Régis Debray écrivait, il y a quelques jours dans le journal Le Point « qu’une société qui se délite, qui perd ses repères, éprouve un désir de chef. » Nicolas Sarkozy répond à cette attente. A sa façon, qui s’apparente plus à celle d’un grand chef d’entreprise qu’à celle d’un chef d’Etat classique, il répond à ce besoin qu’ont les Français d’être dirigés. Pour l’instant, même si dans les Chancelleries européennes, cette façon de faire étonne et agace parfois, les Français, j’allais écrire les Gaulois, apprécient le changement et ne partagent pas les critiques de François Hollande quant il dénonce « le coup d’éclat permanent ». Les Français, dans une grande majorité, savourent le feuilleton de l’été qui leur est offert avec un couple romanesque dont ils suivent avec délice, et un peu d’inquiétude, les exploits quotidiens. Ils en avaient assez, surtout les plus jeunes, de cette France qui ne bougeait plus, qui semblait s’endormir doucement et perdre son statut de chef de file en Europe.
Une anecdote, plus précisément une caricature, me revient en mémoire : Le bon docteur Queuille, corrézien, président du Conseil au début de la quatrième République, était réputé pour sa propension à l’immobilisme. La caricature le représentait, posant au milieu de son gouvernement, face aux photographes. L’un d’eux s’exclame : « Ne bougez pas ! » et le président Queuille de répondre : « C’est bien notre intention ! »
Je fais, sans grand risque de me tromper, le pronostic que nous allons assister dans les mois qui viennent à une « sarkozysation » des comportements. Souvenez-vous, après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing, de très nombreux hauts fonctionnaires, cadres supérieurs, et bien d’autres, parlaient involontairement, par mimétisme, comme VGE. Le style, les expressions, souvent un peu précieux et recherchés, étaient copiés, imités, parce qu’ils symbolisaient le pouvoir. Aujourd’hui, la méthode Sarkozy, si méthode il y a, va être employée par ceux qui sont en situation de diriger, de commander, d’exiger des résultats, de négocier. La haute compétition sportive et les grandes entreprises, aux actionnaires exigeants, n’avaient pas attendu le nouveau chef de l’Etat, pour pratiquer la culture du résultat, entretenir la pression sur les individus, soumis à une évaluation permanente de leurs résultats. Cette pratique, ce mode de gouvernance sont apparus à la fin des années 80, dans les activités de services. La rémunération liée aux résultats, le culte de l’argent, la compétition permanente, le stress, mais aussi le luxe et les récompenses, sont à la mode dans certains secteurs d’activité. Cette évolution ne s’est pas faite sans casse. Elle est en grande partie responsable de cette épouvantable tendance à l’individualisme, à l’incivilité, au chacun pour soi. Elle contribue indéniablement au processus de délitement du tissu social auquel nous assistons.
Si le chef de l’Etat, qui heureusement n’est pas un idéologue, pense qu’il serait bon pour la France de généraliser cette méthode à l’ensemble de la société française, le résultat n’est pas assuré d’avance. Notre société pourrait devenir invivable, encore plus égoïste. Les suicides, déjà préoccupants, augmenteraient chez ceux qui ne pourraient pas s’adapter à cette société qui n’en serait plus une. Le « vivre ensemble », l’esprit d’équipe, le collectif, disparaîtraient. C’est déjà le cas dans un certain nombre d’entreprises où le climat est devenu invivable. A l’échelle d’une nation, c’est beaucoup plus lourd de conséquence. Certes, il faut que la France bouge, s’adapte à la mondialisation, si elle ne veut pas continuer à prendre du retard, mais Nicolas Sarkozy devra placer le curseur au bon endroit entre le mouvement, indispensable, et la qualité du « vivre ensemble » qui est aussi une richesse nationale.

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