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Je regrette que les chaînes de télévision qui couvrent la Coupe du Monde de football, ce moment de nationalisme heureux dans une mondialisation malheureuse, n’accordent pas plus de temps d’antenne à la géographie et à l’histoire des lieux dans lesquels se déroulent les matches. Plutôt que de tendre leurs micros à des supporters qui disent tous la même chose, à disserter indéfiniment sur le 4-4-2 ou le 4-2-3-1, des systèmes de jeu qui n’ont aucun intérêt pour l’extrême majorité des Français, il y aurait franchement mieux à faire.

France 2, une chaîne plus intelligente, l’avait compris. Pendant de nombreuses années, elle avait confié à Jean-Paul Olivier, un journaliste sportif, le soin de commenter, pendant le Tour de France, les villes et villages traversés, leur histoire, l’urbanisme, la géographie. Il le faisait avec talent. Je connais de nombreuses personnes qui ne s’intéressaient pas à la course, mais qui regardaient le reportage qui était chaque jour une merveilleuse découverte de la France, ce magnifique pays aux paysages si variés.

Quand « Paulo la science » a décidé, en 2013, après 40 ans de bons et loyaux services, de prendre sa retraite, c’est un autre « fou de vélo », ancien directeur du Monde, l’excellent Eric Fottorino, qui a pris la suite dans un autre style. Ce grand journaliste n’a pas besoin de Wikipedia, mais il n’est pas certain que sa grande culture atteigne le même public.

Bref, il manque un Dominique Fernandez, auteur de « La magie blanche de SaintPétersbourg » pour, un jour de match à Saint-Pétersbourg, à la fin du mois de juin, parler de cette ville et raconter « Les Nuits blanches » une nouvelle de Fiodor Dostoïevski publié en 1848. C’est à ce moment de l’année qu’il faut être à Saint-Pétersbourg. Dans cette nouvelle, le narrateur, un jeune fonctionnaire, parcourt Saint-Pétersbourg en tous sens pour tromper son ennui et sa solitude. Sur les bords de la Néva, il croise une jeune fille qui pleure. Il voudrait l’aborder mais n’ose pas. Il fait en sorte qu’elle ne soit pas importunée par un homme ivre Elle accepte qu’il la raccompagne chez elle. Les deux jeunes gens promettent de se revoir le lendemain soir au même endroit. Elle tient promesse. Nastenka raconte sa triste existence d’orpheline en compagnie de sa grand-mère. À quinze ans, elle est tombée amoureuse d’un jeune homme, beau, étudiant, qui les avait invitées au théâtre. Quand il lui annonce son départ pour Moscou, elle a envie de partir avec lui, mais elle a seize ans. Il promet de revenir dans un an et de l’épouser. Un an et trois jours se sont écoulés. Elle ne sait pas s’il reviendra.

Le narrateur est amoureux, mais craint le retour de l’étudiant. Lors de la dernière nuit blanche, quand il lui déclare son amour, elle lui répond : « Je l’aime mais ça passera » et elle accepte son amour. Ils font des projets, il va venir emménager chez elle comme locataire, ils sont enivrés. Mais ils croisent un jeune homme : c’est l’étudiant, elle s’arrache de ses bras et court vers l’autre et ils disparaissent. Le lendemain, elle lui écrit qu’elle épouse l’autre la semaine suivante. Un amour de quelques jours n’était pas de taille contre un amour d’une année.

C’est un beau roman d’amour et une belle description de Saint-Pétersbourg au moment des « nuits blanches ».

On ne dort pas dans cette ville pendant les nuits blanches. L’atmosphère est envoûtante. Les lumières douces mettent en valeur les façades et les monuments. Les péterbourgeois chantent et dansent. À 3h du matin, il fait jour. La Perspective Nevsky est noire de monde. Toute la population, et les touristes, sont dans les rues et veulent assister au spectacle de la levée des ponts.

En juin 1858, Alexandre Dumas écrivait : “Figurez-vous une atmosphère gris-perle, irisée d’opale, qui n’est ni celle de l’aube ni celle du crépuscule, une lumière pâle sans être maladive, éclairant les objets de tous les côtés à la fois. Nulle part une ombre portée.
Des ténèbres transparentes, qui ne sont pas la nuit, qui sont seulement l’absence du jour ; des ténèbres à travers lesquelles on distingue tous les objets à une lieue à la ronde ; une éclipse de soleil sans le trouble et le malaise qu’une éclipse jette dans toute la nature ; un calme qui vous rafraîchit l’âme, une quiétude qui vous dilate le cœur, un silence pendant lequel on écoute toujours si l’on n’entendra pas tout à coup le chant des anges ou la voix de Dieu ! Aimer pendant de pareilles nuits, ce serait aimer deux fois”.

La cité de Pierre le Grand, capitale politique de la Russie avant la Révolution, a conservé toute sa grandeur. Catherine II, Alexandre Ier, Nicolas II, les révoltes de 1825 et de 1905, la Révolution de 1917 sont présents à tous les coins de rue. Tchaïkovski, Chostakovitch, au cimetière des artistes, mais aussi Pouchkine, Gogol, Dostoïevski, hantent cette ville.

Le pont sur la Néva

La France a joué jeudi à Ekaterinbourg. Elle a gagné, c’est l’essentiel, mais il manquait un Vladimir Fédorovski, écrivain russe, aujourd’hui français, ou un Bernard Pivot, « fou de ballon rond », pour nous raconter l’histoire d’Ekaterinbourg, cette ville située au pied du versant oriental du massif de l’Oural, à 1 417 km à l’est de Moscou.

Ekaterinbourg aujourd’hui, c’est un stade étrange qui, à la demande de la FIFA a dû augmenter sa capacité d’accueil de 9.000 places pour atteindre 35.696 places. Des tribunes provisoires ont été construites derrière chaque but… en dehors du stade. Les images sont curieuses. C’est aussi l’hôtel Hyatt, œuvre architecturale originale de l’agence parisienne Valode & Pistre et du groupe Bouygues, construit en 2009.

Mais, Ekaterinbourg, c’est surtout la capitale de l’Oural au passé marqué par l’assassinat de la famille impériale dans des conditions encore assez mystérieuses. Sur le lieu de l’exécution, une imposante cathédrale-sur-le-sang-versé a été construite après la chute du communisme. Ville à l’identité tourmentée, Ekaterinbourg tente d’échapper à son passé en se modernisant avec des immeubles de grande hauteur impressionnants.

Les joueurs français -Twitte de Griezmann publié par l’Equipe

La Russie avait proposé à la FIFA douze enceintes sportives réparties dans quatre pôles géographiques : Kaliningrad, Saint-Pétersbourg ; Moscou, Nijni Novogorod ; Saransk, Kazan, Samara, Iekaterinbourg ; Volgograd, Rostov-sur-le-Don, Sotchi. Que d’histoires à raconter en dehors des pleurs de Neymar, de ses excentricités, de ses exaspérantes provocations, des Islandais, toujours aussi attachants, ou des exploits, encore à venir, de nos jeunes Français.

Heureusement, dans la grande tradition des mémorables récits de Jean Lacouture qui a longtemps couvert le Tournoi des 5 Nations de rugby, le journal Le Monde a confié à l’écrivain Olivier Guez, une chronique de grande qualité dont je recommande la lecture.

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