Tentons de nous éloigner un peu du spectacle tragi-comique qu’offre l’UMP depuis une dizaine de jours.

Avec l’hypermédiatisation du monde dans lequel nous vivons, les Français, tous les Français, jeunes et moins jeunes, suivent et se passionnent pour ce combat juridico-politique qui rappelle, en pire, les duels qui opposèrent, jadis, Giscard et Chirac, Mitterrand et Rocard, Chirac et Balladur, Aubry et Royal, Sarkozy et Villepin. Il faut vraiment rester enfermé chez soi, sans télévision, sans internet, sans téléphone, pour n’avoir aucune connaissance du drame qui se déroule sous nos yeux. Je suis convaincu que même les skippers du Vendée Globe suivent heure par heure l’évolution de ce combat à l’ancienne, jusqu’à ce que mort – politique – s’ensuive, tant la haine, la méfiance, les moyens employés, dépassent tout ce qui était imaginable!

Allons respirer l’air marin, frais, tonique de la baie de Saint-Brieuc où, dans la vraie vie, des hommes se lèvent tôt pour aller à la pêche à la coquille. Avant d’arriver dans nos assiettes, c’est en grande partie dans cette baie que les fameuses coquilles sont, elles aussi, l’objet d’une compétition d’une autre nature, infiniment plus saine. Sous le titre : « Saint-Jacques : mauvais temps et petite pêche », l’édition locale du journal Ouest-France, dans sa livraison du 27 novembre , raconte une journée de pêche. Je reproduis intégralement ce reportage de Fabienne Richard  qui a le mérite de désintoxiquer nos esprits parisiens.

« 10 h. Une véritable armada de 70 bateaux quitte le port de Saint–Quay-Portrieux en direction du gisement principal de coquille Saint-Jacques de la baie de Saint-Brieuc, cap au sud du phare Grand Léjon. Certains bateaux, les plus petits souvent les plus secoués, ont préféré renoncer. Sur les 170 bateaux annoncés par les ports d’Erquy, Saint-Quay et Paimpol-Loguivy, seuls 110 ont pris la mer. La mer est faussement calme : un vent de Nord-Est avec des rafales à 25 noeuds est annoncé pour midi.

Dans la cabine du Black Pearl, le 13 mètres piloté par Grégory Métayer, l’ambiance est plutôt bon enfant. Le duo du patron et de son matelot Jean-Marc Moro travaille aujourd’hui avec un apprenti, Joris Lelguer, venu du lycée maritime de Paimpol. Petit café, on discute boeuf bourguignon prévu pour ce midi avant de retourner à la pêche, mais aussi prix du gasoil qui siphonne un tiers du chiffre d’affaires, Europe enquiquinante… Sur la radio VHF aussi, les blagues grésillent aussi entre patrons pêcheurs.

10 h 44, tout le monde se tait. Les dragues sont déjà à l’eau en attendant le top départ. C’est parti pour 45 minutes de pêche sans répit. Jean-Marc court remplacer Grégory au poste de pilotage, pour débrayer pendant que Grégory surveille la sortie de l’eau de la drague remontée par les funes métalliques. Nouvel échange de poste, Grégory sort au plus vite la lourde drague, vide son filet métallique en anneaux de ses coquilles, la replonge aussi sec. L’engin et son lourd crochet métallique n’aura été suspendu au-dessus du pont que quelques minutes.

Chaque seconde compte. Un avion des Affaires maritimes surveille, afin que le quota fixé par l’institut scientifique Ifremer pour préserver la ressource soit respecté. C’est 3 500 tonnes, 1 000 de moins que l’an passé. Chacun essaye de gratter une minute ou deux, c’est le jeu. Au risque de perdre un temps de pêche. Mais un dépassement de plus de 5 minutes et c’est le tribunal

Entre deux récoltes, pas de temps mort. Jean-Marc et Joris trient les coquilles, rejettent à l’eau celles qui sont trop petites. Joris, qui avait gardé le sourire jusque-là est vaincu par les paquets d’eau salée et le mal de mer.

La radio VHF grésille à nouveau. « C’est la cata ! ». Partout les tonnages pêchés sont décevants. 70 tonnes au total à cause du mauvais temps contre 100 attendues selon la CCI. Elles se sont vendues à 2,55 € le kilo en criée. 650 kg pour le Black Pearl. « C’est pas terrible, mais c’est la première pêche sur ce gisement, commente philosophe Grégory Métayer, qui est aussi président de la commission « coquillages » du comité des pêches. On est une bande de jeunes pêcheurs qui s’entraide. On se communique les bons coins. On fera mieux la prochaine fois. »

12h15 : Retour à Paris. Ce matin, Jean-François Copé a réuni ses soutiens et lance un nouvel ultimatum : « il faut qu’à 15 heures,  le groupe dissident soit dissout et on pourra parler des modalités » d’un nouveau vote, explique le président proclamé de l’UMP.

Il aurait pu ajouter, comme le journaliste du journal Ouest-France : « On fera mieux la prochaine fois ! »

En attendant 15h, en espérant qu’un » avion des Affaires maritimes » ait la légitimité de retenir le prochain « le passing shot de revers » de François Fillon, allons déguster de délicieuses coquilles Saint-Jacques qui, à leur arrivée à Paris, ne sont pas à 2,55€ le kilo !

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