Aujourd’hui 6 juin 2012, il pleut, il fait froid, comme le 6 juin 1944, il y a soixante huit ans. Cela fait donc longtemps qu’il n’y a plus de saisons ! C’est un temps qui incite à la lecture. C’est très bien. Je consacre donc cet article à deux livres écrits par deux femmes exceptionnelles, deux combattantes de la liberté, de la transmission du savoir, deux brillantes agrégées de lettres. Elles sont très différentes, mais elles ont en commun la capacité d’émerveiller le lecteur, de stimuler l’esprit et d’inciter au bonheur.

Mona Ozouf

Dans « La Cause des livres » ( Gallimard, 2011, 547 p), Mona Ozouf a réuni un certain nombre d’articles qu’elle a écrits pour le Nouvel Observateur depuis une quarantaine d’années. Elle qualifie ce recueil de «  brocante où le hasard semble avoir plus à dire que la nécessité ». C’est une brocante bien rangée où les articles sont soigneusement classés en catégories: trois pour la littérature, trois pour l’histoire et, entre les deux, une étonnante partie intitulée « Portraits de femmes ». C’est un très intéressant parcours initiatique dans ce que la littérature et l’histoire offrent de plus passionnant, mais aussi de plus complexe sur la condition humaine. Le lecteur y découvre l’attachement de l’auteure à Henry James, une certaine admiration pour Lamartine, Flaubert, George Sand, Jane Austen et Sartre. Ce n’est pas un livre pour les réactionnaires et autres conservateurs qui n’y trouveront pas leur compte ! En revanche, l’amour de la patrie y est éclatant. Mona Ozouf a le sens du titre. En très peu de mots, elle résume le thème à venir avec humour et concision : « La tournée du petit duc » (sur Saint-Simon) ; « Tout contre Sainte-Beuve » ; « Le guide Michelet » ; « La reine des lettres » (sur Marie-Antoinette), « La plume de ma tante » (Simone de Beauvoir) ; « Les quatre filles du docteur Marx » ;

L’auteure de « Composition française » s’est expliquée sur le titre « militant » de son ouvrage : « La cause des livres est menacée (…) Les ennemis de la lecture, dans notre monde, sont, de manière beaucoup plus massive et profonde, la difficulté de se procurer, dans notre société, les biens qui sont indispensables à la lecture: le silence, la solitude et, de façon provocante, j’aurais envie d’ajouter l’ennui. Si je compare, par exemple, l’emploi du temps de ma jeunesse à celui de mes petites-filles, je vois à quel point le leur est gavé de choses à faire, d' »activités », comme disent les parents obsédés à l’idée qu’il faut remplir le « programme ». Dans mon souvenir, mes jeudis, mes dimanches, les vacances étaient totalement vides de projets, de distractions, de loisirs organisés et il y avait là, forcément, un recours à la page imprimée qui était le seul moyen de sortir de la vacuité de ces après-midi interminables! »  Reçue par Finkielkraut le 12 mai dernier, dans son excellente émission « Répliques » sur France Culture ( le samedi de 9h07 à 10h), Mona Ozouf a plaidé pour la lecture, « cet antidote », cette « bouffée d’air », qui « démultiplient nos existences » et nous rendent plus libres.

Jacqueline de Romlly

C’est ce que fait à sa façon Jacqueline de Romilly dans « Ce que je crois » (éditions de Fallois 160 p), un livre inédit, écrit en 1974. Dans cet ouvrage d’une extraordinaire actualité, l’académicienne, décédée en décembre 2010, invite le lecteur à réfléchir à la citoyenneté et au sens du bien commun. Sa foi en l’homme, dont j’ai été le témoin à plusieurs reprises, ne s’est jamais érodée avec le temps. Au contraire, elle n’a cessé de militer pour la transmission des savoirs et l’importance d’une éducation solide. En ces temps troublés, ce livre est un hymne au bonheur, au civisme, à l’espoir. Combien de fois l’ai-je entendue, longtemps après qu’elle ait écrit ce livre, exprimer, avec son charmant accent provençal, son optimisme et sa volonté de se battre jusqu’au bout de ses forces, parce que la vie est belle.

Dans « Ce que je crois », la célèbre helléniste rappelle ce que les philosophes grecs du IVème siècle avant J-C nous ont laissés en héritage. Dans les quatre chapitres de cet essai, Jacqueline de Romilly évoque le bonheur que procurent la littérature, les acquis du passé et l’émerveillement grec devant la lumière. En 1974, elle voulait participer à la réflexion, aider à comprendre les crises de l’école, des valeurs et de la société en général après les évènements de 68 et lutter contre ce malaise de civilisation.

Lire, c’est être libre. Le 6 juin, c’est d’actualité !

 

 

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