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La planète est partagé, pendant encore une quinzaine de jours, entre ceux qui attendent, en écoutant de la musique, en lisant ou en allant visiter des expositions, que se termine cette période de folie collective incompréhensible et ceux qui attendent, chaque soir, l’heure des matchs, pour partager des émotions que seuls les passionnés de sport peuvent comprendre.

Les images sont ce qu’elles sont, mais elles s’imposent. Les chefs d’Etat et de gouvernement se défient. «Hey Barack Obama, je parie quelques bières belges que nos Diables rouges vont se qualifier pour les quarts de finale», écrit Di Rupo, le Premier ministre belge. La photo du président américain en train de regarder le match contre l’Allemagne à bord de l’avion présidentiel Air Force One, a immédiatement fait le tour du monde sur les réseaux sociaux. Selon le Figaro, François Hollande, étudierait la possibilité de repousser les cérémonies de la fête nationale au lendemain du 14 juillet, dans le cas où la France se qualifierait pour la finale, pour pouvoir se rendre à Rio. Présente à l’Arena Fonte Nova de Salvador de Bahia, lors du match contre le Portugal, Angela Merkel, très démonstrative, a, elle aussi, exprimé sa passion pour le football et pour la Mannschaft en particulier. Elle s’est rendue dans le vestiaire des joueurs pour les féliciter après leur victoire et pris un selfie, aux côtés de Lukas Podolski, que tout le monde, ou presque, a vu.

Angela Merkel à Bahia

Angela Merkel à Bahia

Le Mondial porte bien son nom. Il y a un rapport évident entre la mondialisation et la coupe du monde de football. L’excellent Dominique Moïsi, dans les Echos de ce matin, explique très bien pourquoi le foot, est le miroir de la mondialisation. « On ne saurait comprendre le monde dans lequel nous vivons », écrit-il, « sans suivre le Mondial. Certes il ne traduit pas de manière fidèle l’évolution du rapport des forces dans le monde. Peut-on dire après la phase éliminatoire du Mondial et devant le résultat flatteur de ses équipes, que le vingt et unième siècle sera celui de l’Amérique latine ? A l’inverse, aucune équipe asiatique – le continent de la croissance – n’a atteint le stade des huitièmes de finale. En Afrique, le continent de l’avenir, seuls deux pays, le Nigeria et l’Algérie – cette dernière pour la première fois de son histoire – ont passé avec succès le stade des éliminatoires. L’Italie, peut-être galvanisée par son jeune et nouveau Premier ministre, Matteo Renzi, elle, n’en a pas moins été humiliée, comme elle l’avait été en 2010 par une élimination précoce. Et que dire de la Russie de Poutine où se jouera le Mondial en 2018 ? Son retour « musclé » sur la scène internationale ne se traduit pas dans les stades de football. »

Ce grand spécialiste de géopolitique s’interroge : N’est-ce pas la montée en puissance des Hispaniques dans la société américaine qui contribue à la découverte par les Etats-Unis du Mondial ? Dans l’ensemble du pays, les chaines de télévision ouvrent, pour la première fois, avec les dernières nouvelles de « Team America ». Dans cet article, il constate que plus un pays déçoit ses habitants, plus l’équipe nationale joue pour ses citoyens un rôle de compensation. C’est, écrit-il, «  incontestablement le cas en Algérie et peut-être bien plus près de chez nous. »

Le professeur au King’s College de Londres, conseiller spécial à l’Ifri, en déduit que des peuples, au comble de la frustration identitaire et pour certains de l’ennui, sont tentés de se dire : « Il y a mon équipe, donc j’existe ».

Cet article est à lire sur le site des Echos : http://m.lesechos.fr/industrie-services/le-foot-miroir-de-la-mondialisation-0203601641239.htm

Suarez« panem et circenses » ( du pain et des jeux), répondent ceux qui dénoncent tous les   divertissements de masse.  Il est vrai que, hormis la communication en temps réel, on est tenté de se dire que rien n’a changé depuis l’antiquité ! Certes, le « panem » n’a plus le même sens, mais, l’image de Georgio Chiellini, le défenseur italien, mordu à l’épaule par Luis Suarez, le « canibale » uruguayen, laissait penser que les jeux du cirque (circenses) n’ont pas beaucoup changé depuis vingt siècles.

La relation entre le football et la géopolitique n’est pas nouvelle. Déjà, le 24 mars 1998, Pascal Boniface, directeur de l’Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS), avec qui j’ai souvent parlé de football…et de géopolitique, avait été bien inspiré d’organiser à l’Assemblée nationale, un colloque sur le thème : « Football et relations internationales ». « La guerre du football », qui avait opposé, en 1970, le Honduras au Salvador, y avait, notamment, été analysée. Le Honduras, et ses « découpeurs », est un pays que nous connaissons bien !

N’exagérons rien, le football n’est pas la guerre, même si le trop plein de fierté nationale et d’identification, peut conduire à des débordements et à une « montée aux extrêmes. L’agression caractérisée sur le joueur français, Battiston, lors de la demi-finale France-Allemagne, en 1982, n’avait pas amélioré l’image des Allemands aux yeux des Français. En France, l’émotion était à son comble. Le comédien Francis Huster avait adressé une lettre à Michel Platini : « Contre la brute aveugle, contre la bêtise de la force, contre la masse de muscles sans failles, avait-il écrit, vous avez failli avec votre poésie, votre imagination, votre intelligence, votre finesse, votre inspiration, et tu sais quoi, Michel, votre humilité….

François Mitterrand et Helmut Kohl furent contraints de signer un communiqué commun visant à dissiper le malaise ambiant.

géopolitique du footNon, un match, de nos jours, ne va pas déclencher un conflit. Nous ne sommes plus en juillet 1870, au temps où «  la dépêche d’Ems », un texte caviardé par Bismarck, entraîna la France dans la guerre contre la Prusse. Un match n’est pas suffisant, non plus, pour résoudre une crise grave entre deux pays, mais, si son importance est à relativiser, il n’est pas sans influence. Ce peut être l’occasion de renouer des relations.

Quatre ans plus tard, en 2002, le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, Pascal Boniface, expliquait au journal « Le Monde », que la FIFA, malgré tous ses défauts, était capable, contrairement à l’ONU, de faire cohabiter dans la même organisation Israël et la Palestine, la Chine et Taïwan. L’attribution de l’organisation de la Coupe du monde à un pays est un acte politique. Le choix de l’Afrique du Sud, il y a quatre ans, était un signal fort en direction de l’Afrique et la reconnaissance de l’action de Nelson Mandela. Il en avait été de même, en 2002, lors de l’attribution de la Coupe à la Corée du Sud et au Japon, deux pays au lourd passé, contraints de s’entendre.

Le football a une dimension planétaire et se développe dans tous les pays. Mais les rapports de forces entre continents évoluent. L’influence de l’Europe, qui attire les meilleurs joueurs demeure grande, mais l’Afrique et l’Asie progressent à vue d’œil. Alors que la première phase éliminatoire vient de s’achever, les équipes latino-américaines brillent. 7 des 16 pays qualifiés pour la suite de la compétition sont de la région : Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Costa-Rica, Mexique et Uruguay

La France, à l’origine de la création de la FIFA, de la Coupe du monde, de la Ligue des champions, du Ballon d’or, n’a plus la même influence que par le passé. L’Espagne, l’Angleterre, le Portugal, incapables de se qualifier pour la suite de la compétition, viennent d’envoyer un mauvais signal sur l’état de l’Europe. Enfin, il faut se faire une raison, Neymar, Messi, le gardien de buts mexicain, Ochoa et même notre Benzema national, sont, ces jours-ci, beaucoup plus connus que les dirigeants du G20 !

 

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