Le 22 septembre 1999 à l’Ecole militaire, l’ambassadeur de France en Allemagne,  François Scheer, m’avait dit : « L’Allemagne est devenue un pays comme les autres ; l’amitié entre les deux peuples n’est plus obligatoire ; après des décennies de souveraineté limitée, l’Allemagne est devenue un Etat souverain à part entière. « On va devoir s’y faire ». L’avenir lui a donné raison. Gerhard Schröder, homme du nord, à la recherche d’une troisième voie, esquissa très vite un nouveau modèle fait de continuité à l’ouest et de bon voisinage à l’est. En effet, il a fallu s’y faire ; les événements le rappellent quotidiennement.

Comme l’avait fait le général de Gaulle, en recevant le chancelier Konrad Adenauer  à Reims, en juillet 1962, François Hollande et Angela Merkel se sont retrouvés hier,  dans cette ville, pour ouvrir ensemble une série de manifestations destinées à célébrer le cinquantième anniversaire de la réconciliation franco-allemande symbolisée par la signature le 22 janvier1963 du traité de l’Elysée. Ce document fixait et organisait la coopération entre les deux pays. Au fil des années, les occasions de se quereller n’ont pas manqué. L’agacement, l’incompréhension, ont souvent caractérisé les relations entre ces deux nations qui se sont si souvent combattus, mais, dans la durée, le bilan est très positif, exemplaire même.

Les hauts responsables politiques, hommes et femmes, étaient pourtant bien différents. De Gaulle et Adenauer, peu de temps après la guerre ; Georges Pompidou et Willy Brandt, en pleine guerre froide ; Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt n’avaient rien pour s’entendre, mais sont devenus de vrais amis ; François Mitterrand et Helmut Kohl et, après eux, Jacques Chirac et Gérard Schröder, ont géré intelligemment les conséquences de la réunification allemande qui n’allait pas de soi. Quant au couple Angela Merkel – Nicolas Sarkozy, si souvent caricaturé dans les deux pays, il a sauvé les apparences – parfois à l’excès – alors que la France décroche économiquement depuis l’an 2000. Les relations entre les chefs d’Etat et de gouvernement ont souvent été compliquées, mais, comme l’a dit le président français à Reims : « Qui aurait pu songer à cette époque que leurs successeurs, chanceliers et présidents de la République, seraient capables ensemble d’aller aussi loin, d’aller aussi vite »..

L’esprit du traité de l’Elysée a conservé toute sa pertinence. Les sentiments sont moins importants que les intérêts communs. Pendant cinquante ans, les deux pays ont évolué parallèlement avec leurs forces et leurs faiblesses. Le décrochage de la France est un problème, mais notre pays est capable de relever le défi. Il n’y a aucune fatalité. Dans l’automobile, la recherche et développement appliqués à l’industrie, le réseau de PME, l’industrie de la machine-outil, par exemple, avantage à l’Allemagne. L’énergie, le secteur bancaire, la démographie, la défense, entre autres, sont à l’avantage de la France. Avec un problème démographique difficile à surmonter, l’Allemagne ne peut transmettre une dette importante aux générations à venir. Les derniers dirigeants allemands ont, souvent « à la hussarde », baissé les allocations chômage, garanti l’emploi en échange d’une plus grande flexibilité du travail, donné la priorité à la réduction des coûts, à la compétitivité. Ce n’est pas sans raison que les Allemands ont, sur l’euro, fait en permanence trop peu, trop tard et la plupart du temps, dans la mauvaise humeur. Il faut, en permanence, avoir à l’esprit l’effort colossal que la réunification a nécessité. Cet effort n’est d’ailleurs pas terminé. Les régions allemandes, notamment, ne supportent plus de payer pour ceux qui mentent et qui font la fête ! Les traités ont continuellement été violés. La majorité des Allemands en fait une question de morale. La chancelière ne peut agir contre son opinion publique.

Cela étant, il faut s’efforcer de voir le verre à moitié plein. Certes, le sauvetage de l’euro a nécessité 19 sommets « de la dernière chance », mais il faut se rendre compte que chaque sommet a consolidé le système financier et monétaire. Les sensibilités et les histoires de ces deux peuples ne sont pas les mêmes. Les Français sont les champions du monde des décisions rapides, mais l’exécution laisse souvent à désirer. La chancelière a coutume de dire : « Si tout le monde est impatient, moi au moins je dois être patiente ».

Il ne faut pas non plus se faire trop d’illusions sur les rêves d’une Europe plus fédérale, même limitée à quelques pays. Une certaine subsidiarité est indispensable. Il y a trop de différence entre les histoires, les économies, les modes de vie. Oui aux convergences dans les domaines où c’est possible. Sur le nucléaire, par exemple, ce n’est pas possible. Dans certains grands secteurs industriels, comme EADS, par exemple, c’est déjà une réalité. Sans oublier qu’aujourd’hui, les relations économiques entre les Allemands et les Russes sont cinq fois plus importantes qu’avec les Français.

Enfin, au moment où commence la célébration du cinquantième anniversaire de la réconciliation franco-allemande et du traité de l’Elysée, il faut être conscient, qu’aujourd’hui, un homme – ou une femme – sur quatorze, dans le monde, est Européen. En 1950, c’était un sur cinq.

Ce n’est pas une raison pour ne pas chercher à relever le défi et à « forcer la porte », pour reprendre les propos de François Hollande empruntés …au général de Gaulle.

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