son histoire, Toyota, le numéro un de la construction automobile dans le monde, prévoit de perdre plus d’un milliard d’euros en 2008. Dans le même temps, il n’est pas exclu que le prêt de 17 milliards de dollars consenti par le président Bush à Général Motors et Chrysler, soit à fonds perdus et ne résolve pas le gigantesque problème de restructuration de l’industrie automobile aux Etats-Unis, qui pourrait se traduire, à terme, par un investissement de plus de 100 milliards de dollars. Fiat, qui ne veut pas être en reste, réclame à l’Union européenne une aide de 40 milliards d’euros pour la même industrie en Europe.
Arrêtons cette liste qui serait trop longue et démoralisante. Impossible, cependant, d’oublier les milliards d’euros de destruction de valeur dans la fortune du premier actionnaire de l’Oréal et les querelles de famille que provoque le déplacement de chaque milliard d’euros dans cette famille. Nul ne doute plus du caractère systémique de cette crise qui n’épargnera personne.
Chaque pays cherche des solutions pour endiguer la descente aux enfers. Les plans de relance étant appelés à succéder aux plans de relance, les effets ne pourront être significatifs que si des dévaluations dopent les exportations. On assiste déjà au retour de « dévaluations compétitives ». Le rouble a été dévalué huit fois depuis le 11 novembre. La livre sterling a perdu un tiers de sa valeur. Le dollar glisse et repasse au dessus du seuil de 1,40 euro.
Si la situation, ce qui est probable, continue à s’aggraver, la tentation du repli sur soi, du protectionnisme, sera de plus en plus grande. L’Europe ne tiendra pas longtemps au milieu du tsunami économique, financier et demain monétaire.
Bref, il faut espérer que cette fois-ci, la situation ne conduira pas à une revanche du nationalisme et à une guerre, comme par le passé. Elle serait d’ailleurs inutile, les dégâts causés par une guerre sont déjà là, sous nos yeux. Les cartes vont être redistribuées, l’argent va changer de mains.
La destruction de valeur est considérable, la liste des entreprises sinistrées sera longue. La destruction d’emplois, le financement des dettes, par la « planche à billets » ou le changement de propriétaire, les conflits sociaux, les conséquences politiques sont imprévisibles.
L’environnement économique, dans trois ou quatre ans, n’aura plus rien à voir avec ce qu’il est aujourd’hui. Nous assistons bien à la fin du monde d’hier que nous avons crû, à tort, connaître avec la chute du communisme et le 11 septembre.
Le vingtième siècle se termine maintenant, comme un vulgaire feu d’artifice, et personne ne sait ce que sera le vingt et unième.
Quand les écuries d’Augias auront été nettoyées, que de nouvelles règles auront été fixées, qu’un nouvel équilibre aura été trouvé, que la confiance sera revenue, je pense qu’un milliard aura à nouveau une valeur.

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