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Attribuée à Jacques Chirac, mais bien avant lui, si mes souvenirs sont bons, à Edmond Malinvaud, professeur au Collège de France, économiste de renommée mondiale, cette boutade en dit long sur la difficulté qu’il y a à faire la moindre prévision et l’humilité dont son auteur doit faire preuve.

Depuis quelques mois, l’environnement économique et financier, particulièrement instable et imprévisible, a offert la possibilité à de très nombreux experts, qui ne résistent jamais au moindre micro tendu, d’affirmer, avec la seule autorité qu’ils se donnent, que tel événement aurait immanquablement telles et telles conséquences. Les exemples sont très nombreux, mais il y en a un, me semble t-il, qui est particulièrement significatif.

Pour des raisons politiques ou/et spéculatives, des experts – présentés comme tels – ont affirmé, au mois d’avril, que si François Hollande était élu président de la République, « la France serait attaquée et mise à genoux dès le 7 mai ». Le pays ferait « l’objet d’attaques en règle de la part de la finance international ». Dans les plus grands hedge funds Américains, c’était la veillée d’armes. « Les traders se préparaient dans le calme mais avec une froide détermination». Pour illustrer cette prévision inquiétante, une rumeur sur la mise au point d’un nouvel instrument financier permettant de spéculer contre la dette française, sema la panique. Il faut dire que la période était propice. La crise de la dette, l’absence de confiance dans l’avenir de l’euro, l’incertitude électorale, suscitaient les tentations spéculatives. Prudemment, Nicolas Sarkozy et François Hollande laissaient dire et se taisaient, ce qui aurait du intriguer.

Cette rumeur aurait pu déclencher la spéculation, c’est d’ailleurs ce qu’espérait sans doute leur auteur. Comme il est possible de » vendre à découvert », et donc de vendre avant d’avoir acheté, ce nouvel instrument financier permettait de spéculer à bon compte. Enfin, c’est ce que pensaient ces financiers inspirés. Il s’agissait bel et bien de spéculer contre la France. Un de ces experts, prétendait « qu’avec 50.000 euros, on pouvait vendre à découvert pour 1 million d’euros d’emprunt d’Etat français ». Ce devait être une « arme de spéculation massive » Rien que cela, mais rien de très nouveau ! Il existait déjà les CDS (crédit default swap), c’est-à-dire des contrats qui permettaient de se couvrir contre le risque de faillite d’un Etat ou d’une entreprise. Bref, chacun y alla de sa prévision : « Les taux français vont s’envoler. Les fonds spéculatifs vont massivement vendre la dette française à découvert. Les taux à 10 ans monteront très vite à 4,5% » ; « La France sera dégradée avant même l’élection », « l’état de la France va déclencher une nouvelle guerre mondiale financière », « La France a le poignard sur la gorge », « quelques heures après le résultat de l’élection, les taux s’envoleront sur les marchés asiatiques. Les auteurs se reconnaitront ! Ils se sont trompés, parce qu’ils ne faisaient pas de la prévision mais du commentaire.

Déjà, le 13 janvier, quand Standard and Poor’s avait dégradé la note de la France, les taux avaient baissé contre toute attente. Le 19 janvier, la France empruntait près de 9,5 milliards d’euros à des taux en nette baisse par rapport aux précédentes opérations fin 2011. Les spéculateurs auraient du se méfier.

Le 16 mai dernier, Le Trésor a annoncé avoir levé près de huit milliards d’euros à des taux en baisse. C’était la première émission de dette française à moyen et long terme depuis l’élection de François Hollande à la tête de l’Etat. La demande a été à la hauteur des attentes du Trésor et les taux sont ressortis en baisse par rapport à l’adjudication précédente du 19 avril, avant le second tour de la Présidentielle. Mieux, l’Agence France Trésor a fait remarquer que le taux sur la ligne à 5 ans était le plus bas depuis la création de la zone euro.

Cela étant, il ne faudrait pas crier victoire. Le spread (écart de taux) avec l’Allemagne s’accroît et les CDS s’approchent de leurs records. La France n’est pas à l’abri d’une augmentation des taux malgré l’abondance de liquidités. Le contexte est en effet très inquiétant. La crise financière en Europe s’amplifie de jour en jour. Les élections en Grèce le 17 juin, la capacité de l’Espagne et de l’Italie à gérer leur situation, vont déterminer, dans les prochaines semaines, l’accélération ou la détérioration du processus interminable de règlement de cette crise.

Le pire n’est pas certain, mais il est possible avec le risque de bank run, de panique bancaire, qui hante les esprits depuis 2008. Les Européens le sentent ; Un sondage récent montre qu’ils en ont « ras le bol » de l’Europe. Ils ont conscience que le risque d’effondrement du système économique en vigueur en Europe est réel. Certains spécialistes n’hésitent pas à comparer la situation actuelle aux alliances (Triple-Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie) et Triple-Entente (France, Angleterre, Russie) qui, dans le passé, se sont mal terminées.

Que faut-il en conclure ? Que la prévision est une discipline scientifique qui fait appel à une analyse approfondie et rigoureuse des données. La prévision a aussi besoin de strictes principes éthiques et notamment ne doit jamais être délibérément trompeuse. Des spéculateurs, des joueurs, uniquement motivés par le profit, ne sauraient être considérés comme des experts et encore moins comme des prévisionnistes. Sans toutefois oublier, comme le disait le président Edgar Faure, que « c’est un grand tort d’avoir raison trop tôt » !

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