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Je me souviens que le premier avril 1984, en début de matinée, la neige tombait à gros flocons sur Paris. Par la fenêtre de la cuisine qui donnait sur l’avenue Bosquet, nous regardions, à peine réveillés, les rares passants qui empruntaient le trottoir d’en face, qui longe les jardins de l’Ambassade de Roumanie. Etrange, pourquoi cette dame d’un certain âge qui marche à petits pas contourne sans s’arrêter un obstacle sur son chemin. Ma fille, une jeune amie à elle, qui séjournait à Paris pour la première fois, et moi, encore en peignoir, comprenons très vite que l’obstacle sombre a une tête, des pieds et un couteau planté dans le dos. Eberlués, nous ne pouvions quitter la fenêtre. Au fil des minutes, les passants, de plus en plus nombreux, s’arrêtaient. Je suis allé chercher mon caméscope et j’ai filmé le déroulement des évènements : l’arrivée d’un car de police, de représentants de la brigade criminelle, des journalistes d’Europe n°1, RTL, France info et des chaînes de télévision qui n’étaient pas autorisées à filmer. Le procureur de la République, Laurent Davenas, dès son arrivée sur les lieux, est allé sonner à l’Ambassade, qui entre-temps avait naïvement retiré sa plaque, pour demander des explications. Il s’est entendu répondre : « Nous ne sommes pas au courant, nous n’avons rien à signaler ! » En fin de matinée, après les nombreuses formalités de constat et l’enlèvement du corps, j’ai téléphoné à TF1, rue Cognacq Jay. Je suis tombé directement sur Jean-Claude Bourret qui préparait le journal de 13h et n’avait pas d’images pour illustrer son commentaire sur ce mystérieux fait divers. Habitant à deux pas, je suis arrivé très vite sur le plateau avec ma précieuse cassette. Jean-Claude Bourret m’a proposé de rester et d’assister au journal. Le présentateur, après la traditionnelle farce du 1er avril a enchaîné : « Un Roumain poignardé a été découvert tout à l’heure près de l’Ambassade de Roumanie. On ne connaît pas pour l’instant l’identité de la victime et les circonstances exactes de ce meurtre. L’homme a été tué de plusieurs coups de couteau. Selon certaines informations, le ressortissant roumain aurait été tué à l’intérieur de l’Ambassade. Son cadavre aurait ensuite été jeté du deuxième étage. Le corps de la victime, âgée d’une cinquantaine d’années, a été emmené à l’Institut médico-légal… Les images que vous venez de voir ont été tournées par un cinéaste amateur. »
J’ai eu, ces dernières années, l’occasion de rappeler à Jean-Claude Bourret et à Laurent Davenas cet étrange premier avril 1984 ; ils en avaient conservé comme moi un souvenir précis. Dès le lendemain, nous apprenions que la victime s’appelait Nicolaï Iosif, qu’il était originaire de Bucarest, et qu’il était ingénieur, membre du parti communiste roumain. Les raisons de sa mort ont été rapidement attribuées aux agents de la Securitate (les services secrets roumains) installés dans l’Ambassade. L’homme aurait été un « agent endormi », installé en Europe, qui aurait été « retourné » ou n’aurait pas rendu les services qu’on attendait de lui. Le mystère demeure.
La Roumanie, amie de la France, a bien changé depuis 1990. Dès le lendemain, à mon grand étonnement, car je n’avais rien demandé, je recevais un contrat d’achat de droit de diffusion pour un film intitulé : « Meurtre à l’Ambassade de Roumanie » comprenant des honoraires qui représentaient à peu près la valeur du caméscope !

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