Faire de l’ancien orphelinat Saint-Joseph de la Congrégation des Sœurs Franciscaines, un lieu de culture unique en son genre, n’était pas une mince affaire. Parvenir à concilier histoire et modernité dans cet ancien couvent, était un défi. Il fallait de la volonté, du talent et un peu de chance, la forme laïque du miracle. La volonté, le maire de Deauville, Philippe Augier, en a fait preuve tout au long de cette aventure. Depuis 2005, il n’a cessé de vouloir doter Deauville d’un lieu de culture permanent qui incarne l’image de cette commune, son histoire, ses particularités, son âme. Du talent, l’architecte Alain Moatti en a, lui aussi, fait preuve. Soucieux d’harmoniser l’ancien et le moderne, il a admirablement réussi à transformer le cloître en cour intérieure. Il a eu l’idée de génie de couvrir cette cour d’une sorte de lustre original qu’il a expliqué ainsi dans un hors-série de « Connaissance des arts » : « En allant à Deauville, en regardant les tableaux des peintres, je voyais des ciels toujours différents, souvent gigantesques, au-dessus d’une fine ligne de mer. Je voulais un dispositif qui permette une véritable prise de ciel. Aussi j’ai proposé ce grand lustre dans la cour du cloître. Plus qu’un lustre, c’est un objet qui réagit à la lumière changeante du littoral. Il forme une sorte de grand nuage dans lequel les lumières viennent se prendre. C’est une sorte d’hommage à la lumière de Normandie. » 14 285 tubes de polycarbonate de longueur variable donnent forme à ce lustre alimenté le soir venu, par l’éclairage électrique.

Entrée des Franciscaines 145 avenue de la République

La chance, l’opportunité, pour ne pas dire le deus ex machina, l’élément extérieur qui vient débloquer une situation, est apparu sous la forme suivante : En 2011, alors que la crise de 2008 avait compromis les projets à l’étude, Nicole Hambourg a proposé à la ville de Deauville de lui faire donation de la collection de son mari, le peintre André Hambourg, à condition qu’un lieu soit dédié à la valorisation de ce fond. Dans le même temps, la Congrégation des Sœurs Franciscaines avait pris la décision de restructurer leur patrimoine immobilier à Deauville et de quitter leur lieu de vie qui avait tour à tour servi d’orphelinat, d’hôpital et d’établissement scolaire. L’ensemble, important, comportait un ancien cloître et une chapelle.

Le maire de Deauville, informé, ne laissa pas passer cette occasion qui ne se représenterait pas. La ville se porta acquéreur de l’ensemble immobilier et entama une réflexion sur ce que pourrait être la conversion d’un ancien couvent du XIXe siècle, à restaurer, en équipement culturel du XXIe siècle. Il est apparu très vite qu’il fallait démolir le mur d’enceinte et créer un large parvis et un signal. Le bâtiment était un labyrinthe dans lequel l’architecte Alain Moatti a très vite voulu créer une grande galerie afin d’ouvrir tous les espaces sur cette galerie et de faire du cloître un grand lieu d’accueil.

Présentation du projet le 14 avril 2018

En 2018, mon ami Jean-Pierre Mazery, un de mes prédécesseurs à la présidence des instances associatives de l’Institut des hautes études de défense nationale, me téléphona un jour pour me dire : « Michel, tu es souvent à Deauville. Est-ce que tu connais Les Franciscaines ? Ce nom ne me disait rien. Je passais pourtant tous les jours devant le 145 avenue de la République. Son fils, Jean-Edouard, président de l’Association des Amis du Musée de Deauville, président du club de polo de Deauville, conseiller municipal, et récemment élu président de la Fédération Française de polo, avait l’intention de m’inviter, le samedi 14 avril 2018, à visiter le chantier, à découvrir le projet et à écouter les explications des représentants du Cabinet d’architecture Moatti et Rivière. J’acceptai bien volontiers. Il était très difficile d’imaginer l’ensemble culturel terminé, tant le chantier était complexe et le projet ambitieux. Jean-Edouard nous avait conviés, le 20 août 2019, à une nouvelle visite du chantier qui avait bien avancé. Des illustrations permettaient de se faire une idée plus précise du projet terminé.

Visite du chantier le 20 août 2019

En décembre 2019, peu de temps avant la pandémie, c’est avec l’Association des Amis d’André Hambourg, à laquelle nous avions adhéré, que nous avons, à nouveau, visité le chantier et découvert les deux étages dédiés au Musée Hambourg, le cloître, la grande salle qui recevra les expositions temporaires et la chapelle avec ses vitraux restaurés qui permettra d’accueillir, grâce à ses gradins rétractables, des conférences, concerts, et autres manifestations. Nous avions bénéficié des explications de Lynda Frenois, Directrice du Musée et Caroline Clémensat, Directrice Générale adjointe des Services. Le chantier des Franciscaines était proche de son achèvement qui prendra beaucoup de retard, au cours de l’année 2020, en raison des confinements.

Les Franciscaines, le nouvel espace de culture permanent de Deauville, a finalement été ouvert au public le 19 mai 2021.

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C’est une très grande réussite.

Avant-hier, 4 juin, en présence de Philippe Augier, Maire de Deauville, du secrétaire général de l’Association des Amis d’André Hambourg, Philippe François, et de Mathieu Hambourg, petit neveu de l’artiste, nous avons inauguré cet exceptionnel lieu de culture. Le cloître est un lieu d’accueil très réussi que les photos restituent bien, avec ce mélange de pierre du XIXe siècle et d’outils numériques du XXIe siècle. Le lustre, ce « grand nuage », en guise de verrière, voulu par l’architecte, est grandiose. Un auditorium de 253 m² accessible par le cloître, occupe l’espace de l’ancienne chapelle du couvent. Voûtes, chapiteaux et vitraux, qui illustrent des épisodes de la vie de Saint-François d’Assise, cohabitent harmonieusement avec des gradins rétractables qui offrent de multiples usages. Dans les galeries adjacentes, 5 espaces thématiques abritent le fond de 150.000 ouvrages, en écho aux événements majeurs de la ville (Festival du Cinéma Américain, Festival Planches Contact, Festival Livres et Musiques, courses hippiques…).

Le cloître, lieu d’accueil

Le musée André Hambourg, que nous étions impatients de découvrir, avec ses 4 000 œuvres, dont 539 peintures et quelques milliers de dessins d’André Hambourg (1909-1999), peintre officiel de la marine, et une collection de 500 œuvres de Marie Laurencin, Foujita, Van Dongen ou Derain, rassemblées par le couple au fil des années, dépasse nos espérances. L’exposition sera renouvelée périodiquement. Les visiteurs découvriront ainsi les multiples époques de l’œuvre d’André Hambourg, l’évolution de son style et les pays visités. La première exposition s’intitule « Sur les chemins du paradis ». Elle est visible jusqu’au 22 août prochain. Une jauge de 8m² par visiteur est actuellement imposée dans les cinq univers des Franciscaines et dans le cloître. Elle passera à 4 m² à partir du 9 juin, avant de disparaître le 30 juin. D’ici là, il est conseillé de réserver un créneau sur le site internet pour être assurés de découvrir ce nouvel espace culturel dans les meilleures conditions.

Alger par André Hambourg

La chapelle transformée en auditorium

Les Franciscaines de Deauville, conçus comme un lieu de vie transversal qui réunit toutes les disciplines et s’adresse à tous les publics, seront, j’en suis convaincu, un site incontournable où il fera bon venir flâner plusieurs fois dans l’année.

L’offre culturelle est complète, originale, moderne. La médiathèque rassemble un fonds de 150 000 documents et ouvrages multisupports organisés selon 5 axes thématiques et délimités par des univers de couleurs différentes et de gigantesques étagères ondulées structurant l’espace. « Ce qui est inédit, c’est de ne pas séparer les objets d’une culture, œuvres d’art, livres, musiques, films, mais de les rassembler dans un même espace. Les Franciscaines proposent une “mise en commun” de la connaissance », comme aime à le dire l’architecte Alain Moatti.

Je recommande vivement à tous ceux qui se rendront à Deauville dans les prochains jours, les prochains mois, les prochaines années, d’entrer dans ce nouvel univers culturel qui nous a bluffés, emballés, Dany et moi. J’aurai certainement l’occasion d’en reparler.

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