Dinan – Côte du Nord – 3 aôut 1944

Mon père entendit madame Heurtel, la concierge de la mairie, crier : « venez vite ». Le jeune Allemand qui, la veille, cherchait le revolver, tenait maintenant le sien sur la poitrine d’Hubert, un ouvrier de la Ville. Père de neuf enfants, Hubert avait pris, sur un camion allemand, rendu inutilisable par l’explosion d’une grenade, de vieux registres dont de nombreuses pages blanches pourraient servir à ses enfants. « Sabotage » criait l’allemand. Mon père tenta de calmer le soldat allemand; ce qui n’était pas facile. Ces jeunes, formés dans les « Jeunesses hitlériennes » étaient fanatisés. Par chance, un Allemand de la Wehrmacht vint à passer et demanda des hommes pour creuser des tombes. Mon père désigna Hubert. Discussion vive entre les deux Allemands; le plus âgé l’emporta. Hubert était sauvé !

Dinan est libre! La foule devant la mairie

Les agents de la Défense passive, les pompiers, les services sanitaires et les patrouilles allemandes circulaient dans les rues vides de toute population civile. Dans la nuit du 3 au 4 août, les soldats allemands se déplacèrent, en assez grand nombre, dans la rue du Marchix, venant du Château et allant vers la rue de Brest. Dans ce vacarme de ferraille et de véhicules, mon père recommanda de ne pas se faire voir. Une troupe en déroute, silencieuse, au pas, n’aspire plus à être admirée !

 Le lendemain, on entendait encore quelques tirs de canon et de mitrailleuses. Le maire, ses adjoints et les chefs de service visitèrent les abris, les hôpitaux, les cliniques et s’assurèrent que le déblaiement et l’étaiement des immeubles touchés se déroulaient selon les plans.

Le samedi 5 août, le viaduc, miné, sauta. La Kommandantur était vide. Des colonnes de soldats allemands prirent la route de Dinard. Les tirs reprirent fortement sur les bords de la Rance. Les pillages continuaient. Les Allemands abandonnaient leur matériel et battaient en retraite.

Le dimanche 6 août, il n’y avait plus d’Allemands dans la ville. Les habitants commencèrent à sortir pour se rendre aux offices religieux. Ils étaient anxieux, sans aucune information sur ce qui pouvait encore se passer.

véhicules américains devant la rue de la Croix

            Vers 22 heures, étant en faction devant la mairie, mon père vit arriver un véhicule blindé dont l’avant était couvert d’un tissu donnant une très faible lumière violacée. Un officier américain en sortit et demanda à mon père s’il pouvait envoyer d’urgence un message radio en Angleterre. Mon père le guida aussitôt, en grimpant sur le véhicule, jusque chez Morin, des machines à coudre, qui mit son installation à sa disposition. Cet officier était le premier américain libre que mon père a vu à Dinan.

            Le génie américain installa un pont métallique sur les arches du viaduc détruit et les premiers convois de troupes américaines entrèrent en ville par le Jerzual.

 Dinan était libre ».

A suivre…

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