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Reconnaître que l’Occident a une part de responsabilité dans ce qui se passe au Moyen Orient est un truisme. Un passé colonial mal assumé, Une méconnaissance de l’Islam et de l’histoire de la région, de trop nombreuses erreurs, n’ont fait, au fil des années, que susciter des frustrations, des colères, qui se traduisent inévitablement par de la violence. Est-il nécessaire de rappeler quand et comment l’Anglais, sir Mark Sykes et le diplomate français, François Georges-Picot, se mirent d’accord, par une lettre en date du 9 mai 1916, pour se partager le territoire actuellement à feu et à sang. Aux Français la Syrie et le Liban et aux Anglais, l’Irak et son pétrole. Il n’était pas question de toucher à l’Iran, sous la protection des Russes, ni à l’Arabie, que les hommes du roi Ibn-Saoud protégeaient.

La chute de l’empire ottoman et la fin de la guerre de 1914 permirent aux Français et aux Britanniques de réaliser leurs ambitions. Les Arabes, n’avaient toujours pas la « confédération d’États arabes » promise par les accords Sykes-Picot, mais peu importait. Le 5 mai 1920, à la conférence de San Remo, la Société des nations (SDN) confirma le mandat de la France sur la Syrie et le Liban, et celui du Royaume Uni sur l’Irak et la Palestine. Est-ce que la France fit ce qu’elle aurait dû faire dans ces territoires ? Le jeune chef de bataillon Charles de Gaulle, nommé chef du 2e bureau le 12 novembre 1929, a écrit ce qu’il en pensait : « Pour moi, notre destin sera d’agir ou bien de partir d’ici… »sykes-picot-2png

Nous n’avons pas fait, pour diverses raisons, ce qu’il aurait fallu faire et la France dû quitter la Syrie le 30 avril 1946. Ce ne fut guère plus glorieux pour les Britanniques. Les organisations juives obtinrent, le 14 mai 1948, la fondation de l’État d’Israël, en conflit permanent, depuis, avec les Palestiniens et, en 1956, Britanniques et Français s’engagèrent, pour répondre à la nationalisation du canal de Suez par Nasser, dans une aventure où ils perdirent définitivement tout crédit dans le monde arabe. De retour au pouvoir, le général de Gaulle tenta bien de rebâtir une politique arabe, mais celle-ci ne fut pas poursuivie comme il aurait été pertinent de le faire. Quant à la politique des États-Unis dans la région, elle ne fut qu’une suite d’erreurs, d’actions militaires maladroites, de pillages des ressources et d’étranges périodes de désintérêt et d’impuissance.

Profitant d’une de ces périodes de faiblesse américaine, Vladimir Poutine pousse ses pions avec la volonté de restaurer la puissance perdue de la Russie. Dans la crise ukrainienne, comme dans le conflit syrien, il impose sa volonté. Les efforts déployés par le secrétaire d’État américain, John Kerry, et le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault, pour contraindre la Russie à cesser les bombardements sur Alep et à chercher une solution politique, sont vaines. Leur homologue russe, Sergueï Lavrov, en poste depuis très longtemps, est intraitable. La menace d’une dégradation des relations entre la Russie et les États-Unis, d’un retour de la guerre froide, ne le fait pas changer d’avis. Les Occidentaux sont impuissants. Jamais, pourtant, depuis la fin de la guerre froide la tension n’avait été aussi forte avec Moscou. La Russie viole ses engagements en Syrie en assumant totalement ses objectifs militaires et sa volonté de protéger le pouvoir en place en Syrie. Le processus de Vienne est mort. Les critiques formulées, les mots employés, sont pourtant forts, quand le 25  septembre, devant le Conseil de sécurité, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Samantha Powers et son homologue français, François Delattre, parlent de  » crimes de guerre qui ne doivent pas rester impunis «  et que  » Ce que la Russie défend et ce qu’elle fait, ce n’est pas du contre-terrorisme, c’est de la barbarie « . Rien n’y fait. Les Russes sont de retour au Moyen-Orient. Tel est leur but. Les Occidentaux sont impuissants. L’administration américaine refuse de s’engager dans ce conflit. Sa priorité, c’est la lutte contre l’organisation État islamique sur le sol irakien. L’histoire de cette crise n’est qu’une suite d’occasions manquées. La situation en Syrie est pourtant insupportable. 500 000 morts ont été recensés. Le nombre de blessés dépasserait les 2  millions. La moitié (11 millions) de la population a été déplacée. Des villes ont été rasées. Les images sont bouleversantes. Comment s’étonner que certains deviennent djihadistes par désespoir. Bachar Al-Assad n’a qu’une idée en tête pour se sauver, reconquérir tout ou partie du pays avec l’aide des Russes, de l’Iran et du Hezbollah libanais.

Jean-Marc Ayrault et Sergueï Lavrov

Jean-Marc Ayrault et Sergueil Lavrov

Ailleurs, dans le monde, des gesticulations inquiétantes se déroulent chaque jour sans troubler, apparemment, la Communauté internationale, à supposer qu’il y en ait une. Le 25  septembre dernier, des dizaines d’avions de combat chinois ont emprunté un couloir international, situé entre deux îles japonaises, pour une série d’exercices. La chasse japonaise a décollé et repéré huit appareils, dont des bombardiers Xian H-6K et des avions de combat Soukhoï Su-30. Cet exercice fait suite aux récentes prises de position du Japon sur la mer de Chine méridionale. Il s’inquiète pour son approvisionnement en gaz et en pétrole du Moyen-Orient, qui passe par cette zone.

L’Inde n’a pas hésité à mener des  » frappes chirurgicales «  au Pakistan, dans la nuit de mercredi  28 à jeudi 29  septembre, le long de la ligne de démarcation qui sépare le Cachemire, une dizaine de jours après l’attaque d’une de ses bases militaires, qui a fait dix-huit morts par un groupe rebelle non identifié mais apparemment toléré par Islamabad. C’est dire à quel point le monde est actuellement instable et dangereux.

Le 22 septembre dernier, deux bombardiers stratégiques russes Tu160 Blackjack ont survolé la Bretagne et le Pays basque sans explications. Sous les mers, comme dans les airs, l’armée russe multiplie les provocations. Ces derniers mois, des avions stratégiques ont été signalés en Suède, en Finlande et dans les pays baltes. Pour mémoire, un de ces appareils avait été abattu, il y a près d’un an, à la frontière turco-syrienne par deux chasseurs turcs. Pendant ce temps, au dernier Sommet de Bratislava, les Européens, comme d’habitude, se sont contentés de paroles verbales, de projets pour améliorer ses capacités de défense.

Le président Obama

Le président Obama

La question que nous devons nous poser est la suivante : Pourquoi cette faiblesse de l’Occident ? La mondialisation, la globalisation de l’économie, l’hyperpuissance financière, qui n’a pas de frontières, en sont-elles les principales et les seules causes ? Les chefs d’État et de gouvernement (G8 – G20) sont-ils incapables ou, pour le moins, insuffisamment à la hauteur des défis auxquels ils sont confrontés ? Pourquoi l’hyperpuissance américaine est-elle devenue l’impuissante Amérique ? La personnalité de Barack Obama, après celle de George W. Bush y est sans doute pour beaucoup ? Très (trop) intelligent, éloquent, chaleureux, mais secret, solitaire, distant, président des États-Unis, donc du monde entier, il ne pouvait que décevoir. Si « Aucun défi ne peut être relevé sans les États-Unis », comme l’affirme la candidate Hillary Clinton, les États-Unis ne peuvent intervenir partout et sans arrêt. Donc, Barack Obama, qui s’est vu décerner trop tôt le prix Nobel de la paix, a fait de beaux discours à Prague, sur le désarmement nucléaire, au Caire, à l’attention du monde musulman, mais il s’est souvent, très souvent, abstenu d’agir.

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