En reprenant, à sa façon, le célèbre « Make America Great Again » que Donald Trump martelait pendant sa campagne, Emmanuel Macron a, d’une voix ferme et solennelle, donné encore plus de sens à la poignée de main virile échangée avec le président américain, il y a quelques jours. Prononcés en anglais, fait sans précédent, quelques secondes après son intervention, ces mots ont été retransmis en direct par plusieurs chaines de télévision américaine et fait le tour de la planète. C’est habile, c’est même brillant, de la part d’un nouveau chef d’Etat qui ne se fixe pas de limite, dans un monde déstabilisé, qui manque de leadership. A la tête d’une puissance moyenne, mais qui a une histoire et encore une certaine influence dans le monde, Emmanuel Macron se montre ambitieux à la façon du général de Gaulle qui, visiblement, l’inspire.

En pleine quinzaine de Roland Garros, je suis tenté de dire que ce « Make our planet great again » (« rendre à notre planète sa grandeur ») est un passing shot de revers réussi, c’est-à-dire une balle renvoyée de telle manière que l’adversaire qui monte au filet, ne peut la reprendre.

Au moment où je publie une série d’articles sur ces journées, ces mois qui ébranlent le monde, l’Europe et la France, l’onde de choc qu’a provoqué hier soir, à 15 h 35, heure locale (21 h 35 heure de Paris), la déclaration du président Trump et l’annonce de la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, est l’illustration de la désunion dans laquelle le populisme primaire plonge le monde actuellement.

Seuls la Syrie, en guerre, et le Nicaragua n’avaient pas signé, en décembre 2015, cet accord historique qui vise à contenir le réchauffement climatique en dessous des 2° C d’ici la fin du siècle. 197 pays l’avaient signé. C’était l’honneur de la France d’être parvenue à cet accord volontariste, pourtant imparfait et bien peu contraignant.

En quelques mots, destinés à réaliser une promesse de campagne, Donald Trump a qualifié l’accord de Paris de « mauvais accord », « nocif pour l’économie américaine », « mal négocié » (par Barack Obama) et « injuste pour le peuple américain ». Fidèle à sa réputation, et à une mauvaise foi dont il est coutumier, il a osé justifier sa décision en disant ». « Alors que l’environnement me tient profondément à cœur, je ne peux, en bonne conscience, soutenir un deal qui nuit aux Etats-Unis (…) J’ai été élu pour représenter le peuple de Pittsburgh, pas le peuple de Paris ». Conscient, tout de même, de l’effet qu’allait produire sa décision, le président américain a ajouté qu’il était prêt à ouvrir de nouvelles négociations « pour revenir dans l’accord de Paris », ou pour aboutir « à un nouveau traité », dans les deux cas selon des termes qui soient « justes pour les Etats-Unis, leurs entreprises, leurs salariés, leur population, leurs contribuables ». En un mot : « l’Amérique d’abord » …

Le président Trump le 1er juin 2016 à la Maison blanche

Le maire de Pittsburgh a immédiatement répliqué sur Twitter : « Pittsburgh se tient [debout] avec le monde et suivra l’accord de Paris. » Il n’a pas été le seul. Bill de Blasio, le maire de New York, qui a vécu de nombreux événements climatiques ces dernières années, a qualifié la décision de Trump « d’inadmissible aux conséquences destructrices ».

Angela Merkel, la première ministre britannique Theresa May, Charles Michel, le premier ministre belge, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, ont fait part au président américain Donald Trump le leur profonde déception. Le Brésil, le Japon, la Chine, ont fait de même. Le chef du gouvernement chinois Li Keqiang s’est exprimé à Berlin, après une rencontre avec la chancelière allemande, Angela Merkel, dans le même sens. Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres également. L’ancien président Barack Obama a regretté la décision de son successeur Donald Trump de retirer les États-Unis de l’Accord de Paris, qu’il avait signé. « Les pays qui restent dans l’Accord de Paris seront ceux qui en récolteront les bénéfices en termes d’emplois et de secteurs d’activité créés », a déclaré immédiatement Barack Obama. Les gouverneurs démocrates des États de New York, Californie et Washington ont annoncé qu’ils formaient une « alliance pour le climat ». Les trois États, qui représentent ensemble près d’un cinquième de la population américaine et plus d’un cinquième du PIB américain, « sont déterminés à atteindre l’objectif américain de réduction de 26 à 28 % des émissions de gaz à effet de serre » par rapport à 2005, a souligné le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, dans un communiqué.

La désapprobation a, en quelques minutes, été planétaire. Tout le monde a en mémoire l’objectif des États-Unis fixé par l’administration Obama qui avait fait du climat l’une des priorités de ses deux mandats (une réduction de 26 % à 28 % de leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2025 par rapport à 2005). Climato sceptique, Donald Trump se vante de ne pas croire à l’impact des activités humaines sur le réchauffement, alors que le constat fait l’objet d’un très large consensus scientifique.

Pour l’instant, les nationalistes, que représente leur leader Stephen Bannon, les productivistes, les climato sceptiques et les think tanks conservateurs, sont satisfaits. Leur champion a tenu sa promesse de campagne contre l’avis du « système ». Ils ne se rendent sans doute pas compte qu’avec ce type de décision, ils maintiennent les Etats-Unis dans l’ancien monde, un ancien monde qui n’en finit pas de mourir. Les commentaires de Nicolas Bay (FN) et Lionnel Luca (LR) sur la déclaration en anglais d’Emmanuel Macron en sont les représentants dans notre pays.

En attendant que « les Etats-Unis soient le pays le plus propre et le plus respectueux de la planète », comme Donald Trump a osé le promettre, Emmanuel Macron a mis en garde : « Sur le climat, il n’y a pas de plan B, car il n’y a pas de planète B ! »

 

 

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