Les propositions de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale qui, entre le 4 octobre et le 22 novembre, a auditionné plus de cinquante personnalités françaises, européennes et étrangères, sont attendues avec impatience par les spécialistes. Elles sont attendues aussi par tous ceux qui observent avec inquiétude l’évolution du monde dans lequel nous vivons. Personne ne croit plus aux lendemains qui chantent ! Le déchainement de violence aux quatre coins de la planète, les conflits ethniques et religieux qui se multiplient, la raréfaction des ressources naturelles, le désastre écologique, l’accroissement des armes de destruction massive terrifient l’humanité toute entière. La violence qu’entraîne le désir mimétique, échappe à tout contrôle et menace la terre entière.
En ce début d’année, les pessimistes, les adeptes de « l’esprit d’apocalypse », semblent l’emporter sur ceux qui espèrent toujours de l’homme, qui veulent croire à la capacité de l’homme à remédier à tous ces maux. Le dernier livre de René Girard : « Achever Clausewitz » suscite, à cet égard, de nombreux commentaires. Je le termine lentement, car sa lecture n’est pas facile ; non qu’il tombe des mains, mais parce que chaque phrase, ou presque, doit être relue deux ou trois fois avant d’être à peu près bien comprise. L’Académicien y disserte sur « une nouvelle montée aux extrêmes », une accélération du pire, une spirale sans fin de la colère et de l’esprit de représailles. Il reconnaît qu’il devient de plus en plus pessimiste et cite un sondage fait à New York qui révèle que 60 % de la population pense qu’elle verra la fin du monde.
L’originalité du livre réside dans le fait que René Girard est arrivé à la conclusion que le célèbre général prussien, Carl von Clausewitz, qui n’a pas achevé son traité « De la guerre », n’a pas été au bout de sa réflexion et que les rationalistes, dont Raymond Aron, ont déformé sa pensée. Il ne croit pas à la définition transmise de générations en générations ( « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens »…) Il est convaincu « que la guerre se suffit à elle-même et qu’elle provoque une violence absolument imprévisible, proprement indifférenciée, que la politique ne peut endiguer ». Chacun désire toujours ce que désire autrui ; c’est selon lui, le ressort historique des conflits qui déclenche le cycle infernal de la haine et de la violence. La mondialisation, la consommation, la communication, érigés en système politique, accroissent encore les désirs et les jalousies. Comment canaliser le désir mimétique et la violence qu’il entraîne ?
Sur ce thème, que tout le monde a à l’esprit, le Président de la République a, dans ses vœux pour la France et les Français, avancé l’idée d’un « politique de civilisation ». Ses propos, pourtant accélérés par le prompteur, ont été capté par Edgar Morin, pas très content que le Président ait emprunté ce concept dont il est l’auteur, sans en rappeler le sens. Il s’agit bien, selon lui, de remédier par la politique aux dégâts de notre civilisation, notamment sur le plan écologique, de l’urbanisation, de l’agriculture industrielle. Le sociologue est l’auteur de propositions pour remédier aux maux sans perdre les bienfaits de notre civilisation à peu près universellement reconnus.
Pour en revenir à la montée aux extrêmes, chère à René Girard, je voudrais recommander, comme le fait excellemment Jean-Dominique Merchet sur le blog de Libération : « Secret défense » ci-contre en lien, la lecture du dernier livre du général Vincent Desportes : « La guerre probable » publié chez Economica. Le général sait de quoi il parle quand il affirme que si « nous n’allons pas au contact du monde en ébullition, la violence viendra à nous ». En décembre 2000, quand je lui avais remis le prix Vauban, à la Sorbonne, pour son ouvrage : « Comprendre la guerre », j’avais été impressionné par la profondeur de la pensée de ce jeune colonel qui était encore attaché militaire à l’Ambassade de France à Washington.
Faut-il en conclure que le mot célèbre de Raymond Aron : « Paix impossible, guerre improbable », n’est plus utilisable ? Voilà un intéressant sujet de réflexion pour les deux candidats à la présidence des Etats-Unis qui, selon toute probabilité, seront connus le 5 février, date du « super-mardi ».

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